Gîtes de France

Gîte la Marguerite

"Au fil du temps"
B- La Gestion du Temps (6/11)

Partir s’entraîner, une fin en soi.
Le temps arbitre, la montre sanctionne, entre sciences et contemplation.
Le temps s’éloigne au rythme de la foulée. Invariablement, de pas en pas, les secondes s’écoulent sans que l’on y prenne garde. La pensée s’envole, et seul le passage en des lieux qui nécessitent une plus grande attention, oblige le coureur à reprendre le rythme du temps.
La montre, un trait d’union entre effort et durée.


Pourtant il suffit d’observer l’intéressé, pour s’apercevoir qu’un lien affectif le relie au temps. Souvent il jette un regard furtif, mais plein de sous entendus, en direction de sa montre. Interrogation réponse sur le mode instantané. Un dialogue fait de silence et de coopération. Mais le silence n’existe pas. Il est fait de milliers de petits bruits. Le silence vie au rythme du temps. Le tic tac s’en est allé. Aujourd’hui le silence bavard de la montre relie l’Homme au temps. Une connivence qui lui permet de se situer dans le temps. Pas dans l’absolu, mais dans celui qu’il essaye d’apprivoiser l’espace d’une sortie. L’entraînement, c’est apprendre à se jouer du temps. C’est un travail de précision semblable au geste d’un souffleur de verre. La matière se déforme. Il faut constamment rester vigilant et ne jamais laisser les formes agir à leur guise. Les boursouflures ou les fêlures, sont autant de zone de fragilisation. Pour éviter fractures ou ruptures, il faut savoir écouter le rythme de la vie. Le souffle relie l’Homme au temps. En cas d’absence, il n’aura aucune difficulté à aggraver la blessure.


Donner du temps au temps. Un temps maîtrisé qui lui offre la sensation d’avoir su s’en faire un allié. Ne pas le laisser prendre l’initiative des opérations. Avoir construit un plan d’entraînement, à partir duquel le temps est un ami qui vous veut du bien. Un temps d’appartenance avec lequel chaque seconde est un bonheur. Ne pas perdre de temps, mais toujours essayer d’en gagner au rythme des foulées.


Montre, dis moi qui je suis ?
La montre lui dit qu’il va trop vite ou trop doucement. Elle le soutient dans son effort ou au contraire lui fait comprendre qu’il serait vain que de vouloir continuer. Elle s’arrange pour surligner l’effet de forme ou de méforme. Elle est amie ou ennemie. Elle exagère et déforme une vérité pas toujours bonne à dire. Elle flatte et motive un athlète euphorique. Abolir le temps, l’espace d’une sortie. Abandonner le sens unique de la vie, pour le prendre à contre sens. L’effort devient caresse et le temps un écrin. Agréable sensation que d’aller vite, au détriment du temps qui peine à vous suivre. Il s’étire, soupire et finit par vous dire que ce n’était que comédie. Car, d’un coup d’œil croisé, la montre toujours elle, vous restitue le temps à la seconde prés.


Elle fera de même, mais à l’inverse, pour celui qui se sent les jambes lourdes. Il est vrai qu’en cas de méforme, elle n’y mettra aucune forme. Tout au contraire elle en rajoutera un peu, beaucoup. Les secondes deviennent des heures. Les jambes fléchissent et la volonté en pleine déliquescence s’avoue vaincue. Mais l’arrivée est encore loin, et le temps prend un malin plaisir à marquer un temps d’arrêt. Il agit comme il le fait face à l’ennui. Il paresse, effectue quelques méandres, s’arrête et oublie de repartir. Quand enfin, après plusieurs heures, en regardant votre montre d’un regard implorant elle vous annonce que vous n’avez toujours rien fait, alors le poing fermé vous finissez par l’ignorer totalement.


Pourtant, sans montre pas de temps, pas de temps pas d’entraînement. La course est faite de signes. C’est une chanson de gestes qui traduit les différentes étapes de l’effort. A son début, on ne fait que jeter un regard furtif en direction de la montre. Puis, au fur et à mesure que le temps s’écoule la fatigue apparaît. Ce sont là, deux bons et fidèles amis. Alors, le regard inquiet, l’œil marque une pose plus au moins longue sur le cadran de la montre. Finalement à l’orée du déclin, il s’y attarde au point de ne plus en bouger. Il y puise les raisons de sa propre agonie. Le coureur est alors capable de répondre par le geste, à l’arrogance de la matière. Il faudra prouver au temps qu’il est capable d’en maîtriser les règles. Elles sont simples. Annoncer le temps avant que celui-ci ne se soit écoulé. Prédire le temps, afin d’en diminuer les effets.
Le temps de la souffrance est venu


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