Gîtes de France

Gîte la Marguerite

"Au fil du temps"
B- La Gestion du Temps (8/11)

Pourtant il est si proche ce petit objet. Il s’accroche au poignet. Il reste le lien entre le concret et le virtuel. C’est un ami qui vous veut, ce que vous lui demandez. Il est le reflet de votre tendance. C’est un miroir dont on voudrait parfois qu’il déforme. Mais non, il répond toujours ce que le temps lui a demandé de dire. Il est serviable. Mais son maître a un si grand pouvoir sur lui. Le temps dit et la montre répète. On a beau accélérer et modifier le temps rien y fait. On peut essayer de détourner son attention que nenni. Quelque soit la pente ou la qualité du revêtement, la montre traduit.


Alors, ce petit coup d’œil à sa montre, c’est un jeu. Tu vois c’est ce que j’avais dit. Ce matin j’avais prévu de passer dans le temps que tu m’indiques. Je maîtrise le temps, et ta présence m’indiffère. Mais parfois, comble de malheur, il crie à la cantonade, que le coureur est fatigué. Qu’il ne respecte aucun des objectifs préalablement fixés. Bien sur cette montre exagère. Elle n’a aucun sens de la mesure. Elle a forcément un problème existentiel ! Car finalement elle ne vit qu’à travers le temps et le coureur qui l’interroge. Elle n’est ni le temps, ni l’effort. Elle effectue une longue trajectoire, placée en bout de bras. Mais si l’œil contemple le paysage, alors elle ne joue plus aucun rôle. On oublie le temps. Il a disparu et a laissé place à l’infini. La vie d’une montre se révèle platonique. Pourtant elle semble participer à l’aventure. Mais elle se désintéresse du résultat. Elle n’exprime aucun regret. Elle ne prononce aucun encouragement. Elle monte et descend sans jamais ressentir le moindre sentiment. J’aimerai savoir ce qu’elle préfère du positif ou du négatif ? Peut être que les terrains plats lui sont favorable ou le silence ou le bruit ? Quelles saisons lui parait la plus belle ? Et les animaux éclairent-ils le jour comme c’est le cas pour moi ?
Le temps vagabond


La surprise vient au bout d’un temps que l’on voudrait sans fin. Quand le poignet à hauteur du regard, semble vouloir dire regarde. La montre fidèle indique qu’elle n’a rien laissé filé. Elle a emprisonné, seconde après seconde, le temps. Celui que l’on avait cru, par mégarde, avoir laissé derrière soi. Celui que l’on avait déposé au bas d’une montée, et qui comble de malchance nous attendait au haut de cette montagne. Pourtant on s’était fait discret. Il semblait même que l’on s’était fondu à la nature. Que dans la beauté de l’effort, on ne faisait plus qu’un avec l’espace. Dématérialisé, les cellules éparpillées, le corps aux abonnés absents, le temps l’espace d’un instant, ne pouvait plus avoir de prise sur la vie. Surprenante révélation, la montre avait du perdre le rythme du temps. Battre dans le vide sidéral, il ne pouvait plus y avoir de secondes. Enfin délivré du temps, dont le voyage n’était plus le même que le mien !


Surprenante réponse, au fil du temps, que de croiser un temps identique à l’ensemble des Humains. Etait-il possible qu’après tant de kilomètres on puisse tous avoir le même temps ? Au fil des sous bois, des virages, des champs et des canyons, je m’étais suffisamment caché, pour espérer n’être plus dans les temps. Je croyais naïvement, avoir fui, au-delà du temps. Pourtant le monde que je venais de franchir, ne m’affranchissait nullement du rythme du temps. Il l’avait simplement épousé, peut être contourné. Mais la montre avait su me le restituer. Triste réalité, le fil du temps n’avait pas été rompu. Comme un fil à la patte, il me reliait au temps du départ, avant de m’annoncer le temps d’arrivée.


Tu vois je suis toujours là, m’a-t-elle dit un jour où l’absence avait été particulièrement longue. Je t’informe que la journée est déjà bien entamée. Il va être l’heure de manger. Tu n’es pas allé très vite. Performance moyenne pour un effort qui se voulait optimum. Mais qu’elle se taise, me suis-je dit alors que le souffle me manquait. Son silence est un véritable cri. Elle est consciente de son pouvoir. Dire sans parler, démontrer en donnant l’impression de ne pas y toucher. Petite elle est, petite elle restera. Elle se croit importante parce qu’elle a lié amitié avec le temps. Mais le temps n’est pas là, et la montre aurait du sans aller. Courir c’est abolir le temps. Alors que fait-elle accrochée à mon poignet ? Croit elle pouvoir me suivre avec son ami le temps. Je l’ai laissé sur la table de chevet, et bien croyez moi si vous voulez, au retour elle m’a donné, sans avoir fourni aucun effort, le temps. Ce ne fut pas une surprise, car je le connaissais. Le soleil dans son éternel voyage m’avait permis d’en suivre l’évolution. Le cadran est gigantesque. L’aiguille de feu se promène, lentement, régulièrement, en prenant son temps. Il est le gardien des jours et des nuits. Il assure les saisons, gère les récoltes et la vie bat au rythme de ses humeurs. Pourtant la nature dans son évolution perpétuelle, a modifié le temps. Aujourd’hui la Terre subit les effets du temps. Le temps et l’Homme modifient le temps.


La perfection est source d’errements. La société avance, nous dit-on. L’objectif, éloigner l’Homme des méfaits du temps. Par nature, le temps efface toutes choses. Une fragilité qui fait que l’on a créé une vie, qui se veut éloignée des processus naturels. Un combat qui semble satisfaire notre ego. Un problème existentiel, qui fait face à notre relative fragilité.


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