Gîtes de France

Gîte la Marguerite

"Au fil du temps"
D- La conquête des sommets en courant (26/30)

 


Ce jour là Valério était au Cervin pour tourner un film de son aventure. J'allais en profiter pour essayer d'améliorer son record. En fait, ce n'était qu'une demi tentative puisqu'il avait réalisé 2h32' en aller-retour et que je ne ferais que l'aller. J'appris aussi qu'il avait parcouru les 2100m de descente en 31', ce qui revenait à dire qu'il avait atteint le point le plus haut en 2h01' et non pas 2h08' comme cela avait été communiqué en France. La dénivelée étant de 2101m, aussi étais-je inquiet sur mes chances de réussir, face à une telle performance. Départ du Ponte à 1960m, arrivée à la Vierge qui matérialise le sommet à 4061m d'altitude, c'est l'objectif sur deux jours pour des centaines de touristes. Il s'avère que peu la touche, paralysés par une arête facile mais aérienne, qui les tient à distance du bonheur absolu.


La météo est parfaite et ma forme qui ne l'est pas moins, me permettront de réaliser 2h01'36" Il faut reconnaître que le glacier tracé en pente douce permet de courir jusqu'au sommet, sans risque d'asphyxie, et ainsi de le parcourir en 58'. Par contre, je ne peux me résoudre à descendre rapidement. Je dirai même qu'une fois la cime atteinte, j'ai de plus en plus de mal à m'arracher à l'attraction et à la fascination que me procure le point haut. Quand je tourne le dos à mon bonheur et que mon regard plonge dans la vallée, je ne peux que ralentir mon pas. Peut-être faudrait-il que j'agisse comme avec un sparadrad placé sur un secteur bien poilu ? Agir d'un geste bref atténue la douleure , ou plonger dans l'abîme supprime le refus.


L'étape suivante nous mène au Mont-Rose. Auparavant, je passe trois jours dans la vallée d'Ayas, avec mes amis du C.A.I. de Turin et Coco Franco en particulier, afin d'affiner un projet pour 1993 : partir de Saint Jacques à 1689 m en direction du nouveau refuge Champoluc pour gravir Pollux 4091m, puis Castor 4221m et rejoindre le refuge Quintino Sella 3585 m et finir à Saint Jacques. Soit une dénivelée de 2800m.


J'ai rejoint Gressoney et je regarde rosir le mont : demain, début des reconnaissances Tout d'abord, monter au refuge Mantova à 3500m, nouvellement construit. La première partie du parcours est plus complexe qu'au Grand Paradis. Les sentiers partant de Gressoney sont à l'abandon : il est plus facile de partir des autres vallées, qui sont équipées d'un vaste réseau de téléphériques, déversant en altitude, un flot de touristes. Mais comme décidé, pour éviter toute mécanisation, le parcours démarrera de Stafal.


La reconnaissance a été poussée jusqu'au Col des Lys 4248m, pour mieux négocier les crevasses qui se trouvent derrière le refuge Gnifetti. De nombreuses informations m'ont été fournies par le gardien du Mantova, Juglair Sandro, skieur de fond, qui s'avéreront très utiles pour la suite des événements. Il met à notre disposition sa compétence et des moyens matériels.


Le départ est donné à Stafal 1825m, à sept heures quarante cinq, par une chaleur déjà orageuse. Pour l'instant, les conditions sont idéales. Passage au col de Salzen 2900m en 57'49", puis au refuge Mantova en 1h35'54". Là, changement rapide de chaussures pour affronter la glace. Passage au col des Lys en 2h29'12". Finalement, arrivée à la pointe Gnifetti 4559m en 3h05'15", ce qui constitue un nouveau record. Cet effort représente une dénivelée de 2750m pour une distance d'environ 11 kilomètres. C'est la meilleure performance qui m'ait été donné de réaliser en haute montagne.


C'est un paysage extraordinaire que je découvre enfin. La petite quantité de neige tombée dans la nuit a intensifié les contrastes. Le glacier qui s'élève en pente douce depuis Zermatt, vient se heurter à la barrière rocheuse qui domine Macugnaga. Il naît de ces ruptures de pente, un paysage de glace, aux formes les plus étranges qui soient. Le ciel est bleu comme il peut l'être à cette altitude. La blancheur toute récente, n'a pas l'air de vouloir s'habituer à la lumière. Elle renvoie au soleil, avec intensité, une grande partie de la clarté que ce dernier lui offre. Un duel de couleurs s'établit. Des rayons étincelants sont tirés de toute part. Une scène de La Guerre des Etoiles se déroule sous mes yeux. Je suis fatigué et heureux. Encore une fois, je ne saurais décrire ce que je ressens, mais je suis bien. Rimayes, séracs, crevasses aujourd'hui encore sont mes amis. Le lendemain je remontrai avec Marguerite, histoire de partager ces moments d'émotion et de lui faire découvrir le paysage grandiose, du refuge du même prénom !


Pourtant la trilogie n'aura pas lieu. Le mauvais temps met définitivement fin à ma tentative sur le Cervin. En quittant la montagne, après avoir concentré l'ensemble de mes forces sur ces records, j'ai du mal à supporter l'agitation de la vallée. Comme il est difficile de s'éloigner d'un projet, qui est devenu réalité et qui tout à coup se dilue dans le fade quotidien !


L'hiver précoce nous a permis de reprendre nos activités de ski-alpinisme et de ski de fond, plus tôt que les années précédentes. Par contre, il a fallu cesser l'escalade. Dans l'humidité générale, la saison se termine en queue de poisson. C'est sans aucun doute, l'un des animaux qui actuellement doit être le plus satisfait de la tournure du temps : c'est un temps de chien, pourtant piètre nageur, qui ne se sent pas forcément comme un poisson dans l'eau.


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Découvrez toutes les activités que propose le gîte de la Marguerite :
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