Après l'arrivée à Buones-Aires, l'aventure
a commencé avec une traversée d'est en ouest de
l'Argentine à bord d'un car, économie oblige. Une
traversée de quinze heures, illustrée par les sauts
du bus sur les nids de poules, une télévision dont
la sonorité était saturée et une vie intérieure
parfaitement en harmonie avec l'imaginaire d'un européen.
Arrivée à Mendoza et après avoir réalisé
de nombreux footing pour se dégourdir les jambes, nous
avons commencé à pénétrer au sein
de cette fabuleuse Cordillère, jusqu'à Punte del
Inca, à 2 700 m d'altitude, à quelques kilomètres
de la frontière chilienne. Un lieu touristique, avec un
hôtel, des termes d'une autre époque, souvenir des
Incas. Devant une caserne, un militaire, fusil mitrailleur à
la main, ne sert à rien. Mais il est fier de montrer que
la démocratie est encore très jeune. Les Argentins
ne croient pas au retour de la dictature. L'avenir leur donnera
raison ! Mais dans l'esprit de ce militaire, elle est encore présente.
A proximité, un panneau indiquant qu'il est interdit de
photographier ce lieu, et qui attire tous les photographes présents,
au grand dame de notre militaire qui montre des signes d'exaspération
! De l'autre côté de la route, une église
qui a résisté à de nombreux tremblements
de terre, miracle sud-américain... Enfin, Punte del Inca,
c'est également le village des muletiers. Indépendants
ou attachés à une compagnie, ils sont de toutes
les expéditions. Sur le plan administratif une autorisation
fournie par le service médical local a suffi. Ce n'est
plus le cas aujourd'hui. Les taxes d'entrée dans le Parc
ont considérablement augmenté le prix du voyage.
Rendre visite au géant Andin commence par une bonne gestion
de son budget.
Pour qui veut approcher le point culminant des Amériques,
Punte del Inca est la base de départ. Les jours qui précédent
le départ nous permettent à Maggy, Denis et à
moi de sillonner le secteur en petites foulées.
Puis, il va s'en suivre une marche d'approche de quarante cinq
kilomètres, que je vais effectuer avec Denis en courant
jusqu'au camp de base, à 4 300 mètres. Deux jours
de mise en condition, et un petit avant-goût de l'effort
qu'il faudra fournir plus haut... Le vent chaud et sec souffle
avec violence au moment de charger ces pauvres mules. Les sacs
et leur contenu, ne cessent de s'envoler, quand les muletiers
posent l'ensemble sur leur dos. Un cérémonial vécu
depuis qu'un groupe de Français, en 1955, a réussi
à vaincre la face sud. Mais l'effort physique est un frein
à l'aspect commercial des choses. La longue marche d'approche,
les mules la traversée périlleuse des cours d'eau,
tout a été abolie au nom de la sacro-sainte loi
de la rentabilité. Aujourd'hui une route mène à
l'hôtel/refuge qui remplace le camp de base historique.
Les véhicules 4X4 pourront monter nos apprentis montagnards
à proximité des sommets pour une somme importante
et un effort minimum.
Nous sommes arrivés au camp de base, Denis et moi, bien
avant les autres, ce qui nous a permis de monter rapidement les
tentes. Nous avons effectué le trajet en courant, et nous
avons mangé énormément de poussière.
Tout le monde le sait, que le confort à ces altitudes laisse
à désirer. Aussi, la saleté collée
au corps dès ces premiers efforts, restera bien en place
jusqu’à la fin. Mais ce n’est rien à
côté du brave militaire qui sert de relais radio
avec les autorités urbaines. En place depuis des années,
couchant dans une tente misérable, il donne l’impression
de ne s’être jamais lavé ! D’ailleurs
la recherche d’eau, sera l’une des préoccupations
principale. Denis, le nutritionniste, a pour principal souci de
ne déroger à aucune des règles qui régissent
l’équilibre alimentaire. Un besoin qui lui causera
bien des soucis. Car le seul super marché aux alentours,
se sont les gros sacs que nous avons monté à dos
de mule. Ils ont beau être volumineux, ils se révéleront
largement insuffisant bien avant la fin de notre aventure. Quant
à l’eau, l’affaire est simple. Nous sommes
situé juste en dessous d’un glacier. La nuit le gèle
solidifie l’ensemble. A 11h00, tous les matins le soleil
commence à dé solidifier l’édifice.
A 11h15’, le débit devient trop important pour pouvoir
récupérer le précieux liquide. Des tonnes
de boues sont charriées, et heureusement notre repas est
composé d’autres aliments, même si c’est
de la terre d’Argentine. Vous avez compris, nous n’avons
à notre disposition que quelques minutes pour faire le
plein. Par instant il neigeote et tout de suite après,
la chaleur devient insupportable. L’air est très
sec. La peau commence à se craqueler. L’œdème
facial qui me gonfle le visage et les rayons du soleil qui me
le brûle, font que rapidement je ressemble à un clown.
C’est premiers jours d’acclimatation, nous permettront
de courir et de nous familiariser avec notre nouvel environnement.
Nous partons souvent en direction de pénitents, qui composent
un glacier situé sur le flanc opposé. Ainsi notre
future ascension nous apparaît en son entier. Des instants
qui permettront à Jean Luc de filmer et de préparer
le film qui sera programmé au magazine « Montagnes »,
dirigé par Pierre Ostian sur FR3.
Mais nous n’avons réalisé que la première
étape. Elle augurait plutôt bien de la seconde, qui
sera moins longue, mais plus pentue. Sur le trajet, un squelette
de mule rappelle qu'avant les 4X4, cet équidé permettait
à de riches expéditions de s'élever en fournissant
un effort physique réduit à houspiller les bêtes.
A dos de mule certains sont montés jusqu'à 6000
mètres. Eux ont survécu, la bête non !
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