Avez-vous remarqué combien les enfants courent et grimpent
spontanément ? Pensez alors comme il est facile, dans ce
langage universel, de se faire comprendre. La clé du coeur
se trouve dans nos jambes et nos yeux. La course est un art subtil,
illisible, immatériel, intemporel mais tellement exigeant
et vrai. J'étais venu courir comme font les gens pressés.
L'itinéraire de la voie normale ne demande aucune connaissance
particulière en matière de montagne. Le chemin s'élève
régulièrement jusqu'au refuge Netler. Puis un violent
changement de pente, dans un pierrier instable, demande un effort
soutenu. La suite est simple et permet d'atteindre les neiges
éternelles.
J'ai réalisé 3h19 du refuge d'Imlil au sommet du
Toubkal à 4167 m, pour une dénivelée de 2426m.
Mais le temps n'a pas de prise, dans un pays qui vit au rythme
des saisons. Alors j'ai laissé là le temps et je
suis redescendu, mains tendues, jouer avec mes amis les enfants.
Je n'ai plus couru, mais aménagé une école
d'escalade. Le ciel est bleu, je ne peux m'empêcher de m'y
baigner, et d'une pureté incroyable. La roche est rouge
et chauffe au soleil. Chacun, du plus petit au plus grand, s'exprime.
Pulls déchirés et souliers plastifiés n'ont
aucune incidence sur l'habileté.
J'ai vu des gens heureux, grimpant comme des cabris sans retenue.
J'avais oublié combien le bonheur peut se lire sur un visage.
Le rire, le chant, la danse, tout cela existe.
Nous étions venus pour courir et nous avions raison. Le
Haut-Atlas possède tous les éléments pour
devenir un excellent centre d'entraînement. De 2000 à
4000, sur des chemins bien marqués, parmi les hauts sommets,
le souffle court, le jogging est un régal. Surtout qu'au
retour nous avions la surprise de trouver un "tajine"
préparé par la maîtresse de maison,dans une
grande assiette, aussitôt suivi d'un thé à
la menthe aux parfums délicats
.
Le jour décline. La nuit arrive doucement avec sa traîne
de velours noir piquetée d'étoiles. Puis, à
l'heure où, devant la maison de notre ami Omar dominant
le village, le Toubkal s'efface, le vent se tait, le blé
encore vert se calme, le rocher encore flamboyant il y a encore
un instant, s'éteint, un soir nous sommes partis.
A peine revenus du Maroc, fin juin 1990, je participe à
un relais pédestre qui a pour objectif d'alerter le public
sur les dangers de la mucoviscidose. Cette manifestation permettait
de participer à la campagne d'information destinée
au public sur l'AFLM (Association Française de Lutte contre
la Mucoviscidose). Une course relais de 776 km non stop et de
5000 mètres de dénivelée, qui a épousé
parfaitement les Alpes françaises. Bien que courue sur
bitume, ce fût là une belle aventure humaine. C'est
l'étape de la montée au col du Galibier, de nuit
avec pour seul éclairage, des éclairs de chaleur,
qui m'a le plus marqué.
Au retour je joins Gresse en Vercors 1240 m, au sommet du Grand
Veymont 2343 m en 55'02". C'est ce jour-là que j'ai
eu envie de faire la même chose, mais au Mont-Aiguille.
Quelques années plus tard, habitant sur le flanc Est du
Vercors, j'eus tout à loisir de tracer une multitude d'itinéraires.
Habiter une ville placée au centre de sept massifs montagneux
peut donner, à un esprit fragile, bien des idées.
Entre autre celle de courir sur les points culminants de ces sept
massifs en partant des points les plus bas. Cette aventure pourrait
être réalisée en sept jours ? Pourtant les
sept merveilles de la capitale des Alpes, ne sont pas pour moi
seulement un terrain de jeu ou le support matériel de ma
tentative. Non, ils sont une véritable entité qu'il
s'agira de découvrir ou de redécouvrir de façon
rapide certes, mais authentique. Le travail de reconnaissance
précédent l'effort final, me permettra d'emprunter
de nombreux sentiers tombés dans l'oubli. A chaque jour
suffira un massif et son sommet. Au total, cela représentera
14 752 mètres de dénivelée et 297 kilomètres.
La première étape m'a conduit de la base terre de
Varces 260 m, au Pic Saint Michel 1966, soit 1700 m en 1h34'.
Le hors d'oeuvre. Inutile de faire remarquer que je n'ai pas atteint
le point culminant du Vercors. Mais le Pic Saint Michel est un
symbole pour qui habite ou travaille à Varces. De plus
c'est sur ce parcours que j'avais préparé le record
du Mont Blanc et réalisé mon record de dénivelé
en 24h00. C'était donc un passage de relais que je venais
d'effectuer en compagnie d'Antoine Gallego et Gilles Fournier.
Le deuxième jour, départ de Saint Ismier 420 m,
et arrivé à Chamechaude 2082m, soit une dénivelée
de 1751m en 1h46'. Au départ, plusieurs personnes m'attendaient
simplement pour m'encourager. Ce phénomène ira en
s'accroissant. Un de ceux-là, Elie Isoard, dit Zizou, qui
sera l'un de mes plus fervents supporters, installé depuis
8h00 du matin au fait de ce sommet, m'attendait, pour me rendre
hommage, mais surtout dire un grand merci à ce massif de
Chartreuse qui lui a tant donné !. Sur le parcours, j'ai
rencontré quelques petits problèmes d'itinéraires
vite surmontés. J'avais déjà couru en Chartreuse
avec un des plus grands himalayistes français Pierre Beghin.
Un énorme physique, qui nous a quitté à l'annapurna
alors qu'il faisait cordée avec Jean Christophe Lafaille.
Puis Jean-Christophe s'en est allé, lui aussi, victime
de sa passion !
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