La première surprise est de voir autant de choses rentrer
dans un si petit volume. Ensuite c’est de constater à
quel point la plupart ne servent à rien. Mais la situation
va en s’aggravant. Beaucoup regrettent qu’une journée
ne fasse que 24h. Passer à 48 ne modifierait pas la situation.
L’on multiplierait par deux les activités journalières.
Comme un gros sac de commissions, le contenu n’a rien à
voir avec l’indispensable. On achète en fonction
des rayons traversés ou des couleurs. C’est là
tout l’art du marketing. On jette avec parcimonie, au cas
ou tout cela pourrait servir un jour. On ne sait plus de ce quoi
le temps est, ou sera fait. Mais il est réconfortant de
penser que tout est plein à ras bord. On est prèt
à affronter les obstacles du temps. Tous nos problèmes
existentiels sont alors résolus.
Le temps se dilate comme la grenouille qui voulait se faire plus
grosse que le bœuf. Il enfle au point de nous empêcher
de voir autre chose. Qui y a-t-il derrière le temps ?
Au temps reprend ton souffle et laisse nous croire que l’on
est maître du temps. Que finalement le temps ne se limite
pas à un départ et une fin. Car y a-t-il une naissance
de l’univers alors qu’avant le temps se déroulait
autrement. La vie a forcément commencé avant la
vie pour qu’elle puisse prendre son envol ! Les limites
du temps et de l’espace sont sans fin. Le mot infini donne
le vertige. Alors le temps ne peut se contenter d’être
un élément à l’intérieur duquel
nous sommes enfermés. Ou dans lequel nous nous sommes volontairement
laissé enfermé, par sécurité. L’Homme
a besoin de frontières. Le temps lui en offre une de confortable.
La mort représente le stade ultime.
On se sent bien quand le temps est rempli d’activités
de contacte avec la nature. On vie ! On grimpe, on coure,
on vole. La montre confirme la sensation de plaisir. On compte
les minutes pendant lesquelles on s’est déconnecté
du plat pays de nos contingences professionnelles. On les additionne,
pour obtenir le nombre d’heures passées à
se faire du bien. Aujourd’hui de plus en plus privé
d’espace, il nous reste l’espace temps. Où
que l’on soit, la porte de la liberté est franchie
dès l’instant où l’on chausse baskets,
chaussons, chaussures de ski. La lecture, les images, l’acte
de création, sont autant de tremplin, qui permette à
l’âme de s’envoler au-dessus des pesanteurs
du temps. On part, que ce soit par le corps ou l’esprit,
pour mieux se connaître. La vie se vie. Donner une valeur
à son existence, c’est partir à la conquête
du monde. C’est partir à la rencontre de toutes les
minorités. Jouer avec les frontières du temps, c’est
rendre visite à l’au-delà. En prenant soin
de ne pas aller plus loin. Flirter avec les peurs, la fatigue
ou l’ennui, c’est s’extraire de la cloche protectrice
que nous offrent les pays d’aujourd’hui. Fuir le repli
négatif qu’offre les assurances de tout poile. Le
confort, la richesse, la sécurité, la carrière
autant de lestes qui retiennent le vivant au port, de la mort.
Ne plus attendre que le temps passe. Mais l’accompagner
dans sa démesure.
L’accomplissement de soi passe par la créativité.
L’imaginaire prend ses racines dans le temps. Il est pourfendeur
d’espace. Il relie la naissance à la mort. Au temps
de l’effort, et de la souffrance, succède le temps
de la jouissance. Ils sont étroitement liés. De
leur intensité dépend l’ivresse du plaisir.
On est proche de l’immortalité. Un fragment de seconde
le temps s’est effacé. Plus rien n’existe que
ce sentiment de légèreté, c’est l’extase.
Je regarde ma montre il est temps que je rentre.
J'ai lu que deux jeunes étaient partis autour du monde
à la découverte des sites d'escalade les plus beaux
du monde. Je pense que ma démarche est en tout points semblables.
J'ai vécu une aventure en pointillée, pour cause
de travail. Toute ma vie, j'ai rejoints des pays, des massifs
pour lesquels je ressentais une profonde attirance. Des lieux
magiques où, la course, les cimes, l'escalade, le ski,
les paysages, la minéralogie, tout se mariait pour m'offrir
un cadeau fait de volupté et de bonheur. Le mode de déplacement
a changé. Le plus souvent à pieds, ou à vélo,
à skis, en planche à voile, en parapente, je suis
toujours resté en harmonie avec l'environnement. Lors de
ma traversée du Haut Atlas Marocain, parti à la
recherche de cristaux, j'ai plongé et découvert
un pays merveilleux. Au retour, alors que je discutais avec un
ami qui était allé dans le même pays, j'ai
vraiment conscience du danger du tourisme de masse. Nous étions
en 1977. Lui enfermé dans un village vacances d'Agadir,
avait joué au tennis et nagé dans la piscine du
club. Il n'avait rien vu du Maroc. Le phénomène
s'est depuis terriblement aggravé ! Le tourisme est un
cancer.
