Gîtes de France

Gîte la Marguerite

"Au fil du temps"
A- Explication de texte, l’histoire de la course en montagne (4/5)

Combien de montagnards ont excellé jadis dans le domaine de la vitesse ?
Les archives jaunies et une mémoire collective défaillante en ont oublié la plupart. Les notions de temps ont évolué avec la mise en place de matériel de chronométrage de plus en plus évolué. Les écarts ont été évalués en jours, puis en heure et maintenant en seconde. Ils donnaient lieus à des paris, à des fêtes ou plus récemment à des classements pour départager les meilleurs prestataires. Des colporteurs du temps jadis, mi-camelots mi-contrebandiers, ont certainement réalisé des exploits pour échapper aux douaniers. Quelques récits ou légendes de chasse relatent d'étonnantes "bambées" de braconniers fuyant les gardes-chasses. Quant aux bergers, ils ne sont pas en reste, pas plus que les alpinistes qui ont toujours été tentés de presser le pas, pour se rassurer ou histoire de voir si les compagnons pouvaient suivre et peut-être, pour le seul plaisir d'aller vite !


Un des premiers records connus est celui du Mont-Blanc. Nous verrons plus loin que ce sommet a toujours attiré les convoitises. Les raisons en sont certainement dues à sa prédominance parmi les montagnes de l'Europe de l'Ouest, et à un cheminement relativement aisé. Le 20 juillet 1864, en fin de journée, une caravane s'ébranle en direction du Mont-Blanc. L'Anglais Frédérick Morshead, de retour d'une balade de quinze heures au bord du glacier de Talèfre, se sent encore en pleine forme. Lorsque la cohorte, lourdement chargée, s'arrête pour bivouaquer, Frédérick déçu, décide de ne pas s'arrêter en si bon chemin. Il continue seul et à neuf heures du matin, il est au sommet. A dix-sept heures, il est de retour sur la place de l'église, fumant tranquillement sa pipe. Il est ainsi le premier à réaliser un aller-retour non-stop au Mont-Blanc, qui plus est en solitaire. Il établit le premier record de vitesse sur ce sommet, un record auquel plus personne ne portera attention avant 1910.


Cette année-là, un farfelu flamand dont l'histoire n'a retenu que le sobriquet de "Hollandais volant", jure à qui veut l'entendre qu'il a accompli l'ascension du Mont-Blanc sans s'arrêter en compagnie du guide Paul Cachat. Quelques badauds s'intéressent à la chose, d'autant plus que le vantard sacrifie à la coutume locale en promettant une récompense de cent mille francs-or à celui ou ceux qui feront mieux que lui. Les frères Joseph et Marcel Bouchard, alpinistes confirmés, le prennent au mot. La somme astronomique leur est quasiment acquise, puisque le fameux guide Alfred Couttet, dit "Alfred à la Collande" les accompagne. Le 21 août 1910 à vingt-deux heures, les trois Chamoniards sont en partance. Ils atteignent le sommet sans coup férir. Sur le chemin du retour, ils prennent même le temps d'escorter jusqu'aux Grands Mulets un guide épuisé qu'ils ont rencontré au sommet. Cela ne les empêche pas de revenir à Chamonix au bout de treize heures, battant largement la performance de Morshead et celle, beaucoup plus hypothétique du "Holandais volant". Celui-ci disparaît évidemment sans honorer ses engagements. La course pour le record du Mont-Blanc connaîtra une nouvelle vogue à partir de la fin des années soixante et jusqu'en 1990.

Les grandes courses
Que ce soit les Grecs, les Mayas, en Amérique centrale, en Afrique, les courses de longue haleine, ont toujours existé. La plupart du temps ces efforts étaient justifiés par la volonté de communiquer rapidement. Surtout en période de guerres ou plus simplement pour transporter le courrier. Les ancêtres de la poste étaient de fameux coureurs. N’a-t-on pas toujours clamé haut et fort, aujourd’hui comme hier, qu’il fallait bouger avec la poste  ?


Puis, quand la montagne n'a plus terrorisé les populations voisines, les grandes courses se sont multipliées dans les massifs. De partout, de nombreuses compétitions se sont déroulées chaque année, depuis très longtemps parfois, pour des motifs religieux, historiques, politiques ou, plus prosaïquement, du fait de la concurrence entre bureaux des guides. C'est un réflexe presque naturel : la rapidité d'exécution d'une course, au sens montagnard du terme, est souvent vécue comme synonyme de maîtrise technique. Le guide qui a dominé son sujet, qui a mis moins de temps que son collègue, se prend facilement au jeu des comparaisons.


Si cette activité est pratiquée dans tous les pays du monde, il est beaucoup plus aisé pour nous, de parler de la France. Le nombre de documents relatant les faits, mais aussi la connaissance des massifs de proximité, permet de mieux évaluer la performance de nos aînés. Les Pyrénées, en la matière, ont une longueur d'avance en raison d'un départ anticipé. Au début du XXème siècle, il existe une très grande rivalité entre les compagnies des guides des différentes vallées. Très nombreux, ils offrent leurs services aux excursionnistes et aux curistes. La personnalité de certains en fait même de véritables vedettes. En 1904, cette émulation incite un Cauterésien, Alphonse Meillon, à lancer une course à pied en montagne. Elle est tout simplement destinée à classifier les guides en fonction du résultat obtenu. Beaucoup se disent prêts à relever le pari. Pour le vainqueur, c'est l'assurance d'une rente à vie garantie auprès des touristes candidats au Vignemale. Le parcours emprunte un circuit classique : départ du centre de Cauterets, lac de Gaube, les Oulettes, la Hourquette d'Ossoue, sommet de la Pique Longue. En 1987 lors de l'édition anniversaire, alors que je me trouvais dans le groupe de tête, le premier, un Espagnol impressionné par le vide se mit à crier "Vertigo, vertigo..." stoppant là son effort !. C'est aussi cette année là, que je faisais connaissance avec Denis Riché qui allait devenir un nutritionniste et un coureur de renom. La descente demande beaucoup d'attention. Le retour s'effectue donc, par le col de Labas, Estam, la vallée du Lutour et la Fruitière. La première édition a lieu le 24 juillet 1904. Guides, bergers, chasseurs et amateurs de toute la contrée sont au départ. Le verdict est net et sans appel avec trois Cauterésiens en tête. J.M. et D. Bordenave, suivis de H. Labasse, affirment ainsi la domination de la station et la qualité de ses guides.


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