Gîtes de France

Gîte la Marguerite

"Au fil du temps"
D- La conquête des sommets en courant (24/30)

 


Au Mont-Aiguille, la course à pied joue les premiers rôles... pas en 1492, mais en 1992. Les festivités du Mont-Aiguille ont commencé quatre ans plus tôt, avec la première édition du tour du Mont Aiguille en courant. Depuis, bien que maintenu, le parcours s'est considérablement éloigné des flancs de la citadelle de pierre. Pour des raisons multiples et pour le moins surprenantes, n'ayant rien à voir avec le C.O. 500 présidé par Jack Lesage, cet itinéraire prodigieux a été progressivement abandonné. Pourtant les amoureux de la course à pied étaient bien là pour l'anniversaire de la naissance de l'alpinisme. Sans doute que cette " naissance " prête à discussion, mais elle aura eu le mérite de mettre en évidence une montagne que j'aime plus que toutes : le Mont Aiguille.


Cette Aiguille, toponymie le nom viendrait de la présence de trois petites sources sur ces flancs, a eu l'idée géniale de pousser au milieu des forêts du Trièves. C'est un parterre de verdure, des bouquets de fleurs multicolores, en cet été humide, pour mieux mettre en valeur les parois de calcaire jaune du "Mont Inaccessible". Terrain de jeu pour enfants turbulents, il défit, le doigt pointé vers le ciel, tous ses admirateurs. Il y a tout d'abord eu de brillants alpinistes, qui ont célébré cet anniversaire en ouvrant une nouvelle voie. Ils avaient pour nom, Pierre Béghin, Eric Décamp, Christophe Profit ou Alain Rebreyant. La voie du 500ème était un hommage à la verticalité. J'ai eu beaucoup de difficultés pour en connaître la trajectoire, Patrick Profit, ne voulant pas être considéré comme l’homme qui en était à l’origine. Même difficulté en ce qui concerne les voies ouvertes par René Desmaison, qui m'a toujours répondu : "Tu vas tout droit, c'est par là !".


Puis les skieurs extrêmes ont signé leur présence en dessinant sur les "tubulaires", quelques traces aussi techniques qu'éphémères. Enfin, représentant les coureurs à pied en montagne, j'ai essayé de réaliser un " bon temps ", du pont des Pellas jusqu'à la partie sommitale. Ce lieu si fragile où, de croix en croix, le Mont Aiguille écrit sa lente agonie, où les notions de temps s'inscrivent en ères géologiques... ou peut-être le temps d'une course ...


Parcourir la partie nord, c'était aussi rendre hommage à Saint Michel les Portes, village des premiers guides régionaux. Je trouve plaisant d'avoir à traverser le passé pour rejoindre des activités bien de notre temps. D'ailleurs, nombre d'artistes ne s'y sont pas trompés. Belvédère incomparable, écrivains, sculpteurs, peintres ou photographes y sont venus à la recherche d'un éclairage nouveau, curieux d'observer et de découvrir une élégance qui atteint toute sa maturité, prés de la maison Dumas...


Quant à nous coureurs à pied, notre signature, je la voulais partant loin des bases du pic, au coeur des villages qui vivent depuis toujours à l'ombre du Mont Aiguille. Qu'elle puisse se poursuivre sur la voie normale, pour se terminer au sommet, à 2086m. Du côté sud, je suis parti du foyer de ski de fond de Chichiliane et j'ai réalisé 1h10'13" pour une dénivelée de 1157m. Du pont des Pellas, côté nord, j'ai mis 54'57" pour une dénivelée de 1000m. La voie normale, un peu plus de 200m de hauteur, a été parcourue en ces occasions en un peu moins d'un quart d'heure.


Tous, nous avons souhaité fêter dignement cet anniversaire, en offrant à ce monument naturel des gestes qui, aussi puérils qu'ils puissent être, n'en sont pas moins le résultat d'années de travail et de passion. Dessiner, peindre, photographier ou écrire sans jamais se lasser : le Mont Aiguille est là, stimulant l'esprit et l'imagination. La fête à été perturbée par la météo. La présence des plus grands montagnards du monde entier, cloués au sol, abrités sous une tente prenant l'eau de toute part, c'est l'image que j'ai gardé d'un anniversaire trop arrosé. Ce qui ne m’a pas empêcher de parler avec A. Heckmaïer le dernier grand témoins de la conquête de l’Eiger, P. Tardivel qui en a profité pour dessiner une nouvelle voie de descente, J. Couttet, L. Amieux, R. Desmaison n’ayant toujours pas retrouver dans ses souvenirs, quelle trajectoire il avait pu suivre avec Grammont pour atteindre la prairie sommitale, M. Vaucher, R. Frizon-Roche avec qui nous avons pu parler du plaisir de courir, H. Bonnet, G. Robino, E. Coutaz, M. Batard lui aussi toujours à la recherche du meilleur temps, P. Alain, J. Franco, M. Terray, P. Gabarrou, S. Saudan que je croiserai quelques années plus tard au salon du livre de Passy en août 2006.Une rencontre qui nous a permis de parler des années 68,69 et 1970. J’étais à l’époque un modeste compétiteur en ski alpin, et j’étais terriblement attiré par le ski de couloir. Un jour de 1969 alors que nous étions à Chamonix, nous sommes partis à la rencontre d’un certain Sylvain Saudan qui, la saison précédente, avait révolutionné la discipline. Ce jour là il était entrain de descendre le Gervasutti. J’ai heureusement pu le féliciter quelques temps plus tard à une conférence à Grenoble. Cette passion naissante m’a offert des sensations incomparables. Je dois l’avouer, j’ai longtemps butté face à des pentes entre 45 et 50°, ce qui est loin d’être une performance. Puis de 1980 à 1985, je me suis essayé dans les couloirs du côté de Tignes et surtout dans le Mercantour entre Valberg et Isola 2000. Le temps a passé, et le plaisir de la descente a été remplacé par celui de la montée. J’ai basculé alors vers le ski de randonnée, puis le ski alpiniste qui est devenu ski de montagne. Quant à Sylvain, le hasard le placera de nouveau sur notre route dans les Rocheuses Canadienne au mois de septembre 2006.

Mais revenons à la liste non exhaustive des invités parmi lesquels A et P. Beghin, S. Coupé, S. Tavernier, J.C. Lafaille et C. Profit. Ils ont eu du temps, plus que prévu, pour raconter des vies passées au fil des sommets. Tous réunis, certains pours la dernière fois, à côté de celui qui, malgré ses blessures impressionnantes, ce colosse de pierre, invite à fêter chaque jour et pour longtemps, son éternelle beauté.


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