Gîtes de France

Gîte la Marguerite

"Au fil du temps"
D- La conquête des sommets en courant (14/30)

 


Au retour, je participai au premier et dernier Grand Prix de l'Oisans. Un challenge qui prenait en compte toutes les épreuves de course en montagne, qui se déroulaient dans le massif. Je gagnai cette édition devant Laurent Smagghe. Sans le savoir, j'avais à côté de moi celui qui allait le plus contribué à me motiver. Par la suite nous nous sommes souvent rencontrés. Par des chemins très différents, nous sommes arrivés à réaliser des objectifs fort semblables. Un jour, une simple coulée de neige, a stoppé son effort pour l'éternité.


Mais avant, il y eut le Mont-Blanc. Au mois de juillet 1986, quand je l'ai vu, j'ai tout de suite eu envie de l'atteindre en courant. L'été était chaud et agréable. Le bicentenaire de sa conquête, créait un climat particulier. Le Mont-Blanc devenait plus magique encore. Un tremplin extraordinaire vers l'infini. Une longue caresse qui ne peut qu'émouvoir.


Le 13 août 1986, je suis parti courir comme les autres jours, sans modifier quoi que ce soit. Un petit sac dans le dos Avec des vêtements de protection, des chaussures épaisses et mes crampons en plastique. Seule la foule, le long des traces étroites m'inquiétait. Pourrai-je doubler et éviter tout incident ? Je suis arrivé au sommet en 5h23'. J'aurai pu aller plus vite. Mais après coup, combien ont dit la même chose ? A la descente, sitôt les Grands-Mulets franchis, je me suis perdu en suivant les fanions mis en place par mon compagnon d'ascension. Ce dernier fatigué, avait préféré prendre le temps de baliser et ainsi de me faire gagner du temps ! Durant une heure, exaspéré par ce contretemps, j'ai joué à saute mouton avec les crevasses. Heureusement qu'à cette époque, elles étaient moins marquées qu'aujourd'hui.


Finalement, en 8h06', j'effectuai un aller retour qui allait profondément marquer mon avenir. Pourtant à cet instant, je n'attachais aucune importance à cet événement. La joie d'avoir fait le Mont-Blanc, était seule source de bonheur. Le temps aurait pu être de 2h00 moins élevé, avec le même effort. A l'époque, j'étais simplement venu assister à une fête, et le temps me manquant, j'avais gravi le Mont-Blanc en courant. Sans doute aurai-je pu le faire dix ou vingt ans auparavant. Je ne me doutais pas un instant que nous étions aux portes d'une mini révolution. Que le trajet que je venais de parcourir allait être le terrain d'enjeux plus importants. Des termes d'éthique, de marché financier, d'irrespect et bien d'autres que j'ai oublié depuis, qualifiaient ce que je pris tout d'abord pour une promenade et qui allait devenir un tremplin médiatique. Je laissais Laurent et consort achever la tâche ! Roger Frizon Roche qui avait chronométré les premières montées au Brévent, a beaucoup souffert de voir le Mont-Blanc transformé en stade. De longues discutions me permirent de comprendre que pour lui, un certain nombre de ses sommets étaient sacrés. Une vénération partagée, dont le respect interdisait toute forme de précipitation.


Un an plus tard, j'allais croiser un autre acteur du record du Mont-Blanc. En me dirigeant vers la Barre des Ecrins 4015 mètres, j'arrivais sur le chemin de Pierre Lestas. Pour tout dire, à cette époque, il était chez lui. Aussi une compétition amicale allait s'engager. En 1986, Pierre Lestas, alors capitaine de détachement CRS de Briançon avait atteint le sommet du Dôme des Ecrins depuis le Pré de Madame Carle en 2h50'. Le 7 juillet de l'année suivante, je réalisais sur le même parcours 2h40' et 4h25' pour l'aller-retour. Pierre m'attendait au retour pour me féliciter et m'avouer en même temps qu'il comptait bien reprendre son bien. Ce qu'il a réalisé de la plus belle manière un mois plus tard : 2h25'13". Puis le record fut pulvérisé par Hubert Fiévet en 2h03'51", par un itinéraire ancien remis au goût du jour ! Je poursuivais avec le Dôme, mais cette fois en partant de la Bérarde 1711 mètres, d'où aucun autre itinéraire ne pouvait venir modifier la donne. Le 2 août 1990, dans le cadre des 7 points culminants des 7 massifs du Dauphiné je réalisais 2h58'37" en étant passé en 2h00 au Col des Ecrins.


La semaine suivante je rejoignais les Pyrénées. La station de Cauteret organisait de nouveau, la mythique course du Vignemale, qui a déjà été décrite dans les pages précédentes. Depuis Cauteret 935 mètres au sommet 3298 m, 2700m de dénivelée et surtout un grand pas dans l'histoire de notre discipline. Je passais à la cime en 3h19' et eu toutes les peines du monde à gérer la descente. Tout comme au Canigou, où je finissais avec une déchirure au mollet droit, après être passé en 2h10 au sommet. Cette épreuve offre à tous les concurrents, 2135 m de dénivelée, bien raides,et s'inscrit dans la tradition locale. Le glacier sommitale, disparu depuis, représentait une source de revenus, et l'exploitation de la glace pour les habitants de Vernet les Bains, a vécu. La course cherche à faire revivre le passé. Elle rend hommage à ces hommes qui gravissaient les flancs du géant, pour redescendre et commercialiser leur cargaison, dont le poids a détruit plus d'un montagnard.


Pour me remettre de toutes ces émotions, nous décidons une fois encore avec la patrouille de ski de fond, composée de Denis, Bruno, Jean-Claude et moi, et de Maggy en se qui concerne la nourriture, d'organiser un raid. Il consiste en ce 20ème anniversaire des JO de Grenoble, de partir de Cortina d'Ampezzo et rejoindre Grenoble en skis à roulettes. L'objectif étant de passer par toutes les stations de l'arc alpin ayant organisé des Jeux Olympiques. A raison de cent kilomètres par jour, nous partirons de Cortina (1956), et passerons à Innsbrück (1964 et 1976), Garmish Partenkirchen (1936), Saint Moritz (1928 et 1948), Chamonix (1924), Alberville (1992) et Grenoble (1968). Finalement nous effectuerons mille kilomètres sur route il est vrai, mais sur des routes de haute montagne. Cette aventure fut avant tout physique. Les énormes dénivelées avalées chaque jour, et une concentration maximum due à la circulation, firent de ce périple un grand moment dans notre vie de sportif.


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