Gîtes de France

Gîte la Marguerite

"Au fil du temps"
B- La Gestion du Temps (11/11)

 


La première surprise est de voir autant de choses rentrer dans un si petit volume. Ensuite c’est de constater à quel point la plupart ne servent à rien. Mais la situation va en s’aggravant. Beaucoup regrettent qu’une journée ne fasse que 24h. Passer à 48 ne modifierait pas la situation. L’on multiplierait par deux les activités journalières. Comme un gros sac de commissions, le contenu n’a rien à voir avec l’indispensable. On achète en fonction des rayons traversés ou des couleurs. C’est là tout l’art du marketing. On jette avec parcimonie, au cas ou tout cela pourrait servir un jour. On ne sait plus de ce quoi le temps est, ou sera fait. Mais il est réconfortant de penser que tout est plein à ras bord. On est prèt à affronter les obstacles du temps. Tous nos problèmes existentiels sont alors résolus.


Le temps se dilate comme la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf. Il enfle au point de nous empêcher de voir autre chose. Qui y a-t-il derrière le temps ? Au temps reprend ton souffle et laisse nous croire que l’on est maître du temps. Que finalement le temps ne se limite pas à un départ et une fin. Car y a-t-il une naissance de l’univers alors qu’avant le temps se déroulait autrement. La vie a forcément commencé avant la vie pour qu’elle puisse prendre son envol ! Les limites du temps et de l’espace sont sans fin. Le mot infini donne le vertige. Alors le temps ne peut se contenter d’être un élément à l’intérieur duquel nous sommes enfermés. Ou dans lequel nous nous sommes volontairement laissé enfermé, par sécurité. L’Homme a besoin de frontières. Le temps lui en offre une de confortable. La mort représente le stade ultime.


On se sent bien quand le temps est rempli d’activités de contacte avec la nature. On vie ! On grimpe, on coure, on vole. La montre confirme la sensation de plaisir. On compte les minutes pendant lesquelles on s’est déconnecté du plat pays de nos contingences professionnelles. On les additionne, pour obtenir le nombre d’heures passées à se faire du bien. Aujourd’hui de plus en plus privé d’espace, il nous reste l’espace temps. Où que l’on soit, la porte de la liberté est franchie dès l’instant où l’on chausse baskets, chaussons, chaussures de ski. La lecture, les images, l’acte de création, sont autant de tremplin, qui permette à l’âme de s’envoler au-dessus des pesanteurs du temps. On part, que ce soit par le corps ou l’esprit, pour mieux se connaître. La vie se vie. Donner une valeur à son existence, c’est partir à la conquête du monde. C’est partir à la rencontre de toutes les minorités. Jouer avec les frontières du temps, c’est rendre visite à l’au-delà. En prenant soin de ne pas aller plus loin. Flirter avec les peurs, la fatigue ou l’ennui, c’est s’extraire de la cloche protectrice que nous offrent les pays d’aujourd’hui. Fuir le repli négatif qu’offre les assurances de tout poile. Le confort, la richesse, la sécurité, la carrière autant de lestes qui retiennent le vivant au port, de la mort. Ne plus attendre que le temps passe. Mais l’accompagner dans sa démesure.
L’accomplissement de soi passe par la créativité. L’imaginaire prend ses racines dans le temps. Il est pourfendeur d’espace. Il relie la naissance à la mort. Au temps de l’effort, et de la souffrance, succède le temps de la jouissance. Ils sont étroitement liés. De leur intensité dépend l’ivresse du plaisir. On est proche de l’immortalité. Un fragment de seconde le temps s’est effacé. Plus rien n’existe que ce sentiment de légèreté, c’est l’extase.
Je regarde ma montre il est temps que je rentre.

J'ai lu que deux jeunes étaient partis autour du monde à la découverte des sites d'escalade les plus beaux du monde. Je pense que ma démarche est en tout points semblables. J'ai vécu une aventure en pointillée, pour cause de travail. Toute ma vie, j'ai rejoints des pays, des massifs pour lesquels je ressentais une profonde attirance. Des lieux magiques où, la course, les cimes, l'escalade, le ski, les paysages, la minéralogie, tout se mariait pour m'offrir un cadeau fait de volupté et de bonheur. Le mode de déplacement a changé. Le plus souvent à pieds, ou à vélo, à skis, en planche à voile, en parapente, je suis toujours resté en harmonie avec l'environnement. Lors de ma traversée du Haut Atlas Marocain, parti à la recherche de cristaux, j'ai plongé et découvert un pays merveilleux. Au retour, alors que je discutais avec un ami qui était allé dans le même pays, j'ai vraiment conscience du danger du tourisme de masse. Nous étions en 1977. Lui enfermé dans un village vacances d'Agadir, avait joué au tennis et nagé dans la piscine du club. Il n'avait rien vu du Maroc. Le phénomène s'est depuis terriblement aggravé ! Le tourisme est un cancer.

