Il fut un temps ou volcans, météorites, séismes
et créations oeuvraient afin de stabiliser le temps. Puis
les Hommes ont réduit le temps. Ils l’ont ramené
à l’échelle Humaine. Une unité si petite
que le temps s’est déréglée. Certain
en sont mêmes venus à nier l’évidence.
L’évolution des espèces est remise en question.
Le créationnisme, réduit l’immensité
de l’Univers, et le ramène à l’échelle
de l’Homme, moderne. Ainsi par la réduction des principes
de pensée, a-t-on pu s’approprier le temps. Il est
enfin à son image, petit et quantifié, recroquevillé
et empoussiéré.
Mais le temps en a vu d’autres. Depuis la nuit des temps
il subit les caprices de l’univers. Ma course, sur cette
toute petite planète bleue est anecdotique. Alors ma montre,
son alliée fidèle, obéit. Elle accompagne
sagement et docilement le mouvement des étoiles. Avec un
tel pouvoir, ne pourrait-elle pas me porter un peu plus de considération.
Ne fais-je pas parti de ces Humains, obsédé par
le temps, avec qui elle pourrait composer. Nous sommes si souvent
ensemble. Il n’y aurait aucune honte à ce qu’elle
puisse m’offrir une seconde par-ci, par-là. Par exemple,
à l’occasion d’un résultat particulièrement
flatteur, ce serait une récompense somme toute logique.
Une noble façon d’accepter une relative défaite.
Car améliorer son temps, s’est avoir su faire preuve
d’une belle maîtrise, face à un temps pour
une fois largement dépassé.
C’est rageant, elle parait indifférente. Elle ne
se réjouit ni des performances, ni des contretemps, ni
des erreurs de parcours, ni du mauvais temps. Que l’on perde
ou que l’on gagne du temps, que l’on laisse passer
du temps, que l’on épouse le temps, pour essayer
d’améliorer le temps, rien y fait. Ne pourrait-elle
pas se réjouir d’être si souvent au centre
de nos préoccupations ? La performance est partagée.
Elle a été source de régularité et
de réussite. Pourtant son enthousiasme fait peine à
voir. Sa morne existence, contraste avec l’exubérance
de bien des athlètes.
La montre est un miroir à travers lequel, passent les rayons
du temps. Suivant sa forme, ils sont concentrés ou dilués.
Ils peuvent brûler ou laisser indifférent. Ils agissent
en fonction des objectifs ou de l’état d’esprit
du coureur. Sous forme de rayon laser, le concentré de
temps, exige une forme optimale. Alors que le temps agréablement
réparti dans l’atmosphère, échappe
à la vigilance du coureur. Le temps est un outil. On s’en
sert en s’appuyant sur son verdict. Il est repère,
et l’entraînement s’articule autour des informations
qu’il diffuse. Mais ce temps là, mis à la
disposition de quelques marginaux, est un exercice austère
et fastidieux.
La vie offre son temps a qui s’est l’épouser.
Beaucoup passe et s’en vont sans avoir su retenir aucune
seconde !
En fait tant pis, j’ai du temps. Il est à moi et
je le gère comme bon il me semble. La montre, simple d’esprit
restitue le temps, sans avoir su lui donner un peu de tendresse.
Le savoir vivre passe par une connivence avec le temps. Ami ami,
je te donne du temps et tu le fais fructifier. Tu le mets en valeur,
tu le dépose sur un piédestal. C’est l’instant
où ton corps ne t’appartient plus. Cette seconde
où tu épouses ton environnement. Tu es nature immatérielle.
Tu es une poussière d’air et le temps ne peut le
comprendre. Tu pourrais en profiter pour lui fausser compagnie.
Poser ta montre sur un tas de bois. Quelle importance, le temps
s’en est allé. Il s’est pris les pieds dans
la pensée. Il a du se vautrer dans l’herbe grasse.
