Gîtes de France

Gîte la Marguerite

"Au fil du temps"
C- A la rencontres des autres (13/13)

 


Tour de Sicile en Ski-rou


Tout à coup, on est face à un vide terrifiant. On va essayer de se réadapter à un mode de vie que l'on avait oublié. De plus, entre départ et retour, les pathologies sociales se sont aggravées. Alors, une seule thérapie, se fixer d'autres objectifs. Mon arrivée dans la région grenobloise en 1985, me permit de gagner le premier tour pédestre du Trièves. Une épreuve magnifique qui avait lieu dans une région que j'aime par-dessus tout, j'y suis né. Etant nommé responsable des équipes de ski de fond, je décidai d'organiser le premier tour de Sicile en skis à roulettes.


En l'absence de neige, les skieurs de fond se préparent avec des ski à roulettes. Il est parfois utile d'organiser l'entraînement afin de dépasser le cadre confidentiel d'un petit bout de route. Avec la Sicile on est au bout du paradoxe. Entre mer et soleil, le skieur étonne. Faire 1000 kilomètres, sur une île pas vraiment coutumière de cette activité nordique, voilà qui a de quoi motiver. Les avertisseurs ont salué, ou sanctionné, notre présence. Une fois de plus je suis parti à la recherche de gens et de paysages que seul l'effort physique permet d'apprivoiser.


Cette aventure sportive va se dérouler en présence d'une équipe de télévision appartenant à la 2ème chaîne. Le film "Les roulettes Siciliennes" sans aucune qualité, sera présenté au Carnet de l'Aventure. Une émission présentée par Pierre François Desgeorges, un des anciens du 93èm RAM. Le seul intérêt, aura t été d'avoir un regard extérieur à l'expédition. Les réflexions du trio d'artistes n'ont pas manqué de pertinence. On ne sait ce qui les a le plus interpellé, si c'est l'inconfort, l'intensité d'un effort gratuit, l'activité elle-même ou la relativité des choses ?


Cette fois nous sommes partis à dix. En prenant la direction du sud on espérait bien éviter le mauvais temps. Il pleut. Nous sommes à Messine ! La circulation est extrêmement dense. Claxonner est une coutume locale qui exprime surprise, joie ou agacement. Suivant l'intensité et la longueur du cri, vous pouvez traduire. Premier contre temps, les campings sont fermés. Le départ est donné le 28 avril à 8h00. Chacun aura à effectuer 40 kilomètres en 2h00. Le paysage de cette partie nord de l'île, jusqu'à Palerme est magnifique. A droite la mer bleue, à gauche une végétation verte et luxuriante en ce printemps pluvieux, et au milieu un skieur. On pourrait se demander ce qu'il fait là ? si il y a erreur, mais qui en fait, savoure sa joie, livré à son effort solitaire. Nous avons toujours été accueilli avec gentillesse par une population curieuse. Les panneaux directionnels, pas toujours à leur place, il nous a fallu souvent demander notre route. Les villages succèdent aux villages. Dans lequel sommes-nous ? Cefalü, village de pêcheurs qui semble artificiel tellement c'est beau. Les maisons cubiques, les murs couleurs pastel, les bateaux aux teintes flamboyantes, l'odeur de la marée, je passe en poussant sur mes bâtons.


La chaleur orageuse nous enveloppe durant cette troisième étape, qui nous mène sur la côte sud à travers les terres. Arrivée Silunente, au milieu de temples grecs, au moment ou l'orage éclate. Les hautes colonnes se découpent, sur fond de ciel d'un noir d'ébène. Le jour suivant nous nous laissons glisser le long de la mer. Des fleurs, il y en a de partout. Nous arrivons à Agrigente, la vallée des temples. On plonge dans le passé, on croise des Grecs puis des Romains. Pas plus étonnant que des skieurs à roulettes ! Heureusement, c'est le bruit des roues sur le sol irrégulier, qui nous ramène dans le présent. Les 5èmes et 6 èmes étapes, nous permettent de pénétrer à l'intérieur des terres. Nous découvrons des villages suspendus, accrochés aux lignes de crètes, en limite de perte d'équilibre. Nous passons à côté de cimetières d'un luxe incroyable. Finalement la Sicile est beaucoup plus verte que ce que je croyais. Elle exhale des odeurs par milliers qui nous enivrent, nous qui progressons toujours en limite d'oxygène. Nous dormons au bord du lac de Pergusa, à Enna. C'est au petit matin que l'on a surpris un chien en train de manger notre beurre. Il venait de finir les chaussures de notre caméraman, dont le sens de la plaisanterie a été pris en défaut. Je me demande ce que la bête a le plus apprécié ? La seule chose dont-on peut être sur, c'est qu'il a du souffrir d'une bonne crise de foi ! A l'approche de Catagne, les brumes de chaleur nous empêchent de voir l'Etna.


