Combien de montagnards ont excellé jadis dans le domaine
de la vitesse ?
Les archives jaunies et une mémoire collective défaillante
en ont oublié la plupart. Les notions de temps ont évolué
avec la mise en place de matériel de chronométrage
de plus en plus évolué. Les écarts ont été
évalués en jours, puis en heure et maintenant en
seconde. Ils donnaient lieus à des paris, à des
fêtes ou plus récemment à des classements
pour départager les meilleurs prestataires. Des colporteurs
du temps jadis, mi-camelots mi-contrebandiers, ont certainement
réalisé des exploits pour échapper aux douaniers.
Quelques récits ou légendes de chasse relatent d'étonnantes
"bambées" de braconniers fuyant les gardes-chasses.
Quant aux bergers, ils ne sont pas en reste, pas plus que les
alpinistes qui ont toujours été tentés de
presser le pas, pour se rassurer ou histoire de voir si les compagnons
pouvaient suivre et peut-être, pour le seul plaisir d'aller
vite !
Un des premiers records connus est celui du Mont-Blanc. Nous verrons
plus loin que ce sommet a toujours attiré les convoitises.
Les raisons en sont certainement dues à sa prédominance
parmi les montagnes de l'Europe de l'Ouest, et à un cheminement
relativement aisé. Le 20 juillet 1864, en fin de journée,
une caravane s'ébranle en direction du Mont-Blanc. L'Anglais
Frédérick Morshead, de retour d'une balade de quinze
heures au bord du glacier de Talèfre, se sent encore en
pleine forme. Lorsque la cohorte, lourdement chargée, s'arrête
pour bivouaquer, Frédérick déçu, décide
de ne pas s'arrêter en si bon chemin. Il continue seul et
à neuf heures du matin, il est au sommet. A dix-sept heures,
il est de retour sur la place de l'église, fumant tranquillement
sa pipe. Il est ainsi le premier à réaliser un aller-retour
non-stop au Mont-Blanc, qui plus est en solitaire. Il établit
le premier record de vitesse sur ce sommet, un record auquel plus
personne ne portera attention avant 1910.
Cette année-là, un farfelu flamand dont l'histoire
n'a retenu que le sobriquet de "Hollandais volant",
jure à qui veut l'entendre qu'il a accompli l'ascension
du Mont-Blanc sans s'arrêter en compagnie du guide Paul
Cachat. Quelques badauds s'intéressent à la chose,
d'autant plus que le vantard sacrifie à la coutume locale
en promettant une récompense de cent mille francs-or à
celui ou ceux qui feront mieux que lui. Les frères Joseph
et Marcel Bouchard, alpinistes confirmés, le prennent au
mot. La somme astronomique leur est quasiment acquise, puisque
le fameux guide Alfred Couttet, dit "Alfred à la Collande"
les accompagne. Le 21 août 1910 à vingt-deux heures,
les trois Chamoniards sont en partance. Ils atteignent le sommet
sans coup férir. Sur le chemin du retour, ils prennent
même le temps d'escorter jusqu'aux Grands Mulets un guide
épuisé qu'ils ont rencontré au sommet. Cela
ne les empêche pas de revenir à Chamonix au bout
de treize heures, battant largement la performance de Morshead
et celle, beaucoup plus hypothétique du "Holandais
volant". Celui-ci disparaît évidemment sans
honorer ses engagements. La course pour le record du Mont-Blanc
connaîtra une nouvelle vogue à partir de la fin des
années soixante et jusqu'en 1990.
Les grandes courses
Que ce soit les Grecs, les Mayas, en Amérique centrale,
en Afrique, les courses de longue haleine, ont toujours existé.
La plupart du temps ces efforts étaient justifiés
par la volonté de communiquer rapidement. Surtout en période
de guerres ou plus simplement pour transporter le courrier. Les
ancêtres de la poste étaient de fameux coureurs.
N’a-t-on pas toujours clamé haut et fort, aujourd’hui
comme hier, qu’il fallait bouger avec la poste ?
Puis, quand la montagne n'a plus terrorisé les populations
voisines, les grandes courses se sont multipliées dans
les massifs. De partout, de nombreuses compétitions se
sont déroulées chaque année, depuis très
longtemps parfois, pour des motifs religieux, historiques, politiques
ou, plus prosaïquement, du fait de la concurrence entre bureaux
des guides. C'est un réflexe presque naturel : la rapidité
d'exécution d'une course, au sens montagnard du terme,
est souvent vécue comme synonyme de maîtrise technique.
Le guide qui a dominé son sujet, qui a mis moins de temps
que son collègue, se prend facilement au jeu des comparaisons.
Si cette activité est pratiquée dans tous les pays
du monde, il est beaucoup plus aisé pour nous, de parler
de la France. Le nombre de documents relatant les faits, mais
aussi la connaissance des massifs de proximité, permet
de mieux évaluer la performance de nos aînés.
Les Pyrénées, en la matière, ont une longueur
d'avance en raison d'un départ anticipé. Au début
du XXème siècle, il existe une très grande
rivalité entre les compagnies des guides des différentes
vallées. Très nombreux, ils offrent leurs services
aux excursionnistes et aux curistes. La personnalité de
certains en fait même de véritables vedettes. En
1904, cette émulation incite un Cauterésien, Alphonse
Meillon, à lancer une course à pied en montagne.
Elle est tout simplement destinée à classifier les
guides en fonction du résultat obtenu. Beaucoup se disent
prêts à relever le pari. Pour le vainqueur, c'est
l'assurance d'une rente à vie garantie auprès des
touristes candidats au Vignemale. Le parcours emprunte un circuit
classique : départ du centre de Cauterets, lac de Gaube,
les Oulettes, la Hourquette d'Ossoue, sommet de la Pique Longue.
En 1987 lors de l'édition anniversaire, alors que je me
trouvais dans le groupe de tête, le premier, un Espagnol
impressionné par le vide se mit à crier "Vertigo,
vertigo..." stoppant là son effort !. C'est aussi
cette année là, que je faisais connaissance avec
Denis Riché qui allait devenir un nutritionniste et un
coureur de renom. La descente demande beaucoup d'attention. Le
retour s'effectue donc, par le col de Labas, Estam, la vallée
du Lutour et la Fruitière. La première édition
a lieu le 24 juillet 1904. Guides, bergers, chasseurs et amateurs
de toute la contrée sont au départ. Le verdict est
net et sans appel avec trois Cauterésiens en tête.
J.M. et D. Bordenave, suivis de H. Labasse, affirment ainsi la
domination de la station et la qualité de ses guides.
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