De la route vers la montagne :
Courir est rapidement devenu un geste naturel pour moi. C'est à travers la participation à de nombreux marathon que j'ai commencé par assouvir ma passion. Les plus marquants ont été Montréal, Paris, Apeldhorn ou Berlin. A Montréal, juste après les JO de 1976, la ville s’était métamorphosée. Nous avons pu bénéficier d’une hôtellerie très haut de gamme à des prix défiant toute concurrence. L’arrivée du marathon de Berlin était située dans le stade olympique de 1936. Un grand moment d’émotion, à une époque où les marathoniens formaient une vraie famille. Puis les choses ont changé. On fini toujours par reproduire ce que l’on était sensé fuir.


Mais les frontières sont toujours difficiles à définir. Les premières courses dans les montagnes auxquelles j’ai participé, avaient du mal à s’éloigner des centres urbains. La route, rassurante servait de trait d’union entre l’effort et l’aventure. De 1980 à 1990, j’ai eu l’occasion de participer au marathon de Bourg d’Oisans, au cross du Mont-Blanc jusqu’en 2002, ou à Sierre Zinal en Suisse. Des épreuves mythiques qui ont su s’éloigner des poncifs couramment mis en place, dans un décor somptueux. Le Tour des Dents du Midi offrait à l’amateur de liberté presque tous les ingrédients pour le contenter. On retrouvait à travers cette aventure, la démarche avant-gardiste des Pyrénéens. Mais la plupart des compétitions, championnats ou épreuves populaires se déroulaient sur les routes d’accès aux stations. Ainsi le Coudon, Le Faron, la Foulée Verte à Corps, la montée de Saint-Nizier, de la Charmette, de l’Alpe du Grand Serre, du Playnet, de l’Alpe d’Huez, d’Uriage, du Luitel, des Trois Communes et biens d’autres encore, toutes ces courses servaient de support aux championnats départementaux ou régionaux. Parfois l’une d’entre elle, osait sortir des sentiers battus, comme le Tour du Mont Aiguille ou le Trophée des Ecrins. Mais le parcours demandait peu en matière de connaissance du terrain et offrait souvent la victoire à des transfuges de la piste venus de Paris. Puis les années passants, quelques épreuves ont commencé à attirer les amateurs de l’extrême, comme la montée au Nid d’Aigle ou la 3000D. Mais toujours les hauts sommets restaient la chasse gardée des montagnards. A cette époque, il était étonnant de constater que la route d’accès à la station empruntée par le coureur à pied était parcourue en un temps, qui laissait le montagnard totalement indifférent. Tout comme le coureur à pieds, voyait les cimes enneigées de trop loin pour y porter une réelle attention. D’un côté, il fallait être performant, d’un autre il fallait réussir. La puissance du haut du corps, par la pratique de l’escalade et des activités nordiques, ne permettait pas au coureur à pieds de s’identifier aux montagnards. L’efficience avait ses exigences. Elle avait du mal à s’accommoder aux deux pratiques. Mais, il faut l’avouer, ce furent les trails qui permirent le mieux d’engager une transition jugée obligatoire. Depuis déjà quelques années, les Etats-Unis organisaient de grandes courses par monts et par vaux, permettant aux concurrents d’affronter de multiples périls naturelles en autonomie totale.


Pour moi, un besoin impérieux d'espace et de liberté avait germé dans mon esprit dès mon plus jeune âge. Bien sûr, la participation à toutes ces courses me permettait d’affiner ma préparation physique, mais elles n’étaient en rien une finalité. Je crois avoir, à la fin des années 70 mis en place les premiers trails dans le massif des Maures. On peut encore aujourd’hui, lire le jalonnement entre Hyères, le Lavandou et la Chartreuse de la Verne. En 1983, j’ai organisé le premier triathlon en France, à Hyères. J’organisais aussi de grands parcours en planche à voile, toujours dans le même état d’esprit, autour des Iles d’Hyères. Il faut dire que Porquerolles et Port Cros, se prêtaient merveilleusement à ce type d’activité. Mais je n'étais pas parvenu encore à trouver cet équilibre entre le voyage et l'activité physique.


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