Au Mont-Aiguille, la course à pied joue les premiers rôles...
pas en 1492, mais en 1992. Les festivités du Mont-Aiguille
ont commencé quatre ans plus tôt, avec la première
édition du tour du Mont Aiguille en courant. Depuis, bien
que maintenu, le parcours s'est considérablement éloigné
des flancs de la citadelle de pierre. Pour des raisons multiples
et pour le moins surprenantes, n'ayant rien à voir avec
le C.O. 500 présidé par Jack Lesage, cet itinéraire
prodigieux a été progressivement abandonné.
Pourtant les amoureux de la course à pied étaient
bien là pour l'anniversaire de la naissance de l'alpinisme.
Sans doute que cette " naissance " prête à
discussion, mais elle aura eu le mérite de mettre en évidence
une montagne que j'aime plus que toutes : le Mont Aiguille.
Cette Aiguille, toponymie le nom viendrait de la présence
de trois petites sources sur ces flancs, a eu l'idée géniale
de pousser au milieu des forêts du Trièves. C'est
un parterre de verdure, des bouquets de fleurs multicolores, en
cet été humide, pour mieux mettre en valeur les
parois de calcaire jaune du "Mont Inaccessible". Terrain
de jeu pour enfants turbulents, il défit, le doigt pointé
vers le ciel, tous ses admirateurs. Il y a tout d'abord eu de
brillants alpinistes, qui ont célébré cet
anniversaire en ouvrant une nouvelle voie. Ils avaient pour nom,
Pierre Béghin, Eric Décamp, Christophe Profit ou
Alain Rebreyant. La voie du 500ème était un hommage
à la verticalité. J'ai eu beaucoup de difficultés
pour en connaître la trajectoire, Patrick Profit, ne voulant
pas être considéré comme l’homme qui
en était à l’origine. Même difficulté
en ce qui concerne les voies ouvertes par René Desmaison,
qui m'a toujours répondu : "Tu vas tout droit, c'est
par là !".
Puis les skieurs extrêmes ont signé leur présence
en dessinant sur les "tubulaires", quelques traces aussi
techniques qu'éphémères. Enfin, représentant
les coureurs à pied en montagne, j'ai essayé de
réaliser un " bon temps ", du pont des Pellas
jusqu'à la partie sommitale. Ce lieu si fragile où,
de croix en croix, le Mont Aiguille écrit sa lente agonie,
où les notions de temps s'inscrivent en ères géologiques...
ou peut-être le temps d'une course ...
Parcourir la partie nord, c'était aussi rendre hommage
à Saint Michel les Portes, village des premiers guides
régionaux. Je trouve plaisant d'avoir à traverser
le passé pour rejoindre des activités bien de notre
temps. D'ailleurs, nombre d'artistes ne s'y sont pas trompés.
Belvédère incomparable, écrivains, sculpteurs,
peintres ou photographes y sont venus à la recherche d'un
éclairage nouveau, curieux d'observer et de découvrir
une élégance qui atteint toute sa maturité,
prés de la maison Dumas...
Quant à nous coureurs à pied, notre signature, je
la voulais partant loin des bases du pic, au coeur des villages
qui vivent depuis toujours à l'ombre du Mont Aiguille.
Qu'elle puisse se poursuivre sur la voie normale, pour se terminer
au sommet, à 2086m. Du côté sud, je suis parti
du foyer de ski de fond de Chichiliane et j'ai réalisé
1h10'13" pour une dénivelée de 1157m. Du pont
des Pellas, côté nord, j'ai mis 54'57" pour
une dénivelée de 1000m. La voie normale, un peu
plus de 200m de hauteur, a été parcourue en ces
occasions en un peu moins d'un quart d'heure.
Tous, nous avons souhaité fêter dignement cet anniversaire,
en offrant à ce monument naturel des gestes qui, aussi
puérils qu'ils puissent être, n'en sont pas moins
le résultat d'années de travail et de passion. Dessiner,
peindre, photographier ou écrire sans jamais se lasser
: le Mont Aiguille est là, stimulant l'esprit et l'imagination.
La fête à été perturbée par
la météo. La présence des plus grands montagnards
du monde entier, cloués au sol, abrités sous une
tente prenant l'eau de toute part, c'est l'image que j'ai gardé
d'un anniversaire trop arrosé. Ce qui ne m’a pas
empêcher de parler avec A. Heckmaïer le dernier grand
témoins de la conquête de l’Eiger, P. Tardivel
qui en a profité pour dessiner une nouvelle voie de descente,
J. Couttet, L. Amieux, R. Desmaison n’ayant toujours pas
retrouver dans ses souvenirs, quelle trajectoire il avait pu suivre
avec Grammont pour atteindre la prairie sommitale, M. Vaucher,
R. Frizon-Roche avec qui nous avons pu parler du plaisir de courir,
H. Bonnet, G. Robino, E. Coutaz, M. Batard lui aussi toujours
à la recherche du meilleur temps, P. Alain, J. Franco,
M. Terray, P. Gabarrou, S. Saudan que je croiserai quelques années
plus tard au salon du livre de Passy en août 2006.Une rencontre
qui nous a permis de parler des années 68,69 et 1970. J’étais
à l’époque un modeste compétiteur en
ski alpin, et j’étais terriblement attiré
par le ski de couloir. Un jour de 1969 alors que nous étions
à Chamonix, nous sommes partis à la rencontre d’un
certain Sylvain Saudan qui, la saison précédente,
avait révolutionné la discipline. Ce jour là
il était entrain de descendre le Gervasutti. J’ai
heureusement pu le féliciter quelques temps plus tard à
une conférence à Grenoble. Cette passion naissante
m’a offert des sensations incomparables. Je dois l’avouer,
j’ai longtemps butté face à des pentes entre
45 et 50°, ce qui est loin d’être une performance.
Puis de 1980 à 1985, je me suis essayé dans les
couloirs du côté de Tignes et surtout dans le Mercantour
entre Valberg et Isola 2000. Le temps a passé, et le plaisir
de la descente a été remplacé par celui de
la montée. J’ai basculé alors vers le ski
de randonnée, puis le ski alpiniste qui est devenu ski
de montagne. Quant à Sylvain, le hasard le placera de nouveau
sur notre route dans les Rocheuses Canadienne au mois de septembre
2006.
Mais revenons à la liste non exhaustive des invités
parmi lesquels A et P. Beghin, S. Coupé, S. Tavernier,
J.C. Lafaille et C. Profit. Ils ont eu du temps, plus que prévu,
pour raconter des vies passées au fil des sommets. Tous
réunis, certains pours la dernière fois, à
côté de celui qui, malgré ses blessures impressionnantes,
ce colosse de pierre, invite à fêter chaque jour
et pour longtemps, son éternelle beauté.
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