Gîtes de France

Gîte la Marguerite

"Au fil du temps"
D- La conquête des sommets en courant (17/30)

 


Après l'arrivée à Buones-Aires, l'aventure a commencé avec une traversée d'est en ouest de l'Argentine à bord d'un car, économie oblige. Une traversée de quinze heures, illustrée par les sauts du bus sur les nids de poules, une télévision dont la sonorité était saturée et une vie intérieure parfaitement en harmonie avec l'imaginaire d'un européen. Arrivée à Mendoza et après avoir réalisé de nombreux footing pour se dégourdir les jambes, nous avons commencé à pénétrer au sein de cette fabuleuse Cordillère, jusqu'à Punte del Inca, à 2 700 m d'altitude, à quelques kilomètres de la frontière chilienne. Un lieu touristique, avec un hôtel, des termes d'une autre époque, souvenir des Incas. Devant une caserne, un militaire, fusil mitrailleur à la main, ne sert à rien. Mais il est fier de montrer que la démocratie est encore très jeune. Les Argentins ne croient pas au retour de la dictature. L'avenir leur donnera raison ! Mais dans l'esprit de ce militaire, elle est encore présente. A proximité, un panneau indiquant qu'il est interdit de photographier ce lieu, et qui attire tous les photographes présents, au grand dame de notre militaire qui montre des signes d'exaspération ! De l'autre côté de la route, une église qui a résisté à de nombreux tremblements de terre, miracle sud-américain... Enfin, Punte del Inca, c'est également le village des muletiers. Indépendants ou attachés à une compagnie, ils sont de toutes les expéditions. Sur le plan administratif une autorisation fournie par le service médical local a suffi. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Les taxes d'entrée dans le Parc ont considérablement augmenté le prix du voyage. Rendre visite au géant Andin commence par une bonne gestion de son budget.


Pour qui veut approcher le point culminant des Amériques, Punte del Inca est la base de départ. Les jours qui précédent le départ nous permettent à Maggy, Denis et à moi de sillonner le secteur en petites foulées.


Puis, il va s'en suivre une marche d'approche de quarante cinq kilomètres, que je vais effectuer avec Denis en courant jusqu'au camp de base, à 4 300 mètres. Deux jours de mise en condition, et un petit avant-goût de l'effort qu'il faudra fournir plus haut... Le vent chaud et sec souffle avec violence au moment de charger ces pauvres mules. Les sacs et leur contenu, ne cessent de s'envoler, quand les muletiers posent l'ensemble sur leur dos. Un cérémonial vécu depuis qu'un groupe de Français, en 1955, a réussi à vaincre la face sud. Mais l'effort physique est un frein à l'aspect commercial des choses. La longue marche d'approche, les mules la traversée périlleuse des cours d'eau, tout a été abolie au nom de la sacro-sainte loi de la rentabilité. Aujourd'hui une route mène à l'hôtel/refuge qui remplace le camp de base historique. Les véhicules 4X4 pourront monter nos apprentis montagnards à proximité des sommets pour une somme importante et un effort minimum.


Nous sommes arrivés au camp de base, Denis et moi, bien avant les autres, ce qui nous a permis de monter rapidement les tentes. Nous avons effectué le trajet en courant, et nous avons mangé énormément de poussière. Tout le monde le sait, que le confort à ces altitudes laisse à désirer. Aussi, la saleté collée au corps dès ces premiers efforts, restera bien en place jusqu’à la fin. Mais ce n’est rien à côté du brave militaire qui sert de relais radio avec les autorités urbaines. En place depuis des années, couchant dans une tente misérable, il donne l’impression de ne s’être jamais lavé ! D’ailleurs la recherche d’eau, sera l’une des préoccupations principale. Denis, le nutritionniste, a pour principal souci de ne déroger à aucune des règles qui régissent l’équilibre alimentaire. Un besoin qui lui causera bien des soucis. Car le seul super marché aux alentours, se sont les gros sacs que nous avons monté à dos de mule. Ils ont beau être volumineux, ils se révéleront largement insuffisant bien avant la fin de notre aventure. Quant à l’eau, l’affaire est simple. Nous sommes situé juste en dessous d’un glacier. La nuit le gèle solidifie l’ensemble. A 11h00, tous les matins le soleil commence à dé solidifier l’édifice. A 11h15’, le débit devient trop important pour pouvoir récupérer le précieux liquide. Des tonnes de boues sont charriées, et heureusement notre repas est composé d’autres aliments, même si c’est de la terre d’Argentine. Vous avez compris, nous n’avons à notre disposition que quelques minutes pour faire le plein. Par instant il neigeote et tout de suite après, la chaleur devient insupportable. L’air est très sec. La peau commence à se craqueler. L’œdème facial qui me gonfle le visage et les rayons du soleil qui me le brûle, font que rapidement je ressemble à un clown. C’est premiers jours d’acclimatation, nous permettront de courir et de nous familiariser avec notre nouvel environnement. Nous partons souvent en direction de pénitents, qui composent un glacier situé sur le flanc opposé. Ainsi notre future ascension nous apparaît en son entier. Des instants qui permettront à Jean Luc de filmer et de préparer le film qui sera programmé au magazine « Montagnes », dirigé par Pierre Ostian sur FR3.


Mais nous n’avons réalisé que la première étape. Elle augurait plutôt bien de la seconde, qui sera moins longue, mais plus pentue. Sur le trajet, un squelette de mule rappelle qu'avant les 4X4, cet équidé permettait à de riches expéditions de s'élever en fournissant un effort physique réduit à houspiller les bêtes. A dos de mule certains sont montés jusqu'à 6000 mètres. Eux ont survécu, la bête non !


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