Gîtes de France

Gîte la Marguerite

"Au fil du temps"
D- La conquête des sommets en courant (28/30)

 


Durant la période de reconnaissance nous sommes restés, ma femme et moi, bivouaquer quelques jours en limite de glacier. Dans cet univers minéral le coucher de soleil sur les Aiguilles d'Arves et les levers de soleil sur le Mont Blanc, ne peuvent laisser indifférent. Les us et coutumes montagnardes ont changé. Les rencontres et l'accueil réservé par les marcheurs, nombreux en ce mois de juillet 1994, partis à la conquête du sommet, est différent d'il y a quelques années. Beaucoup commentent la performance sans agressivité. Ils indiquent même au passage les temps réalisés lors d'expériences précédentes. Chacun étalonne ses qualités physiques du moment, en fonction des "chronos" réalisés par les plus rapides. Ainsi va le temps et la forme. Que la montagne est belle !


Une attirance et une beauté, qui me mènera, dès l'été venu, au pont de l'Infernet ou de la Véna, 700m, secteur totalement méconnu des Grenoblois. Là, un sentier pénètre le massif de Belledonne par le vallon de la Petite Vaudaine. Il mène au Pic de Mirebel 3604m et offre ainsi une dénivelée proche des 2000 mètres. En ce 29 juillet 1994, j'ai atteint mon objectif.


Belledonne, massif pudique, s'étire langoureusement à proximité de l'agglomération grenoboise. Allongé ne veut pas dire s'offrir. Jamais facile, les pieds au nord, la tête au sud, le corps peu de gens connaissent ! Secret il est, secret il restera. Une terre sauvage, qui contraste avec l'excitation humaine toute proche. Le temps l'a rongé, dessinant des pics et des arrêtes, au pied desquels vivent des lacs, aux couleurs multiples, qui réinventent leur image à l'infini. C'est en partant du pont de la Véna, à 710m d'altitude, que je suis parti à la découverte du flanc Est de ce massif. Laissant le Pic de la Fare à ma droite, je m'enfonce dans le vallon de la petite Vaudaine. Le sentier est à peine marqué. Il se devine, plus qu'il n'est. Passage à la cabane de Vaudaine 1790m, en 56'. Au-dessus un tapis d'herbe verte, lavé par les orages de la nuit, mène au col de la Passure 2450m. Il est atteint en 1h38'13". La pente est relativement raide. A droite un pierrier mène à un couloir herbeux, puis à un secteur de rochers délités, sur lequel l'escalade est de rigueur. Plus haut, suspendu dans le ciel ou posé sur la cime, un jeune chamois me regarde. L'âme de Samivel est proche. Le Pic de Mirebel, sauvage et fière, reste le domaine de ces pauvres bêtes qui n'ont pour survivre, que le devoir de fuir l'Homme.


Je redescends. J'ai mis 1h49'17" pour une dénivelée de 1900m.
Nous sommes le 2 août 1994, l'été est pluvieux. Suite à de violents orages, il me semble plus prudent de me replier sur des sommets moins exposés. Ce sera le Grand Veymont 2341m. Avec l'aide des stagiaires du 93 ème RAM, futurs élèves de la célèbre EMHM, nous partons en direction de Gresse en Vercors. Le départ est donné à hauteur du magasin sport 2000 à 1240m. Cette petite course en montagne permettra d'étalonner la valeur des stragiaires. D'une dénivelée de 1100m, ce type d'épreuves ne permet aucune faiblesse. Je passe au Pas de la ville, dénivelée 700, en 32'20" et touche la croix sommitale en 53'59" ma meilleure performance. Le peloton des stagiaires s'étire quelque peu. Les temps réalisés vont de 1h05' à 1h15' avec un sac de huit kilos. Voila pour les entraînements. Les championnats du monde "Masters" se sont déroulés, en 1995, à Canmore, dans les Rocheuses Canadienne. Nous avons été accueilli dans un refuge du CAC. Ce bâtiment du Club Alpin Canadien, nous a permis de mieux nous rendre compte des écarts de mentalité existant entre la vieille Europe et le Canada. Dans la salle à manger du bâtiment, étaient disposées un ensemble d’étagères, permettant d’exposer des livres de montagne de toutes les nationalités. Bien sur, tous les documents, parfois rares comme la collection complète de La Montagne du Club Alpin Français, étaient à la disposition des clients. Il n’est même pas imaginable que cela puisse se produire en France. L’ensemble des ouvrages disparaîtrait en quelques heures. Pour nous ce fut l'occasion de découvrir d'immenses terrains de jeux et d'aller skier au pied de l'Assiniboine, le Cervin canadien. Les compétitions se sont déroulées sur les sites des Jeux Olympiques de 1988 à Calgary. Tous les itinéraires que nous avons fréquentés, étaient à l’échelle du pays, géants. Il faudra attendre encore de nombreuses années avant de pouvoir sillonner en été, cet extraordinaire et immense espace de liberté.


L'été suivant nous sommes partis en stage avec le CAF Grenoble/Oisans, au coeur de la vallée du Valgaudemar. Puis nous poursuivrons en direction de la Grèce et de la Bulgarie. Pour parfaire ma condition physique, je décide de rejoindre la Chapelle 1090m au refuge de l'Olan 2350m. J'ai réalisé 1h07', une performance très moyenne. Mais cette course m'aura permis de rendre hommage à Léon Zwingelstein. En effet sa stèle située au départ, oblige le randonneur à fouiller le passé pour comprendre qui était ce personnage. Il est difficile de parler de l'Olan, sans penser immédiatement au "Chemineau de la montagne". Ce qui fait la beauté d'un sommet, c'est l'histoire que l'Homme y a laissée sur ses flancs. C'est pourquoi, il me parait impossible de rester insensible à ce qui va arriver au Mont Olympe. On ne peut impunément bafouer l'histoire. Surtout qu'en ces lieux, l'histoire s'écrit avec un grand "H".


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