Au retour, je participai au premier et dernier Grand Prix de l'Oisans.
Un challenge qui prenait en compte toutes les épreuves
de course en montagne, qui se déroulaient dans le massif.
Je gagnai cette édition devant Laurent Smagghe. Sans le
savoir, j'avais à côté de moi celui qui allait
le plus contribué à me motiver. Par la suite nous
nous sommes souvent rencontrés. Par des chemins très
différents, nous sommes arrivés à réaliser
des objectifs fort semblables. Un jour, une simple coulée
de neige, a stoppé son effort pour l'éternité.
Mais avant, il y eut le Mont-Blanc. Au mois de juillet 1986, quand
je l'ai vu, j'ai tout de suite eu envie de l'atteindre en courant.
L'été était chaud et agréable. Le
bicentenaire de sa conquête, créait un climat particulier.
Le Mont-Blanc devenait plus magique encore. Un tremplin extraordinaire
vers l'infini. Une longue caresse qui ne peut qu'émouvoir.
Le 13 août 1986, je suis parti courir comme les autres jours,
sans modifier quoi que ce soit. Un petit sac dans le dos Avec
des vêtements de protection, des chaussures épaisses
et mes crampons en plastique. Seule la foule, le long des traces
étroites m'inquiétait. Pourrai-je doubler et éviter
tout incident ? Je suis arrivé au sommet en 5h23'. J'aurai
pu aller plus vite. Mais après coup, combien ont dit la
même chose ? A la descente, sitôt les Grands-Mulets
franchis, je me suis perdu en suivant les fanions mis en place
par mon compagnon d'ascension. Ce dernier fatigué, avait
préféré prendre le temps de baliser et ainsi
de me faire gagner du temps ! Durant une heure, exaspéré
par ce contretemps, j'ai joué à saute mouton avec
les crevasses. Heureusement qu'à cette époque, elles
étaient moins marquées qu'aujourd'hui.
Finalement, en 8h06', j'effectuai un aller retour qui allait profondément
marquer mon avenir. Pourtant à cet instant, je n'attachais
aucune importance à cet événement. La joie
d'avoir fait le Mont-Blanc, était seule source de bonheur.
Le temps aurait pu être de 2h00 moins élevé,
avec le même effort. A l'époque, j'étais simplement
venu assister à une fête, et le temps me manquant,
j'avais gravi le Mont-Blanc en courant. Sans doute aurai-je pu
le faire dix ou vingt ans auparavant. Je ne me doutais pas un
instant que nous étions aux portes d'une mini révolution.
Que le trajet que je venais de parcourir allait être le
terrain d'enjeux plus importants. Des termes d'éthique,
de marché financier, d'irrespect et bien d'autres que j'ai
oublié depuis, qualifiaient ce que je pris tout d'abord
pour une promenade et qui allait devenir un tremplin médiatique.
Je laissais Laurent et consort achever la tâche ! Roger
Frizon Roche qui avait chronométré les premières
montées au Brévent, a beaucoup souffert de voir
le Mont-Blanc transformé en stade. De longues discutions
me permirent de comprendre que pour lui, un certain nombre de
ses sommets étaient sacrés. Une vénération
partagée, dont le respect interdisait toute forme de précipitation.
Un an plus tard, j'allais croiser un autre acteur du record du
Mont-Blanc. En me dirigeant vers la Barre des Ecrins 4015 mètres,
j'arrivais sur le chemin de Pierre Lestas. Pour tout dire, à
cette époque, il était chez lui. Aussi une compétition
amicale allait s'engager. En 1986, Pierre Lestas, alors capitaine
de détachement CRS de Briançon avait atteint le
sommet du Dôme des Ecrins depuis le Pré de Madame
Carle en 2h50'. Le 7 juillet de l'année suivante, je réalisais
sur le même parcours 2h40' et 4h25' pour l'aller-retour.
Pierre m'attendait au retour pour me féliciter et m'avouer
en même temps qu'il comptait bien reprendre son bien. Ce
qu'il a réalisé de la plus belle manière
un mois plus tard : 2h25'13". Puis le record fut pulvérisé
par Hubert Fiévet en 2h03'51", par un itinéraire
ancien remis au goût du jour ! Je poursuivais avec le Dôme,
mais cette fois en partant de la Bérarde 1711 mètres,
d'où aucun autre itinéraire ne pouvait venir modifier
la donne. Le 2 août 1990, dans le cadre des 7 points culminants
des 7 massifs du Dauphiné je réalisais 2h58'37"
en étant passé en 2h00 au Col des Ecrins.
La semaine suivante je rejoignais les Pyrénées.
La station de Cauteret organisait de nouveau, la mythique course
du Vignemale, qui a déjà été décrite
dans les pages précédentes. Depuis Cauteret 935
mètres au sommet 3298 m, 2700m de dénivelée
et surtout un grand pas dans l'histoire de notre discipline. Je
passais à la cime en 3h19' et eu toutes les peines du monde
à gérer la descente. Tout comme au Canigou, où
je finissais avec une déchirure au mollet droit, après
être passé en 2h10 au sommet. Cette épreuve
offre à tous les concurrents, 2135 m de dénivelée,
bien raides,et s'inscrit dans la tradition locale. Le glacier
sommitale, disparu depuis, représentait une source de revenus,
et l'exploitation de la glace pour les habitants de Vernet les
Bains, a vécu. La course cherche à faire revivre
le passé. Elle rend hommage à ces hommes qui gravissaient
les flancs du géant, pour redescendre et commercialiser
leur cargaison, dont le poids a détruit plus d'un montagnard.
Pour me remettre de toutes ces émotions, nous décidons
une fois encore avec la patrouille de ski de fond, composée
de Denis, Bruno, Jean-Claude et moi, et de Maggy en se qui concerne
la nourriture, d'organiser un raid. Il consiste en ce 20ème
anniversaire des JO de Grenoble, de partir de Cortina d'Ampezzo
et rejoindre Grenoble en skis à roulettes. L'objectif étant
de passer par toutes les stations de l'arc alpin ayant organisé
des Jeux Olympiques. A raison de cent kilomètres par jour,
nous partirons de Cortina (1956), et passerons à Innsbrück
(1964 et 1976), Garmish Partenkirchen (1936), Saint Moritz (1928
et 1948), Chamonix (1924), Alberville (1992) et Grenoble (1968).
Finalement nous effectuerons mille kilomètres sur route
il est vrai, mais sur des routes de haute montagne. Cette aventure
fut avant tout physique. Les énormes dénivelées
avalées chaque jour, et une concentration maximum due à
la circulation, firent de ce périple un grand moment dans
notre vie de sportif.
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