Le départ de Cortina d’Ampezzo, devant le tremplin
olympique, nous permettra de traverser les Dolimites et, en passant
par Bressanone, d’atteindre le Brenner. Ce col mythique
s’élève à 1375 mètres et représente
le carrefour de l’Europe. Le soir nous arrivons à
Innsbrük, et franchissons la ligne d’arrivée
de l’étape au niveau du tremplin qui domine le cimetière.
Ne voyez là aucune explication de cause à effet,
mais les sauteurs durant leur vol ne voient que les tombes. Nous
aurons fait 88 kilomètres de ski à roulettes. Le
lendemain nous montons sur Seefeld et atteignons le tremplin de
Garmish Parten Kirchen la nuit tombée, après avoir
parcouru 51 kms de montée. Le maire organisera une fête
grandiose, où les multiples couleurs du plat de charcuterie
servie en cours de soirée, accompagnée de bière
locale, ne pourront être oublié par les protagonistes.
Une vision, doublée de sensations qui se situèrent
surtout au niveau de l’estomac. Puis nous arriverons à
Saint Moritz en passant par Landeck, et parcourrons 106 kms ce
jour là. Les mélèzes avaient décidé
de fêter notre passage. Bien leur en a pris, car pendant
des heures nous avons roulé dans un paysage composé
que de jaune tendre. Le matin, rendez vous devant le tremplin
olympique pour donner un nouveau départ. Cette journée
et la suivante, furent celles des franchissements des grands cols
Suisse. En premier lieu, le Julier Pass à 2284 mètres,
au cours d’une étape de 134 kms. Chacune des descentes,
donna lieu à des scènes de fou rire et parfois de
panique. La grande étape du vendredi, comme les super étapes
du tour de France, nous permis de parcourir 151 kms. De Saint
Moritz, nous franchîmes l’Ober pass 2044 mètres,
et surtout le Forka pass 2431 mètres pour arriver à
Sierre. Nous dormîmes dans un bunker, à l’abri
des bombes et de tous dangers nucléaires. La preuve que
les Suisse savent se protéger, neutre ne veut pas dire
inconscients. L’étape suivante, ne manqua pas d’ampleur
non plus. De Sierre nous passâmes par Martigny et le col
de la Forclaz et des Grands Montets, pour arriver devant le très
vieux tremplin des Bosson. La dernière étape se
devait de se terminer à une certaine heure en mairie de
Grenoble. Elle se déroula donc à un rythme débridé,
en fonction du retard ou de l’avance supposés. Nous
passâmes par Saint Gervais, Alberville et sa mairie, mais
pas encore le tremplin, La Rochette et la mairie de Grenoble.
Une étape longue de 152 kms, qui se termina dans un bain
de foule, loin du tremplin de Saint Nizier, que j’irai filmer
un peu plus tard.
Le coeur de l'Europe abrite des paysages extraordinaires. Pendant
10 jours, nous fûmes sous le charme de ce kaléidoscope
géant. Les couleurs de l'automne dans les Dolomites ou
à Saint-Moritz nous offrirent un feu d'artifice que l'on
ne pourra jamais oublier. Les grands cols Suisses nous permirent
de skier à proximité des glaces éternelles.
La police ne cessa d'intervenir pour stopper notre effort. Surtout
en Suisse, où malheureusement, entre le moment où
le militaire commençait à demander de s'arrêter
et la fin de la phrase, le skieur avait déjà disparu
à l'horizon. Les descentes représentèrent
des prises de risque et parfois déclenchèrent des
immenses fous rires à nous couper le souffle. Nous fûmes
accueillis dans chacune des mairies olympiques. Les maires signèrent
l'affiche officielle de l'anniversaire des 20 ans des JO de Grenoble.