Cette fois, pas le temps de le plaindre puisque tu ne sais pas
de quoi on parle.
Pourtant, attention de ne pas prendre le temps à rebrousse
poile. Il faut le faire avec diplomatie. Je te tiens, tu me lâches.
Au revoir et bon vent au temps. Après tous je ne suis que
poussière. Alors monsieur le temps, laissez moi vaquer
à mes occupations journalières, je coure et je passe
mon temps de la plus délicieuse des manières.
Je sais que ni le temps, ni personne, n’apprécient.
Vouloir aller seul, interpelle, surtout en courant. Les Hommes
ont certainement autre chose à faire que de compter le
temps qui passe. Travail, famille et patrie, voilà des
valeurs qui offrent au temps toute sa grandeur. Passé son
temps, sans avoir à faire autre chose que de le surveiller
du coin de l’œil, indispose. N’avoir rien à
faire d’autre que de vouloir échapper au temps que
l’Homme a mis en place, qu’elle galéjade !
Personne n’est trompé. Cours, cours, mais rien n’y
fait. Le temps et le stress font bon ménage. A-t-on le
droit de vouloir s’affranchir du temps, alors qu’il
a pu emprisonner l’humanité ? Sa toile est performante.
Ton devoir est donc de t’y laisser prendre. Comme pour les
autres, le temps attend patiemment son heure pour t’imposer
le rythme du temps. Il est tapi en haut à droite. Immobile
il observe. Quand le temps est venu, il agit. Impossible d’échapper
à sa mission. Il frappe avec une efficacité redoutable.
Métro boulot dodo. Vous voilà devenu un membre à
part entière, du temps.
Savoir se jouer du temps
La course à pied est une vie en soi. Les premiers mètres
sont hésitants. Ils font rapidement place à un sentiment
d’euphorie, qui dure le temps de ses capacités physique.
Ensuite, lassitude et fatigue accompagnent l’effort. Puis
c’est le temps où passé et présent
font bon ménage. Enfin, vient le temps de la maîtrise
de l’effort en absence d’énergie. On arrive
au bout du temps qui nous était imparti. On ne peut tricher.
Monsieur le temps merci de m’avoir permis de voir autant
de belles choses. Certaines vies ont été si courtes.
D’autres, plus longues, ont été vécu
sans prendre le soin d’observer et d’aimer. N’est
pas vieux celui qui collectionne le temps. C’est celui pour
qui, chaque seconde, ne représente qu’une grappe
de temps sans souvenirs ni sentiments. Etre jeune, c’est
s’offrir chaque seconde, comme un fruit mur et juteux, avec
gourmandise et délectation. Il n’y a pas d’âge
pour cela !
Le temps est le même pour tous. Seul le contenu change.
Impassible la montre renvoie le temps qui passe. Elle a toujours
se petit sourire ironique, au coin des lèvres. De partout
dans le monde, en profondeur ou en altitude, dans le froid polaire
où dans la chaleur désertique, rien y fait, elle
sourit. Je m’en veux de n’être pas plus rapide.
Peut être me faudrait il atteindre la vitesse de la lumière.
Le temps en souffrirait, moi aussi. Mais qui veut aller loin ménage
sa monture.
Alors profitons du temps. Essayons d’aller au terme d’une
vie déjà bien remplie. Epousons le temps, histoire
de ne rien perdre de ce qu’il est capable de nous offrir.
Faisons les choses ensemble. Accompagné du temps on se
sent moins seul. On est deux, et la montre imperturbable nous
le rappelle. Nous sommes une cordée. Un lien invisible
nous relie. Il conviendra, dès la ligne d’arrivée
franchie, de ne pas oublier de dire nous. Cette ligne où
est-elle ? Que représente-t- elle ? Le temps
qui s’affiche est-il celui qui annonce la fin de l’effort ?
Celui par lequel l’athlète doit passer pour franchir
un palier ? Ou cette dernière étape de l’existence,
qui efface toutes les matières ?
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