Durant la période de reconnaissance nous sommes restés,
ma femme et moi, bivouaquer quelques jours en limite de glacier.
Dans cet univers minéral le coucher de soleil sur les Aiguilles
d'Arves et les levers de soleil sur le Mont Blanc, ne peuvent
laisser indifférent. Les us et coutumes montagnardes ont
changé. Les rencontres et l'accueil réservé
par les marcheurs, nombreux en ce mois de juillet 1994, partis
à la conquête du sommet, est différent d'il
y a quelques années. Beaucoup commentent la performance
sans agressivité. Ils indiquent même au passage les
temps réalisés lors d'expériences précédentes.
Chacun étalonne ses qualités physiques du moment,
en fonction des "chronos" réalisés par
les plus rapides. Ainsi va le temps et la forme. Que la montagne
est belle !
Une attirance et une beauté, qui me mènera, dès
l'été venu, au pont de l'Infernet ou de la Véna,
700m, secteur totalement méconnu des Grenoblois. Là,
un sentier pénètre le massif de Belledonne par le
vallon de la Petite Vaudaine. Il mène au Pic de Mirebel
3604m et offre ainsi une dénivelée proche des 2000
mètres. En ce 29 juillet 1994, j'ai atteint mon objectif.
Belledonne, massif pudique, s'étire langoureusement à
proximité de l'agglomération grenoboise. Allongé
ne veut pas dire s'offrir. Jamais facile, les pieds au nord, la
tête au sud, le corps peu de gens connaissent ! Secret il
est, secret il restera. Une terre sauvage, qui contraste avec
l'excitation humaine toute proche. Le temps l'a rongé,
dessinant des pics et des arrêtes, au pied desquels vivent
des lacs, aux couleurs multiples, qui réinventent leur
image à l'infini. C'est en partant du pont de la Véna,
à 710m d'altitude, que je suis parti à la découverte
du flanc Est de ce massif. Laissant le Pic de la Fare à
ma droite, je m'enfonce dans le vallon de la petite Vaudaine.
Le sentier est à peine marqué. Il se devine, plus
qu'il n'est. Passage à la cabane de Vaudaine 1790m, en
56'. Au-dessus un tapis d'herbe verte, lavé par les orages
de la nuit, mène au col de la Passure 2450m. Il est atteint
en 1h38'13". La pente est relativement raide. A droite un
pierrier mène à un couloir herbeux, puis à
un secteur de rochers délités, sur lequel l'escalade
est de rigueur. Plus haut, suspendu dans le ciel ou posé
sur la cime, un jeune chamois me regarde. L'âme de Samivel
est proche. Le Pic de Mirebel, sauvage et fière, reste
le domaine de ces pauvres bêtes qui n'ont pour survivre,
que le devoir de fuir l'Homme.
Je redescends. J'ai mis 1h49'17" pour une dénivelée
de 1900m.
Nous sommes le 2 août 1994, l'été est pluvieux.
Suite à de violents orages, il me semble plus prudent de
me replier sur des sommets moins exposés. Ce sera le Grand
Veymont 2341m. Avec l'aide des stagiaires du 93 ème RAM,
futurs élèves de la célèbre EMHM,
nous partons en direction de Gresse en Vercors. Le départ
est donné à hauteur du magasin sport 2000 à
1240m. Cette petite course en montagne permettra d'étalonner
la valeur des stragiaires. D'une dénivelée de 1100m,
ce type d'épreuves ne permet aucune faiblesse. Je passe
au Pas de la ville, dénivelée 700, en 32'20"
et touche la croix sommitale en 53'59" ma meilleure performance.
Le peloton des stagiaires s'étire quelque peu. Les temps
réalisés vont de 1h05' à 1h15' avec un sac
de huit kilos. Voila pour les entraînements. Les championnats
du monde "Masters" se sont déroulés, en
1995, à Canmore, dans les Rocheuses Canadienne. Nous avons
été accueilli dans un refuge du CAC. Ce bâtiment
du Club Alpin Canadien, nous a permis de mieux nous rendre compte
des écarts de mentalité existant entre la vieille
Europe et le Canada. Dans la salle à manger du bâtiment,
étaient disposées un ensemble d’étagères,
permettant d’exposer des livres de montagne de toutes les
nationalités. Bien sur, tous les documents, parfois rares
comme la collection complète de La Montagne du Club Alpin
Français, étaient à la disposition des clients.
Il n’est même pas imaginable que cela puisse se produire
en France. L’ensemble des ouvrages disparaîtrait en
quelques heures. Pour nous ce fut l'occasion de découvrir
d'immenses terrains de jeux et d'aller skier au pied de l'Assiniboine,
le Cervin canadien. Les compétitions se sont déroulées
sur les sites des Jeux Olympiques de 1988 à Calgary. Tous
les itinéraires que nous avons fréquentés,
étaient à l’échelle du pays, géants.
Il faudra attendre encore de nombreuses années avant de
pouvoir sillonner en été, cet extraordinaire et
immense espace de liberté.
L'été suivant nous sommes partis en stage avec le
CAF Grenoble/Oisans, au coeur de la vallée du Valgaudemar.
Puis nous poursuivrons en direction de la Grèce et de la
Bulgarie. Pour parfaire ma condition physique, je décide
de rejoindre la Chapelle 1090m au refuge de l'Olan 2350m. J'ai
réalisé 1h07', une performance très moyenne.
Mais cette course m'aura permis de rendre hommage à Léon
Zwingelstein. En effet sa stèle située au départ,
oblige le randonneur à fouiller le passé pour comprendre
qui était ce personnage. Il est difficile de parler de
l'Olan, sans penser immédiatement au "Chemineau de
la montagne". Ce qui fait la beauté d'un sommet, c'est
l'histoire que l'Homme y a laissée sur ses flancs. C'est
pourquoi, il me parait impossible de rester insensible à
ce qui va arriver au Mont Olympe. On ne peut impunément
bafouer l'histoire. Surtout qu'en ces lieux, l'histoire s'écrit
avec un grand "H".
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