La troisième étape m'a amené de Gavet 450
m, au sommet du Taillefer 2857 m soit une dénivelée
de 2407 m en 2h21'. Le principal problème sera dû
à l'entretien des sentiers de Gavet au lac du Poursollet.
Ceux qui étaient fréquentés au temps jadis
sont aujourd’hui recouverts d'une épaisse végétation.
Les arbres, les mauvaises herbes, ont brouillé les pistes,
transformant certaines sentes en cul de sac ou menant vers des
barres rocheuses insurmontables. Mais en passant en 1h33' au lac
Fourchu le moral est au beau fixe. C'est peu après, que
j'ai commencé à ressentir de la fatigue. Surtout
qu'avant le sommet j'ai rencontré un épais tapis
de neige sèche formé de billes, qui ont rendu le
chemin particulièrement instable, glissant même.
Nous sommes dans une période d'orages. Le point le plus
positif étant le fait de rencontrer de plus en plus de
gens qui m'encouragent. J'ai fini cette étape en compagnie
de Jérémy et Erwan mes fils et de Jean Kouchner
rédacteur en chef du magazine Vertical.
Je suis parti sans encombre, mais avec quelques courbatures pour
la quatrième étape de mon pari, qui me mènera
de Freydières 1300m au sommet de la Croix de Belledonne
2956, soit une dénivelée de 1629m, en 1h40'. Sans
doute la performance la moins intéressante de cette semaine
d'activité. Déjà de par le fait de n'avoir
pas eu le courage de partir du fond de la vallée. Cette
étape a été réalisé en compagnie
d' Antoine Gallego et du docteur Amblard du CRESSA, chargé
d'établir un premier bilan de santé. En fait, jusque
là, tout va bien.
L'étape suivante est de taille respectable. Disons qu'elle
possède un embonpoint aguichant, qu'elle est toute en rondeurs
comme toutes les Grandes Rousses. Il me faut rejoindre Le Bourg
d'Oisans 722m, au Pic Bayle 3465 m, soit 2745 m de dénivelée.
Tout commença par ce mauvais temps en fond de vallée,
et ce brouillard à couper au couteau tout au long de ces
fameux lacets qui mènent à l'Alpe d'Huez. Au sol
Greg Lemond remporte la palme du graffiti. Je suis remonté
en direction de la station en compagnie de Gilles Ziglioli membre
de l'équipe de France de ski de fond. C'est dans une brève
trouée dans le brouillard, que nous avons débouché
sur le parking du DMC en 1h20'. Le long du sentier qui mène
au deuxième tronçon, je suis encouragé par
des militaires du 93ème RAM, mon épouse et le médecin
Amblard. Ensuite, je suis allé chercher le soleil tout
là-haut, et seul. Au loin, les pics de l'Oisans saupoudrés
de neige récente émergent de la mer de nuages et
me salue. J'atteints le sommet 3h30' après avoir quitté
Le Bourg d'Oisans. Les derniers mètres ont certes été
difficiles, mais l'effort dans un décor aussi grandiose
devient facile. Du col de la Pyramide au sommet du pic Bayle,
il y a 20cm de "fraîche". La mer de nuages stagne
à 2500m. Un parterre de pics acérés surgissent
du brouillard et déchirent l'horizon. La montagne est ainsi,
belle et imprévisible. Alors que des heures durant, noyé
dans un silence humide, je courais dans ma tête sans rien
voir au dehors, tout à coup l'horizon s'est dévoilé.
Ce fut beau, saisissant au point que je me surpris à douter.
Comment était-il possible de créer une oeuvre aussi
grandiose et pourtant éphémère ? L'espace
d'un souffle, d'un rayon de soleil, la neige s'en est allée.
L'éclairage a changé et j'ai plongé dans
la mer de nuages pour rejoindre l'étape suivante.
La sixième étape m'a permis d'atteindre l'Obiou,
point culminant du Dévoluy. Parti de Pellafol avec Bruno
Franzetti, à 900 m d'altitude, j'ai atteint le sommet 2790
m, en 1h59'. Une fois encore, le beau temps s'était réfugié
au-dessus de 2000m, fuyant l'Homme des vallées. Heureusement
car la montée au col, 2400m, tapissée de petites
pierres instables, aurait été glissante. L'Obiou
c'est ce sommet au relief torturé, aux formes étranges.
C'est une curiosité géologique. Excentré,
isolé, c'est en même temps un point de vue remarquable.
Aucun obstacle n'empêche l'oeil d'atteindre les limites
lointaines de l'horizon. D'ailleurs, en cette mi-journée,
j'aperçois là-bas, fièrement dressée
au milieu des sommets de l'Oisans, la Barre des Ecrins.
La Bérarde 1740 m, septième et dernier sommet de
cet heptathlon. Aujourd'hui, je vais pénétrer au
coeur du massif secret de l'Oisans. La forme est au rendez-vous.
Mes qualités physiques vont en croissant. Loin du tumulte
improductif des villes, je sens que je revis. La fatigue s'est
diluée au fil du temps, au point qu'à l'instant
du départ, je pétille d'impatience. Il fait frais,
il n'y a pas un bruit. Il est 8 heures. Deux heures plus tard,
je suis au sommet du col des Ecrins, 3300m. Il est préférable
de remonter le vallon de Bonnepierre en courant, ce que je fis
avec Jean-Claude Pélissier et Bruno Franzetti, compagnons
d'entraînement. L'immense moraine parait moins longue. L'accés
au col demande de l'attention. Peu après, l'un des jeunes
de mes équipes de ski, Renaud Duport, y dévissait
avec trois de ses collègues. Cette disparition soudaine
m'a beaucoup marqué et aujourd'hui je lui dédie
cette performance. Les conditions météo sont idéales.
La neige est dure et mes appuis stables.
A la sortie du col, comment ne pas être saisi par l'esthétisme
de la Barre ? Son immense traîne blanche qui remonte sur
ses épaules et qui donne à la face toute la majesté
due à son rang. La courbe est parfaite, et ne peut laisser
indifférent. Elle est à la fois écrin et
bijou. Un écrin qui protège la plus belle chose
du monde. A ce moment-là je le pense vraiment. Un écrin
sur lequel je me permets, cinquante-huit minutes plus tard, de
poser mes crampons et ainsi de finir mon challenge. Le ciel et
la lumière s'unissent en une frise fine et légère
soulevée par le vent du nord.
J'ai avalé les 2450 m de dénivelée en 2 heures
et 58 minutes. La boucle est bouclée. Restera le souvenir
de cet indicible bonheur d'avoir pu courir chaque jour dans la
montagne en pensant à tous ceux qui n'auront jamais cette
chance !
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