Gîtes de France

Gîte la Marguerite

"Au fil du temps"
A- Explication de texte, l’histoire de la course en montagne (2/5)

Courir en montagne, c'est une façon d'exister, c'est un cri, c'est surtout un plaisir. Inutile d'adjoindre à cette expression des notions de fatigue, de souffrance. Quand on court en montagne, on travaille ses qualités physiques, avec la patience de l'artiste devant sa création. Equilibre, proportion, mouvement et expression, tout doit être en harmonie. On construit des gestes techniques, il n'y a rien de mécanique. Au contraire, c'est une évolution vers une meilleure maîtrise du corps et de l'espace, qui entrave tous les mécanismes machiavéliques mises au point par le mal être. Il permet de se laisser glisser vers un sentiment de plénitude. Parler de la course à pied en montagne, c'est avoir compris tout cela. C'est un sujet vieux comme l'effort en altitude. Pourtant, on l'aborde souvent avec une certaine gêne, due sans doute aux critiques de certains esprits chagrins. Des compétitions qui ont plus de cent ans, mais qui n'ont jamais réussi à s'imposer. Des coureurs en tenue colorée et légère, qui sans en avoir l'air, réécrivent l'histoire à leur façon. Y aurait-il comme un goût d'artifice ? Si un coureur à pied vient à la montagne, à bas l'intrus. Si c'est un montagnard qui vient à la course à pied, il ne peut-être qu'un renégat...


Ne dit-on pas aussi qu'à vitesse élevée, perception limitée ? Mais le poids du sac, joint à une méforme chronique, limite bien plus les perceptions du lent randonneur. L'Homme est ainsi fait qu'il a besoin, sans doute pour conjurer son sort, d'établir des temps. Il étalonne ses parcours, compare ses résultats, juge ses compagnons, crée des classements. Etait-ce la faute de la force centrifuge, ou guette-t-il l'instant où il déclinera doucement vers la vieillesse ? Ne croyez pas que courir soit incompatible avec la méditation et la contemplation. Un cerveau convenablement irrigué, nourri plus que de coutume, est encore plus sensible aux beautés de la montagne. Courir, c'est avant tout marier le corps, l'esprit et le milieu. La vitesse du déplacement, n'est pas telle, qu'elle puisse brouiller la vue. Si c'était le cas cela se saurait ! On peut encore rêver, penser, regarder écouter, sentir, s'immerger littéralement dans la nature montagnarde et faire corps avec elle. On écrit dans sa tête des histoires merveilleuses qui s'effacent à l'approche du retour. Il ne subsiste rien que le souvenir d'avoir été heureux l'espace d'un instant.


Courir est un mode d'expression en tous points comparables à l'écriture ou à la peinture. A condition que cette analyse soit effectuée par l'exécutant. L'observateur, si il n'est pas artiste, ne voit là qu'un geste banal. Regarder quelqu'un courir n'est, à première vue, ni passionnant ni forcément beau. Pour l'artiste, il en va tout autrement. Le sculpteur, le photographe, le peintre, l'écrivain sauront saisir cet instant de légèreté, de communion avec le milieu environnant, et fixeront à tout jamais, cette seconde pour l'éternité.


La course est un moyen de locomotion. On peut l'utiliser comme le peintre la couleur ou le photographe l'appareil, en essayant d'enfermer en soi une multitude de perceptions. Quand l'ensemble est cohérent, cela s'exprime par un bien-être.


Je sais que j'ai atteint le seuil confortable d'où peut sortir le "je". J'ai voyagé avec mon corps pour ami et mon esprit pour guide. Ils sont les seuls à s'activer pendant un certain temps. C'est durant cette période, que je rejette des visages, des odeurs et des scènes négatives. On s'échauffe, puis tout en continuant à courir l'esprit prend l'ascendant. Il commence à mieux comprendre. Il s'intègre à une région, un massif ou tout simplement à une saison qui commence. On ne se déplace pas pour aller d'un point à un autre, mais pour vivre pleinement toutes les secondes passées à courir et qui ont toutes une saveur particulière. On a l'impression d'avoir en main une poignée de sable qui s'écoule de toutes parts. On est le temps qui s'est blotti au creux du souffle chaud, qui va et qui vient, comme le flux et le reflux le long des plages à la morte saison. Il rythme votre effort. Métronome silencieux, il vous unit au battement de la Terre. Il ne faut pas se crisper. Il faut se laisser aller. Votre corps s'évade et vous ne lui opposez aucune résistance. Partez courir en montagne.


Seuls, les gens qui n'ont jamais couru ne savent pas combien cela est agréable. Seuls ceux qui n'ont jamais vu les montagnes ne peuvent savoir à quel point elles sont belles. Courir en montagne paraît alors le compromis le plus naturel et le plus harmonieux. Vous abolissez distances et dénivelées. Le temps et le portage, ne sont plus des facteurs limitatifs. Vous partez pour deux ou trois heures réaliser ce qui vous plaît. Que ce soit haut, que ce soit loin, quelle importance ? Vous adaptez votre foulée aux difficultés du parcours. Vous retenez votre respiration. Vous devenez perception, réception, sensation et audition.


Vous êtes cinq sens à la recherche d'un sixième. Celui que, seuls, liberté et espace peuvent vous permettre d'acquérir.


Peut-on disserter sur la marche en montagne ? Est-il utile d'expliquer un geste aussi simple et aussi naturel ? Dans le film " Les randonneurs, l'accompagnateur essaye de motiver ses troupes en leur expliquant de façon didactique comment se déplacer. Vous avancez votre jambe, vous posez votre talon et vous déroulez le pied, et le dernier du groupe de reprendre d'un ton rageur "On marche tout simplement!. La marche est donc une action pure, réflexe et indispensable. Le corps est parfaitement adapté à ce type d'activité. Un jour peut-être dira-t-on " Il était "... On pourra rétorquer, que de par sa simplicité, le geste est sans intérêt. De combien d'heure de pratique est-il nécessaire pour que ce geste automatique et contraignant, devienne efficient et plaisant ?


On marche, un point c'est tout ! On respire par nécessité et, quand le besoin s'en fait sentir, on court. On court à perdre haleine.

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