Gîtes de France

Gîte la Marguerite

"Au fil du temps"
D- La conquête des sommets en courant (16/30)

 


Il manquait cependant un certain nombre d'éléments pour que le plaisir soit complet. Pour ne pas reculer, il faut avancer. Cette progression représente la somme des expériences passées. Comme un plat minutieusement préparé, on rajoute par petites touches des ingrédients nouveaux qui ajouteront à la saveur. L'Oisans m'offrait la possibilité de concocter un savant enchaînement incluant quelques uns des éléments manquants, et en premier lieu, l'espace.


Le fait d'habiter chez nos amis, Jean-Jacques et Brigitte Kayser, à Saint-Christophe en Oisans me permettait de parcourir régulièrement les sentiers de la vallée du Vénéon. Le nombre de sommets qui rentrent dans notre champ de vision, est une invitation permanente à l’escalade. Mes escapades, m’ont permis de croiser P. Chapoutot, J.M. Cambon, infatigables ouvreurs, ou H. Sigayret. Ce dernier avait attaché une certaine importance à mes activités, au point d’éditer mon premier livre sur la course à pied en montagne aux éditions « Cahier de la montagne ».


C'est dans ce lieu magique, encore préservé de la civilisation, à l'ombre des hauts sommets, que je mettais mon projet en place. J'allais enchaîner le Pic Est du Rateau 3809 mètres en 3h00, la Tête de Lauranoure 3323 mètres en 2h53 et la Tête des Fétoules 3 458 mètres en 3h31, le tout en moins de vingt-quatre heures en comptant les liaisons.


Parti à midi de Saint Christophe, devant la maison d'Alexandre Gaspard, je revenais à midi le lendemain au même endroit. Entre temps j'avais réussi ma trilogie et parcouru plus de 6 500 m de dénivelée. Mais le plus important était, que j'avais par un fil invisible, relié trois sommets mythiques de la vallée du Vénéon. Pourtant plusieurs facteurs m'avaient ralenti : à quinze heures, avant d'atteindre le sommet du Rateau, le blanc manteau était quelque peu liquide. L'étroitesse de la ligne de crète, sur un sol fuyant, m'a demandé beaucoup de concentration, à l'aller comme au retour. Arrivé aux Granges en fin de journée, je mangeais un peu sur la passerelle du Vénéon avant de m'attaquer à la Tête de Lauranoure. Courir de nuit a quelque chose de mystérieux et d'inquiétant. La vue ne peut aller au-delà de la faible clarté offerte par la frontale.

Le parcours jusqu'au refuge de l'Alpe du Pin, est sans problème. La suite aussi, à condition que la course se fasse de jour. J'ai donc commis une erreur en confondant le chantier, alors ouvert sur le glacier du Mont de Lans, avec le lever de la lune. Cet éclairage puissant, laissé allumé toute la nuit, m'a incité à me déporter à gauche, alors que je gravissais la partie sommitale de Lauranoure, dans une nuit où l'obscurité totale ne me permettait de discerner ni ciel ni roche. J'ai fini par rejoindre le sommet grâce au souvenir de la voie que j'avais heureusement parcouru plusieurs fois dans le passé. Seul à proximité du cairn sommital, plongé dans un univers noir et silencieux, j'étais heureux. Tout était uniforme. Les abîmes, le ciel, l'horizon s'étaient mélangées au point de ne faire qu'un. Je crois avoir réalisé ce jour-là, ce qui est le plus proche de mes aspirations, sillonner la montagne au pas de course en pouvant conjuguer distance, engagement, liberté, initiative et plaisir. Dans un contexte fait de beauté, de solitude et de mystère quoi de plus puissant ? Au petit matin, après avoir rejoint Champhorent, il me restait à gravir la Tête des Fétoules. Bien que le petit sentier fusse en partie effacé, le trajet n'offrit aucune difficulté. Sur la neige des traces profondes, ont permis à mes baskets de tenir bon et d'atteindre la petite barre rocheuse qui matérialise le sommet. La descente fut un peu plus difficile. J'avais une terrible envie de dormir. Ce que je fis en rejoignant la route. J'ai commencé à faire des signes de la main pour arrêter les rares automobilistes qui passaient. Puis, je me suis allongé sur le muret et j'ai effectué ma dernière ascension, en direction de Morphée.

Je m'étais aussi rassuré sur mes capacités en vue de l'objectif suivant, l'Aconcagua en Argentine. Un objectif de grande envergure puisque point culminant des Amériques, il approche les 7000 mètres. Une expérience extraordinaire qui devait me permettre de courir du camp de base, à 4 200 m d'altitude, jusqu'au sommet, soit une dénivelée de 2 800 mètres. Cette fois, loin de nos bases, nous allions partir vers l'inconnu. Les récits des expéditions précédentes n'étaient pas faits pour nous rassurer. Alors, avoir la prétention d'établir un record de vitesse sans avoir auparavant gravi d'autres sommets de même altitude, pouvait m'inquiéter. Mais je décidais de laisser faire la vie : les objectifs sont faits pour être atteints, franchis et permettre de mieux appréhender l'objectif suivant. Nous sommes partis à 5. Denis Riché, nutritionniste, Jean-Luc Antoni, caméraman, Marguerite mon épouse, moi-même, et Alain Roux journaliste.


Altiplano, un nom qui fait rêver ... Nom étranger d'un haut plateau argentin, désert de sable et de cailloux, prisonnier de sommets inviolés pour la plupart. Altiplano ... Il fait bon marcher sous ce soleil de plomb, sans pouvoir se désaltérer. C'est paradoxal mais c'est ainsi. Il y a plusieurs raisons à cette satisfaction. D'abord, la sensation de découvrir un nouveau monde. Un nouveau pays, bien sûr, l'Argentine. Mais en marchant, en soulevant à chaque pas la poussière, chacun à l'impression d'avancer vers ce verrou, là-bas, au bout de l'Altiplano. Un verrou, véritable clé pour une autre étape, un autre plateau, plus haut que le précédent, que l'équipe parcourra avec un peu plus de difficulté qu'auparavant. Et chaque instant vécu à souffrir est un droit de péage pour être accepté par ce nouveau monde, l'Aconcagua. Plus haut sommet des trois Amériques, juché sur la Cordillère des Andes, l'Aconcagua culmine à 6 959 ou 7 035 m, suivant les mesures. Mais ce nouveau monde est autre chose qu'une simple montagne. Non, c'est aussi l'aventure que cinq amoureux des grands espaces vont vivre. Une expédition doublée d'une performance sportive difficile à réaliser.


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Découvrez toutes les activités que propose le gîte de la Marguerite :
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