Gîtes de France

Gîte la Marguerite

"Au fil du temps"
D- La conquête des sommets en courant (25/30)

 


En cet été 92, j'étais en forme. L'hiver avait été marqué par l'organisation des Jeux Olympiques d'Alberville. Avec une équipe mise en place 5 ans plus tôt, nous nous étions préparé à gérer le pas de tir des épreuves de biathlon. Nous avons eu une place de choix pour suivre l'ensemble des épreuves nordiques. La neige avait fondu et la chaleur incitait à gambader à travers monts et vallées. J'avais déjà gravi le Grand Veymont par le Pas de la Ville en 1987. Début août, je décidai de poursuivre ma préparation physique en utilisant le chemin sud. Beaucoup moins fréquenté, il permet de passer par l'Aiguillette 2120m, que j'atteignis en 47', en partant du magasin Sport 2000. C'est à cet endroit que je croisais quatre randonneurs à qui je conseillais de ne pas continuer leur descente. Faisant fi de ma remarque, considérant sans doute qu'ils étaient parfaitement capables de poursuivre, ils s'engagèrent dans un secteur particulièrement instable.

Quelques temps plus tard, alors que je grimpais à la Meije avec mon épouse, les secours en montagne présents au refuge du Promontoire, me firent savoir qu'il avait fallu héliporter quatre randonneurs à hauteur de l'Aiguillette ! Un secours qui s’était déroulé le jour de mon périple. Les quatre hommes étaient allongés au sol, immobiles, tétanisés et l’intervention avait été des plus délicate. Pour ma part, une fois là, il a fallu effectuer une courte descente et engager la montée en direction du Grand Veymont par des éboulis relativement raides. Un bon entraînement de 1200m de dénivelée, réalisé en 1h01'.


Je savais à ce moment que la suite des événements serait intéressante.
J'avais au printemps reçu le livre de Richard Goedeke qui traite des voies normales de tous les "4000" alpins. Il m'avait donc été facile d'en extraire une vingtaine de sommets qui pouvaient permettre aux coureurs d'utiliser tout au long de l'ascension la technique dite "des petites foulées". Il est tout de suite apparu que peu de voies normales étaient classées "F", souvent simplement à cause de l'altitude. Par contre, les "4000" alpins sont regroupés sur une surface géographique relativement restreinte : les exceptions qui confirment la règle sont au nombre de trois. Quant aux autres, ils sont groupés dans le massif du Mont-Blanc, l'Oberland Bernois et les Alpes Valaisannes.


Ceux qui composent la ligne frontière entre la Suisse et l'Italie peuvent être gravis, bien entendu, par des voies faciles situées de part et d'autre de la frontière. Seulement, la civilisation a fait des ravages en pénétrant toujours plus avant ces majestueux massifs. Un critère de sélection supplémentaire, était de fuir à tout prix l'horreur du métal. Ecarter toute tentative visant un sommet portant un téléphérique pour pouvoir partir du point le plus bas sans avoir à longer un câble ou éviter un pylône.


C'est en suivant ce raisonnement que je me suis aperçu que j'étais en train de suivre Valério Bertoglio. J'avais sélectionné trois sommets et sur ces trois sommets, il avait déjà établi un record. Trois parcours classés "F", aux dénivelées impressionnantes et qui étaient nettement individualisés les uns par rapport aux autres. Je partis donc en premier lieu au Grand Paradis pour courir et discuter avec le grand leader Italien. Courir en Italie, amène obligatoirement à croiser Valério, qui domine cette discipline chez nos amis transalpins.


Son record sur le Cervin, un aller/retour en 4h16'26" a marqué plus d'un esprit. Il possède aussi le record du Grand Paradis en 2h08'50" et celui du Mont Rose en 3h32'29". Il ne me restait plus qu'à tenter d'améliorer ses performances pour m'intégrer dans le peloton de tête européen.


En prenant la direction du massif du Grand Paradis où Valério est guide et garde chasse dans la vallée de Valsavaranche, je savais que j'avais une mission difficile à accomplir. Il connaissait tout le massif et surtout un certain nombre de secrets permettant de gagner quelques secondes dans une ascension éclair.


Notre arrivée au Ponte 1960m d'altitude, nous a déçu. Hormis quelques bâtiments commerciaux, rien qui puisse nous renseigner sur l'approche du massif. Entre commerce et commerce, mon coeur ne balance pas, il panique. Il fallait encore s'élever jusqu'au refuge Vittorio Emmanuele II, pour atteindre une zone qui soit à dominante naturelle. Nous fûmes accueillis par Reno Blanc, responsable du refuge, qui nous fournit tous les secrets indispensables à la réussite de notre entreprise... Merci à lui.


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