Si c’est la fin provisoire de l’effort, la joie est
proportionnelle à la qualité de la performance.
La montre ouvre la porte du bonheur, le temps en est la clé.
Les chiffres confirment ou infirment la pertinence de la démarche
suivie. S’entraîner c’est amener le corps à
réaliser l’impossible en un minimum de temps. Chacune
des étapes qui permettent de tutoyer le record, nécessite
courage et abnégation. Mais la réussite n’est
pas nécessairement au bout du chemin. Le temps quantifie,
qualifie, c’est le jeu du temps. Sur l’écran
géant de la vie, il est inscrit en bas à gauche.
A droite défilent les points. Au centre l’Homme défie
le temps. Les obstacles sont nombreux. On pourrait penser qu’il
y en a de plus en plus. Cette course effrénée use
les meilleurs. Mais l’épreuve est aussi palpitante
que passionnante. Surtout que le temps de l’effort se marie
avec l’incroyable diversité du décors. Nous
sommes seul face à notre destin, nous et le temps.
A l’heure des bilans, l’intensité de la douleur
des amis qui nous entourent, devra tenir compte du temps qui s’est
écoulé. Mourir vieux, est dans l’ordre des
choses. Ne pas avoir eu le temps de vivre, c’est beaucoup
plus triste. Car alors il reste à imaginer ce qu’aurait
pu être la vie de celui qui n’a pas eu le temps de
la vivre. La plupart du temps, elle aurait été aussi
fade que celle vécu par la plupart des humains. Il existe
des gens qui s’assoie à l’ombre du temps. Ils
épousent son avancée sans jamais le contrarier.
Ils ne font qu’un. Il naît un sentiment de gaspillage,
comme un robinet mal fermé. Il conviendrait alors de troquer
notre temps contre le leur. De stopper la fuite et d’offrir
une autre vie au temps sans emploi. Mais l’imagination a
cela de merveilleux, elle est capable de donner des vertus à
tous ceux qui n’en ont pas. Les voilà parés
de leurs plus beaux atours. On peut supposer qu’il est très
difficile de ne faire qu’un avec le temps. Passé
sa vie à ne rien attendre d’autre que passe le temps.
C’est un luxe et pourquoi pas une richesse. Cette attitude
est familière aux habitants des secteurs les plus chauds
de notre globe. Les îles en font parties. Ne représentent
elles pas dans l’imaginaire populaire, le paradis terrestre ?
Faire en sorte de croire que l’on est éternel. Pourtant
un jour tout a une fin. Neuf fois sur dix quelqu’un qui
ne dit rien n’a rien à dire. Mais il est tentant
d’offrir au défunt, des vertus qui n’existent
pas. Il se peut que nombre de leurs actes, soient demeurés
confinés au coin de leur cerveau. Un transfert qui permet
de retrouver un juste équilibre. La vie par procuration.
Le temps est une offrande. Elle ne s’use que si l’on
s’en sert. Dans le cas contraire elle est source de rancœur,
de mal être et d’esprit torturés. Ils deviennent
acariâtres, et le temps les éloigne les uns des autres.
Un replie sur soi même, une désocialisation source
d’incompréhension et de conflits.
Mais le temps est sourd aux injonctions. Il n’entend pas,
il accompagne. Il est témoin. Il est neutre. Il est là,
là-bas, de partout. Il s’accommode de son rôle
sans jamais porter de jugements.
Un effort solitaire ne peut se faire qu’à deux, le
temps et vous. Le temps est dans ce petit boîtier noir.
Fidèle il nous accompagnera jusqu’au bout du chemin.
Il a pris son envol un jour, il y a déjà bien longtemps.
Contrairement à la matière, il ne peut souffrir
de l’usure. Il ne finira jamais de battre, il est l’infini.
Avant et après le temps, il y aura le temps. Les planètes,
les galaxies sont en perpétuel mouvement. Chacune des secondes
est une seconde unique. Elle ne pourra jamais être vécue
deux fois au même endroit. Le système solaire est
poussé par des forces qui le propulse de plus en plus loin.
Sans doute aux confins de l’univers, si la fin fait partie
des choses existante ? Mais il y aura toujours des unités
de temps pour en connaître la durée de vie et le
temps qu’il reste à le parcourir. A l’échelle
d’une vie humaine, il est minuscule. Il est ce battement
de cil, qui correspond à l’apparition de l’Homme
sur Terre.
Tout à une fin, peut-être !
Pourtant, un jour je devrai le quitter, lui qui a été
témoin de tant d’aventures. Des miennes bien sur,
mais de beaucoup d’autres qui auront échapper aux
regards des humains.
Même si certain n’ont jamais entendu parler du temps.
Ils ne savent ce qu’était hier et encore moins ce
que sera demain. Il y a des civilisations où les gens se
contentent de vivre. Ils font ce qui doit être fait, au
bon moment. Ils n’ont jamais entendu parler d’heure.
Ils se contentent de réaliser l’essentiel. Ils savent
que comme la goutte d’eau qui compose un torrent, ils ont
pris naissance à une source et finiront dans l’océan.
Ils ne sauront jamais combien de fois ce cycle se sera répété
avant que s’assèche le cours d’eau. Il leur
faudra s’adapter aux nuits et aux jours et aux saisons.
Pourtant ils n’auront jamais idée du temps qui passe.
Mais existe-t-il vraiment le temps ?
Il a fallu, à la manière d’un bocal, enfermer
le temps pour mieux l’apprivoiser. Si le contenant est resté
de même taille, il en va tout autrement du contenu. De façon
à satisfaire nos ambitions, nous avons fait rentrer de
très grosses choses, en un laps de temps très court,
à l’intérieur d’un temps qui n’a
pas le pouvoir de se dilater. Il nous semble indispensable, chaque
jour, d’être respectable, d’effectuer une multitude
de gestes. Sans doute qu’à la longue ou avec le recul,
la plupart nous paraîtront parfaitement inutiles. Mais aujourd’hui,
plus qu’hier et sans doute moins que demain, l’action
est compressée contre les parois de verre. On essaye encore
d’y faire rentrer quelque chose, ne sachant pas si il y
reste de la place ou si certain sujet sont compressibles. Il est
parfois amusant de prendre son sac et d’en verser le contenu
au sol.
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