Gîtes de France

Gîte la Marguerite

"Au fil du temps"
D- La conquête des sommets en courant (15/30)

 


Le départ de Cortina d’Ampezzo, devant le tremplin olympique, nous permettra de traverser les Dolimites et, en passant par Bressanone, d’atteindre le Brenner. Ce col mythique s’élève à 1375 mètres et représente le carrefour de l’Europe. Le soir nous arrivons à Innsbrük, et franchissons la ligne d’arrivée de l’étape au niveau du tremplin qui domine le cimetière. Ne voyez là aucune explication de cause à effet, mais les sauteurs durant leur vol ne voient que les tombes. Nous aurons fait 88 kilomètres de ski à roulettes. Le lendemain nous montons sur Seefeld et atteignons le tremplin de Garmish Parten Kirchen la nuit tombée, après avoir parcouru 51 kms de montée. Le maire organisera une fête grandiose, où les multiples couleurs du plat de charcuterie servie en cours de soirée, accompagnée de bière locale, ne pourront être oublié par les protagonistes. Une vision, doublée de sensations qui se situèrent surtout au niveau de l’estomac. Puis nous arriverons à Saint Moritz en passant par Landeck, et parcourrons 106 kms ce jour là. Les mélèzes avaient décidé de fêter notre passage. Bien leur en a pris, car pendant des heures nous avons roulé dans un paysage composé que de jaune tendre. Le matin, rendez vous devant le tremplin olympique pour donner un nouveau départ. Cette journée et la suivante, furent celles des franchissements des grands cols Suisse. En premier lieu, le Julier Pass à 2284 mètres, au cours d’une étape de 134 kms. Chacune des descentes, donna lieu à des scènes de fou rire et parfois de panique. La grande étape du vendredi, comme les super étapes du tour de France, nous permis de parcourir 151 kms. De Saint Moritz, nous franchîmes l’Ober pass 2044 mètres, et surtout le Forka pass 2431 mètres pour arriver à Sierre. Nous dormîmes dans un bunker, à l’abri des bombes et de tous dangers nucléaires. La preuve que les Suisse savent se protéger, neutre ne veut pas dire inconscients. L’étape suivante, ne manqua pas d’ampleur non plus. De Sierre nous passâmes par Martigny et le col de la Forclaz et des Grands Montets, pour arriver devant le très vieux tremplin des Bosson. La dernière étape se devait de se terminer à une certaine heure en mairie de Grenoble. Elle se déroula donc à un rythme débridé, en fonction du retard ou de l’avance supposés. Nous passâmes par Saint Gervais, Alberville et sa mairie, mais pas encore le tremplin, La Rochette et la mairie de Grenoble. Une étape longue de 152 kms, qui se termina dans un bain de foule, loin du tremplin de Saint Nizier, que j’irai filmer un peu plus tard.


Le coeur de l'Europe abrite des paysages extraordinaires. Pendant 10 jours, nous fûmes sous le charme de ce kaléidoscope géant. Les couleurs de l'automne dans les Dolomites ou à Saint-Moritz nous offrirent un feu d'artifice que l'on ne pourra jamais oublier. Les grands cols Suisses nous permirent de skier à proximité des glaces éternelles. La police ne cessa d'intervenir pour stopper notre effort. Surtout en Suisse, où malheureusement, entre le moment où le militaire commençait à demander de s'arrêter et la fin de la phrase, le skieur avait déjà disparu à l'horizon. Les descentes représentèrent des prises de risque et parfois déclenchèrent des immenses fous rires à nous couper le souffle. Nous fûmes accueillis dans chacune des mairies olympiques. Les maires signèrent l'affiche officielle de l'anniversaire des 20 ans des JO de Grenoble.


Au retour le film en super 8 que j'avais réalisé fut présenté au festival du film neige et glace d'Autrans. L'année précédente déjà, j'avais présenté en super 8 "Le Paris Cap Nord 1984" et "Le tour de Sicile 1986". Nous avons demandé à Gérard Holtz de parcourir quelques kilomètres, en skis roues, dans les rues du village. Mais finalement on ne se souviendra que de l'essentiel, le plaisir de l'effort dans une Europe encore à taille humaine, qui se mit en quatre pour nous présenter ce qu'elle avait de plus beau ! Autrans restera pour moi un lieu de rencontres. Au fil des 20 éditions qui suivirent, je croisé ce qui se fit de mieux dans le domaine de la montagne. Ce festival développa l’appétit médiatique de plusieurs autres villes, dont celle de Grenoble. Ainsi des rencontres comme celle de Kukuczka, R. Messmer, E. Lorétan, Wieleki, le podium des 14 x 8000, K. Diemberger, E. Escoffier, C. Mauduit, J.N. et Zébulon Roche, C. Destivelle, J. Afanassief , Marcel Ichaac ou L. Hyll devinrent monnaie courante. Seul leur disparition prématurée, faisant suite à des exploits démesurés, donne à l’énoncé de leur nom une émotion à laquelle je me serai bien passé. Le temps, comme le maître d’école au tableau noir, efface consciencieusement, tous les noms écrits à la craie.


Après un hiver sans neige, je décide de m’étalonner. Je me pose la question de savoir combien de mètres de dénivelée peuvent être gravis en 24h00 ?. C'est un sujet qui est très souvent abordé au sein des groupes de randonneurs. Le dénivelé/heure est parfois à l'origine de troubles collectifs. Il arrive même qu'une journée offrant tous les ingrédients pour qu'on puisse la qualifier de parfaite, se transforme en une immense foire d'empoigne à cause du non respect des consignes de départ. Le groupe du mardi c'est 400m/h et le jeudi 600m/h, un point c'est tout.


En 1988, je me prépare donc à étalonner mon potentiel physique. Cette opération n'était certes pas indispensable, mais elle allait m'offrir de grandes satisfactions. Pourtant, au premier abord, faire le "Yo-Yo", n'a rien de bien exaltant. Le journal l'Equipe s'en fera l'écho en des termes peu glorieux. Mais le cerveau humain a des réactions qui parfois peuvent étonner. J'ai, durant 24h00, effectué des allers-retours sur les contreforts Est du Vercors. L'après-midi, la nuit, la matinée offraient des éclairages bien différents. J'ai vécu seul et en parfaite harmonie avec la nature. C'est après avoir totalisé 10 000 mètres d'ascension, que j'ai reposé les pieds sur terre. C'était au-delà de mon objectif puisque je cherchais, en additionnant les ascensions de 1100m, à atteindre un total significatif de 8 800m, soit l'équivalent symbolique de l'Everest. Les descentes furent effectuées en partie à pied et la fin en Vélo Tout Terrain. J'ai dépassé l'équivalent de l'Everest avant d'avoir effectué le tour du cadran. J'ai poursuivi encore quelque temps jusqu'à ce que mon altimètre à dénivelée cumulable indique 10 010 mètres et ma montre midi. L’altimètre en question a été mis au point par Mr Perrin. Une révolution dans le milieu de l’aérologie et de la montagne. C’est un alti, petit, précis et facile à lire. Mais les progrès son fulgurant, et rapidement tout deviendra encore plus performant et miniaturisé. Je été aidé ce jour là par la société Pretel, qui avait comme partenaire Jean Marc Boivin. Nous nous sommes rencontrés le lendemain du record. Il me parla de sa participation à l’émission Ushuaïa au Venezuela, et au plaisir de se revoir sur les flancs du Vercors. Malheureusement durant le déroulement de l’émission, il participa à son dernier vol terre.


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