Gîtes de France

Gîte la Marguerite

"Au fil du temps"
D- La conquête des sommets en courant (21/30)

 


Avez-vous remarqué combien les enfants courent et grimpent spontanément ? Pensez alors comme il est facile, dans ce langage universel, de se faire comprendre. La clé du coeur se trouve dans nos jambes et nos yeux. La course est un art subtil, illisible, immatériel, intemporel mais tellement exigeant et vrai. J'étais venu courir comme font les gens pressés. L'itinéraire de la voie normale ne demande aucune connaissance particulière en matière de montagne. Le chemin s'élève régulièrement jusqu'au refuge Netler. Puis un violent changement de pente, dans un pierrier instable, demande un effort soutenu. La suite est simple et permet d'atteindre les neiges éternelles.


J'ai réalisé 3h19 du refuge d'Imlil au sommet du Toubkal à 4167 m, pour une dénivelée de 2426m.
Mais le temps n'a pas de prise, dans un pays qui vit au rythme des saisons. Alors j'ai laissé là le temps et je suis redescendu, mains tendues, jouer avec mes amis les enfants. Je n'ai plus couru, mais aménagé une école d'escalade. Le ciel est bleu, je ne peux m'empêcher de m'y baigner, et d'une pureté incroyable. La roche est rouge et chauffe au soleil. Chacun, du plus petit au plus grand, s'exprime. Pulls déchirés et souliers plastifiés n'ont aucune incidence sur l'habileté.


J'ai vu des gens heureux, grimpant comme des cabris sans retenue. J'avais oublié combien le bonheur peut se lire sur un visage. Le rire, le chant, la danse, tout cela existe.


Nous étions venus pour courir et nous avions raison. Le Haut-Atlas possède tous les éléments pour devenir un excellent centre d'entraînement. De 2000 à 4000, sur des chemins bien marqués, parmi les hauts sommets, le souffle court, le jogging est un régal. Surtout qu'au retour nous avions la surprise de trouver un "tajine" préparé par la maîtresse de maison,dans une grande assiette, aussitôt suivi d'un thé à la menthe aux parfums délicats

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Le jour décline. La nuit arrive doucement avec sa traîne de velours noir piquetée d'étoiles. Puis, à l'heure où, devant la maison de notre ami Omar dominant le village, le Toubkal s'efface, le vent se tait, le blé encore vert se calme, le rocher encore flamboyant il y a encore un instant, s'éteint, un soir nous sommes partis.

A peine revenus du Maroc, fin juin 1990, je participe à un relais pédestre qui a pour objectif d'alerter le public sur les dangers de la mucoviscidose. Cette manifestation permettait de participer à la campagne d'information destinée au public sur l'AFLM (Association Française de Lutte contre la Mucoviscidose). Une course relais de 776 km non stop et de 5000 mètres de dénivelée, qui a épousé parfaitement les Alpes françaises. Bien que courue sur bitume, ce fût là une belle aventure humaine. C'est l'étape de la montée au col du Galibier, de nuit avec pour seul éclairage, des éclairs de chaleur, qui m'a le plus marqué.
Au retour je joins Gresse en Vercors 1240 m, au sommet du Grand Veymont 2343 m en 55'02". C'est ce jour-là que j'ai eu envie de faire la même chose, mais au Mont-Aiguille. Quelques années plus tard, habitant sur le flanc Est du Vercors, j'eus tout à loisir de tracer une multitude d'itinéraires.

Habiter une ville placée au centre de sept massifs montagneux peut donner, à un esprit fragile, bien des idées. Entre autre celle de courir sur les points culminants de ces sept massifs en partant des points les plus bas. Cette aventure pourrait être réalisée en sept jours ? Pourtant les sept merveilles de la capitale des Alpes, ne sont pas pour moi seulement un terrain de jeu ou le support matériel de ma tentative. Non, ils sont une véritable entité qu'il s'agira de découvrir ou de redécouvrir de façon rapide certes, mais authentique. Le travail de reconnaissance précédent l'effort final, me permettra d'emprunter de nombreux sentiers tombés dans l'oubli. A chaque jour suffira un massif et son sommet. Au total, cela représentera 14 752 mètres de dénivelée et 297 kilomètres.


La première étape m'a conduit de la base terre de Varces 260 m, au Pic Saint Michel 1966, soit 1700 m en 1h34'. Le hors d'oeuvre. Inutile de faire remarquer que je n'ai pas atteint le point culminant du Vercors. Mais le Pic Saint Michel est un symbole pour qui habite ou travaille à Varces. De plus c'est sur ce parcours que j'avais préparé le record du Mont Blanc et réalisé mon record de dénivelé en 24h00. C'était donc un passage de relais que je venais d'effectuer en compagnie d'Antoine Gallego et Gilles Fournier.


Le deuxième jour, départ de Saint Ismier 420 m, et arrivé à Chamechaude 2082m, soit une dénivelée de 1751m en 1h46'. Au départ, plusieurs personnes m'attendaient simplement pour m'encourager. Ce phénomène ira en s'accroissant. Un de ceux-là, Elie Isoard, dit Zizou, qui sera l'un de mes plus fervents supporters, installé depuis 8h00 du matin au fait de ce sommet, m'attendait, pour me rendre hommage, mais surtout dire un grand merci à ce massif de Chartreuse qui lui a tant donné !. Sur le parcours, j'ai rencontré quelques petits problèmes d'itinéraires vite surmontés. J'avais déjà couru en Chartreuse avec un des plus grands himalayistes français Pierre Beghin. Un énorme physique, qui nous a quitté à l'annapurna alors qu'il faisait cordée avec Jean Christophe Lafaille. Puis Jean-Christophe s'en est allé, lui aussi, victime de sa passion !


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