En cet été 92, j'étais en forme. L'hiver
avait été marqué par l'organisation des Jeux
Olympiques d'Alberville. Avec une équipe mise en place
5 ans plus tôt, nous nous étions préparé
à gérer le pas de tir des épreuves de biathlon.
Nous avons eu une place de choix pour suivre l'ensemble des épreuves
nordiques. La neige avait fondu et la chaleur incitait à
gambader à travers monts et vallées. J'avais déjà
gravi le Grand Veymont par le Pas de la Ville en 1987. Début
août, je décidai de poursuivre ma préparation
physique en utilisant le chemin sud. Beaucoup moins fréquenté,
il permet de passer par l'Aiguillette 2120m, que j'atteignis en
47', en partant du magasin Sport 2000. C'est à cet endroit
que je croisais quatre randonneurs à qui je conseillais
de ne pas continuer leur descente. Faisant fi de ma remarque,
considérant sans doute qu'ils étaient parfaitement
capables de poursuivre, ils s'engagèrent dans un secteur
particulièrement instable.
Quelques temps plus tard, alors que je grimpais à la Meije
avec mon épouse, les secours en montagne présents
au refuge du Promontoire, me firent savoir qu'il avait fallu héliporter
quatre randonneurs à hauteur de l'Aiguillette ! Un secours
qui s’était déroulé le jour de mon
périple. Les quatre hommes étaient allongés
au sol, immobiles, tétanisés et l’intervention
avait été des plus délicate. Pour ma part,
une fois là, il a fallu effectuer une courte descente et
engager la montée en direction du Grand Veymont par des
éboulis relativement raides. Un bon entraînement
de 1200m de dénivelée, réalisé en
1h01'.
Je savais à ce moment que la suite des événements
serait intéressante.
J'avais au printemps reçu le livre de Richard Goedeke qui
traite des voies normales de tous les "4000" alpins.
Il m'avait donc été facile d'en extraire une vingtaine
de sommets qui pouvaient permettre aux coureurs d'utiliser tout
au long de l'ascension la technique dite "des petites foulées".
Il est tout de suite apparu que peu de voies normales étaient
classées "F", souvent simplement à cause
de l'altitude. Par contre, les "4000" alpins sont regroupés
sur une surface géographique relativement restreinte :
les exceptions qui confirment la règle sont au nombre de
trois. Quant aux autres, ils sont groupés dans le massif
du Mont-Blanc, l'Oberland Bernois et les Alpes Valaisannes.
Ceux qui composent la ligne frontière entre la Suisse et
l'Italie peuvent être gravis, bien entendu, par des voies
faciles situées de part et d'autre de la frontière.
Seulement, la civilisation a fait des ravages en pénétrant
toujours plus avant ces majestueux massifs. Un critère
de sélection supplémentaire, était de fuir
à tout prix l'horreur du métal. Ecarter toute tentative
visant un sommet portant un téléphérique
pour pouvoir partir du point le plus bas sans avoir à longer
un câble ou éviter un pylône.
C'est en suivant ce raisonnement que je me suis aperçu
que j'étais en train de suivre Valério Bertoglio.
J'avais sélectionné trois sommets et sur ces trois
sommets, il avait déjà établi un record.
Trois parcours classés "F", aux dénivelées
impressionnantes et qui étaient nettement individualisés
les uns par rapport aux autres. Je partis donc en premier lieu
au Grand Paradis pour courir et discuter avec le grand leader
Italien. Courir en Italie, amène obligatoirement à
croiser Valério, qui domine cette discipline chez nos amis
transalpins.
Son record sur le Cervin, un aller/retour en 4h16'26" a marqué
plus d'un esprit. Il possède aussi le record du Grand Paradis
en 2h08'50" et celui du Mont Rose en 3h32'29". Il ne
me restait plus qu'à tenter d'améliorer ses performances
pour m'intégrer dans le peloton de tête européen.
En prenant la direction du massif du Grand Paradis où Valério
est guide et garde chasse dans la vallée de Valsavaranche,
je savais que j'avais une mission difficile à accomplir.
Il connaissait tout le massif et surtout un certain nombre de
secrets permettant de gagner quelques secondes dans une ascension
éclair.
Notre arrivée au Ponte 1960m d'altitude, nous a déçu.
Hormis quelques bâtiments commerciaux, rien qui puisse nous
renseigner sur l'approche du massif. Entre commerce et commerce,
mon coeur ne balance pas, il panique. Il fallait encore s'élever
jusqu'au refuge Vittorio Emmanuele II, pour atteindre une zone
qui soit à dominante naturelle. Nous fûmes accueillis
par Reno Blanc, responsable du refuge, qui nous fournit tous les
secrets indispensables à la réussite de notre entreprise...
Merci à lui.
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