De la route vers la montagne :
Courir est rapidement devenu un geste naturel pour moi. C'est
à travers la participation à de nombreux marathon
que j'ai commencé par assouvir ma passion. Les plus marquants
ont été Montréal, Paris, Apeldhorn ou Berlin.
A Montréal, juste après les JO de 1976, la ville
s’était métamorphosée. Nous avons pu
bénéficier d’une hôtellerie très
haut de gamme à des prix défiant toute concurrence.
L’arrivée du marathon de Berlin était située
dans le stade olympique de 1936. Un grand moment d’émotion,
à une époque où les marathoniens formaient
une vraie famille. Puis les choses ont changé. On fini
toujours par reproduire ce que l’on était sensé
fuir.
Mais les frontières sont toujours difficiles à définir.
Les premières courses dans les montagnes auxquelles j’ai
participé, avaient du mal à s’éloigner
des centres urbains. La route, rassurante servait de trait d’union
entre l’effort et l’aventure. De 1980 à 1990,
j’ai eu l’occasion de participer au marathon de Bourg
d’Oisans, au cross du Mont-Blanc jusqu’en 2002, ou
à Sierre Zinal en Suisse. Des épreuves mythiques
qui ont su s’éloigner des poncifs couramment mis
en place, dans un décor somptueux. Le Tour des Dents du
Midi offrait à l’amateur de liberté presque
tous les ingrédients pour le contenter. On retrouvait à
travers cette aventure, la démarche avant-gardiste des
Pyrénéens. Mais la plupart des compétitions,
championnats ou épreuves populaires se déroulaient
sur les routes d’accès aux stations. Ainsi le Coudon,
Le Faron, la Foulée Verte à Corps, la montée
de Saint-Nizier, de la Charmette, de l’Alpe du Grand Serre,
du Playnet, de l’Alpe d’Huez, d’Uriage, du Luitel,
des Trois Communes et biens d’autres encore, toutes ces
courses servaient de support aux championnats départementaux
ou régionaux. Parfois l’une d’entre elle, osait
sortir des sentiers battus, comme le Tour du Mont Aiguille ou
le Trophée des Ecrins. Mais le parcours demandait peu en
matière de connaissance du terrain et offrait souvent la
victoire à des transfuges de la piste venus de Paris. Puis
les années passants, quelques épreuves ont commencé
à attirer les amateurs de l’extrême, comme
la montée au Nid d’Aigle ou la 3000D. Mais toujours
les hauts sommets restaient la chasse gardée des montagnards.
A cette époque, il était étonnant de constater
que la route d’accès à la station empruntée
par le coureur à pied était parcourue en un temps,
qui laissait le montagnard totalement indifférent. Tout
comme le coureur à pieds, voyait les cimes enneigées
de trop loin pour y porter une réelle attention. D’un
côté, il fallait être performant, d’un
autre il fallait réussir. La puissance du haut du corps,
par la pratique de l’escalade et des activités nordiques,
ne permettait pas au coureur à pieds de s’identifier
aux montagnards. L’efficience avait ses exigences. Elle
avait du mal à s’accommoder aux deux pratiques. Mais,
il faut l’avouer, ce furent les trails qui permirent le
mieux d’engager une transition jugée obligatoire.
Depuis déjà quelques années, les Etats-Unis
organisaient de grandes courses par monts et par vaux, permettant
aux concurrents d’affronter de multiples périls naturelles
en autonomie totale.
Pour moi, un besoin impérieux d'espace et de liberté
avait germé dans mon esprit dès mon plus jeune âge.
Bien sûr, la participation à toutes ces courses me
permettait d’affiner ma préparation physique, mais
elles n’étaient en rien une finalité. Je crois
avoir, à la fin des années 70 mis en place les premiers
trails dans le massif des Maures. On peut encore aujourd’hui,
lire le jalonnement entre Hyères, le Lavandou et la Chartreuse
de la Verne. En 1983, j’ai organisé le premier triathlon
en France, à Hyères. J’organisais aussi de
grands parcours en planche à voile, toujours dans le même
état d’esprit, autour des Iles d’Hyères.
Il faut dire que Porquerolles et Port Cros, se prêtaient
merveilleusement à ce type d’activité. Mais
je n'étais pas parvenu encore à trouver cet équilibre
entre le voyage et l'activité physique.
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