Ce rituel exprime un monde parallèle dans lequel le coureur
vient de pénétrer. Son langage se résume
à quelques mouvements saccadés. Il a ouvert une
porte des étoiles bien à lui. Un monde différent
l’attend. Le temps se superpose au temps. Il évolue
comme sur un coussin d’air. Il glisse sans heurt, et passe
sans laisser de souvenirs. La pensée pourtant galope, mais
il ne subsistera aucune trace sitôt l’effort fini.
Le temps de l’effort a ses exigences. En premier lieu celui
de savoir contenter ses facultés intellectuelles. Nourri
au glucose, le cerveau se montre très reconnaissant. Plus
de dessert, et le voilà grincheux. Il ne veut pas restituer
l’ensemble des plaisirs qu’il avait su vous procurer
quelques instants auparavant. Il y a un temps pour tout !
Surtout celui de l’échange. C’est donnant donnant,
effort plaisir. Le temps au repos n’est plus le même,
et la montre s’en est allée.
La montre moderne renseigne, conseille, et analyse. Le temps est
étudié, disséqué, et fait parti intégrant
de la performance. La montre est un trait d’union entre
l’Homme et le temps. Vouloir gagner du temps entre deux
points plus ou moins éloignés, demande une gestion
de l’effort, que seul la montre est capable de communiquer
en temps et à l’heure voulue. Parfois le regard reste
fixé à la montre, dans un état d’hypnose
apparent. Le rythme est régulier, mais aux limites des
capacités du coureur. Les temps de passage ont été
soigneusement étudiés. Il faut respecter les données
qui ont été enregistrées. Quand la fatigue
apparaît, et qu’il devient difficile d’épouser
le temps, alors on laisse filer quelques secondes. Elles s’échappent
en un pschitt ironique. Mais la volonté est un atout. Bien
vite on s’accorde, de nouveau, aux données préenregistrées.
Toute l’énergie se concentre sur ce petit écran
noir. Il bat la mesure. Les jambes se balancent avec la régularité
du métronome. Elles dessinent dans l’espace, un mouvement
magnifique qui défit le temps. L’esprit marié
au temps dirige, le corps exécute. Une synchronisation
qui offre la performance à tous ceux qui en respectent
les exigences.
Le temps passe. La course est un passe temps, bien inspiré.
Le temps lasse
Il se fait tard. Il se peut alors, que la fatigue favorise une
rencontre amicale avec sa montre. La solitude exacerbe les ressentis.
On est deux, engagé dans la même galère, alors
forcément ! Un lien affectif se crée qui permettra
de parler de la conduite à tenir, loin du temps. Attendre
des réponses d’un objet silencieux n’est-ce
pas trop demander ? Sont-ce les effets du temps ? On
en profite pour aborder des souvenirs qui étaient depuis
longtemps enfouis dans les profondeurs du néant. Le temps
est confus. Tous les temps s’entremêlent. C’est
la confusion des temps. On joue, on pense, on essaye de résoudre,
en un mot on refait le temps.
Puis le temps change, alors on s’interroge. Doit on poursuivre
ou couper son effort ? La montre est seul témoin d’une
situation délicate. Doit on lui faire confiance ?
Elle est issue d’une technologie de pointe, sans passée
ni expérience. Alors que la peau transmet instantanément
au cerveau toutes ses informations. Si la plupart du temps on
est capable d’anticiper sur ce que va nous dire la montre,
il se trouve que parfois elle joue les rabats joies ou se montre
d’un optimisme démesuré. Alors le doute s’insère
chez le coureur. Le temps ne serait il pas le même qu’ailleurs ?
La montre pourrait elle être vieillissante ? Les informations
seraient elles fausses ?
Avec la lassitude le cerveau se fait moins vaillant. La montre
reste impassible. Elle poursuit invariablement à vouloir
communiquer. Elle donne toujours les temps de passage. Elle calcule
les vitesses de montée et de descente. Elle informe de
la consommation de calories, du rythme cardiaque et de pleins
d’autres choses, qui finissent par lasser le coureur. Un
petit appareil de cette taille ne peut se permettre d’être
moralisateur. Ce n’est pas lui qui fourni un effort. Il
se contente de battre au rythme des secondes. Sa chevauché
dans le temps n’est autre que mécanique. Il est d’interface
entre le monde de l’évasion, la liberté, et
la société de consommation. Cette connivence doit
rassurer, car après tout, voir le temps, est un critère
de bonne santé. Un voile devant les yeux, une perte de
repère et voilà que l’on perd le fil du temps.
La fatigue nous isole. Elle nous fait regretter le temps des sous
entendu, ces instants de tendre amitié avec la montre.
Montre toi sous ton vrai jour !
Lire
la suite
Les informations sur les Masters de ski de fond, c'est ici !