Au retour le film en super 8 que j'avais réalisé
fut présenté au festival du film neige et glace
d'Autrans. L'année précédente déjà,
j'avais présenté en super 8 "Le Paris Cap Nord
1984" et "Le tour de Sicile 1986". Nous avons demandé
à Gérard Holtz de parcourir quelques kilomètres,
en skis roues, dans les rues du village. Mais finalement on ne
se souviendra que de l'essentiel, le plaisir de l'effort dans
une Europe encore à taille humaine, qui se mit en quatre
pour nous présenter ce qu'elle avait de plus beau ! Autrans
restera pour moi un lieu de rencontres. Au fil des 20 éditions
qui suivirent, je croisé ce qui se fit de mieux dans le
domaine de la montagne. Ce festival développa l’appétit
médiatique de plusieurs autres villes, dont celle de Grenoble.
Ainsi des rencontres comme celle de Kukuczka, R. Messmer, E. Lorétan,
Wieleki, le podium des 14 x 8000, K. Diemberger, E. Escoffier,
C. Mauduit, J.N. et Zébulon Roche, C. Destivelle, J. Afanassief ,
Marcel Ichaac ou L. Hyll devinrent monnaie courante. Seul leur
disparition prématurée, faisant suite à des
exploits démesurés, donne à l’énoncé
de leur nom une émotion à laquelle je me serai bien
passé. Le temps, comme le maître d’école
au tableau noir, efface consciencieusement, tous les noms écrits
à la craie.
Après un hiver sans neige, je décide de m’étalonner.
Je me pose la question de savoir combien de mètres de dénivelée
peuvent être gravis en 24h00 ?. C'est un sujet qui
est très souvent abordé au sein des groupes de randonneurs.
Le dénivelé/heure est parfois à l'origine
de troubles collectifs. Il arrive même qu'une journée
offrant tous les ingrédients pour qu'on puisse la qualifier
de parfaite, se transforme en une immense foire d'empoigne à
cause du non respect des consignes de départ. Le groupe
du mardi c'est 400m/h et le jeudi 600m/h, un point c'est tout.
En 1988, je me prépare donc à étalonner mon
potentiel physique. Cette opération n'était certes
pas indispensable, mais elle allait m'offrir de grandes satisfactions.
Pourtant, au premier abord, faire le "Yo-Yo", n'a rien
de bien exaltant. Le journal l'Equipe s'en fera l'écho
en des termes peu glorieux. Mais le cerveau humain a des réactions
qui parfois peuvent étonner. J'ai, durant 24h00, effectué
des allers-retours sur les contreforts Est du Vercors. L'après-midi,
la nuit, la matinée offraient des éclairages bien
différents. J'ai vécu seul et en parfaite harmonie
avec la nature. C'est après avoir totalisé 10 000
mètres d'ascension, que j'ai reposé les pieds sur
terre. C'était au-delà de mon objectif puisque je
cherchais, en additionnant les ascensions de 1100m, à atteindre
un total significatif de 8 800m, soit l'équivalent symbolique
de l'Everest. Les descentes furent effectuées en partie
à pied et la fin en Vélo Tout Terrain. J'ai dépassé
l'équivalent de l'Everest avant d'avoir effectué
le tour du cadran. J'ai poursuivi encore quelque temps jusqu'à
ce que mon altimètre à dénivelée cumulable
indique 10 010 mètres et ma montre midi. L’altimètre
en question a été mis au point par Mr Perrin. Une
révolution dans le milieu de l’aérologie et
de la montagne. C’est un alti, petit, précis et facile
à lire. Mais les progrès son fulgurant, et rapidement
tout deviendra encore plus performant et miniaturisé. Je
été aidé ce jour là par la société
Pretel, qui avait comme partenaire Jean Marc Boivin. Nous nous
sommes rencontrés le lendemain du record. Il me parla de
sa participation à l’émission Ushuaïa
au Venezuela, et au plaisir de se revoir sur les flancs du Vercors.
Malheureusement durant le déroulement de l’émission,
il participa à son dernier vol terre.
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