C'est à cet instant que l'aventure a pris toute sa dimension. Le géant a souffert ces derniers jours d'énormes crises de rejet. Les habitants, les maisons et les routes en ont fait les frais. Au moment où nous prenons la route de l'Etna pour atteindre le sommet à 3325 mètres, on ne se doute pas que la journée sera pleine d'imprévus. Le départ est donné au port de Catagne altitude 0 mètre, température insupportable. L'arrivée de la première partie, 2000 mètres plus haut, après 45 kilomètres de route sinueuse. Rapidement le ciel s'obscurci et la pluie commence à tomber. Au sommet du cône, une fumée blanche s'élève. Sans doute un signe indien qu'aucun de nous n'a su traduire. A gauche, à droite, devant, les coulées de lave refroidies nous emprisonnent. Tout est noir. C'est un grand moment. C'est un peu la synthèse, qui rassemble tous les symboles de ce voyage. L'effort physique est très intense. La pluie redouble et l'on attend avec impatience l'arrivée des véhicules d'accompagnement pour pouvoir se vêtir. Malheureusement, au village de Trégastani au pied du cône, on fête Saint Joseph. La procession qui sort de l'église, colorée et bruyante, interpelle l'équipe de télévision. Le saint est revêtu de sa plus belle parure, une robe blanche brodée de fils d'or, et les cloches sonnent à tu tête. "Copi di San Guiseppe" a failli nous mener à notre perte.


Là-haut il pleut et il fait froid. Nous sommes en hypoglycémie, et dans le brouillard. Le ravitaillement aurait permis de se réchauffer et de récupérer. Finalement Marguerite, à bout d'arguments, réussira à convaincre l'équipe de soutien qu'il serait urgent d'agir. Mais nous sommes déjà au parking, on déchausse, on met nos baskets et nous poursuivons l'ascension en petites foulées. Il reste 1350 mètres de dénivelée. La montée de l'Etna en courant, j'en rêvé, je l'ai fait !


Le chemin que seul les véhicules tout-terrain empruntent, est très raide. L'activité volcanique de ces derniers temps, a détruit le téléphérique. Alors, pour tous les touristes en mal d'aventure, il reste les navettes. A 2600 mètres il neige. Ce matin, on dépassait les 40 degré, et maintenant la température avoisine les moins 5. Au sommet il fera moins 10. Le brouillard donne encore plus de mystère au paysage. D'immenses tours de lave noire, sur lesquelles la neige se dépose doucement, bordent le chemin. Sculptées par le vent et le froid, maigres et hautaines, parfois à la limite de la fracture, elles attendent patiemment que l'Etna décide de les fondre à nouveau. Ces personnages étranges et inquiétants, émettent des reflets rouges et violets du plus bel effet ! La piste a disparu. C'est presque par hasard que nous nous retrouvons au sommet. Il manque pourtant un coureur, et les minutes qui vont suivre seront angoissantes. Finalement il arrive, et après 45 kilomètres de ski-roues, 15 kilomètres de sentier de montagne et 3325 mètres de dénivelées, nous sommes tous réunis au bord du cratère, qui l'année dernière a avalé 9 touristes. Alors pas d'imprudence, on redescend.


C'est la dernière étape. Nous quittons Taormina. L'état de la route dépend des caprices du volcan. Malheureusement pour nous, l'étape prévue, passe par un col rendu inaccessible,à cause d'une coulée de lave. Comme si ça ne suffisait pas, le demi-tour, est accompagné par la pluie. Finalement, nous sommes arrivés à Linguaglossa par une route proche du chemin muletier. En bordure de mer le soleil est revenu. Sans doute pour marquer la fin de cette aventure. L'arrivée dans Messine demande beaucoup d'habileté pour éviter les voitures, mais n'était-ce pas ce que nous sommes venus travailler ?.


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