Le grand jour est arrivé. Départ de Prionia à
1100m et arrivée au Mitikas à 2917m. Prionia est
situé à l'extrémité d'un chemin carrossable,
et oblige donc à garer sa voiture. Passage au refuge A,
situé à mi-parcours et à 2100m d'altitude,
en 54'41". Finalement après avoir choisi l'ascension
d'un couloir sur la face sud, Zonaria, l'arrivée au sommet
s'effectue en 1h47'02". Une dénivelée de 1900m,
qui m'a permis, l'espace de quelques minutes, en ce 12 août
1995, d'être à proximité de Zeus. En descendant,
j'ai distribué un poster avec écrit "Pour que
le Mont Olympe reste le domaine des Dieux et ne devienne pas celui
des spéculateurs". Un geste, qui aujourd'hui me semble
bien futile. Une goutte d'eau dans un océan d'argent, qui
aura comme mérite, de m'avoir permis de m'exprimer. Un
chuchotement certes, mais plus encore, un relais. Maintenant la
parole est aux Dieux.
Le Mont Olympe n'est que le troisième sommet des Balkans,
de par son altitude. Le point culminant est le Moussala à
2925m. Un écart infime, mais qui nous obligera à
nous engager dans une aventure dont nous ne maîtriserons
pas tous les éléments. Nous prenons donc la direction
de la Bulgarie. En effet, la partie principale des Balkans est
située dans ce pays, dont les frontières ne sont
pas franchement ouvertes. Disons qu'elles sont entrouvertes, dans
le sens de l'allée et fermées dans le sens de la
sortie. La clé de la serrure s'appelle dollars.
Tout d'abord poursuivre la route jusqu'à Thessalonique.
Pour qui roule pour la première fois en Grèce, peut-être
surpris par la façon dont les conducteurs utilisent la
voie cyclable. Un conseil ne vous y engagez jamais ni à
pied, ni en vélo. Pour ne pas franchir la ligne continue,
le doublé se rabat à droite, ce qui fait que le
doublant peut aller tout droit ! A la frontière Bulgare,
à Marikostinovo, le nombre de voitures d'origine française,
passant par là, est relativement rare. Aussi avons nous
le droit à une fouille complète. Ensuite la direction
de Sofia en alphabet cyrillique, ne facilite pas vraiment la conduite.
Une fois Sofia atteinte, il a fallu prendre rendez-vous au ministère
des sports et de la montagne pour récupérer des
cartes géographiques. La surprise fut de taille quand on
nous a amené sur le perron du troisième étage,
d'un bâtiment d'état, afin de rencontrer le responsable.
Notre première nuit dans la capitale Bulgare, dans un camping
que l'on peut considérer comme abandonné, aura un
côté que nous qualifierons de bizarre. Vers 1h00
du matin, à proximité des douches et des WC, recouverts
de plusieurs centimètres de poils et de cheveux, un vieux
tourne disque s'est mis à jouer du Piaf, du Brassens et
des vieux slow français, rendant l'ambiance plus triste
encore ! Avant de repartir je suis allé faire un footing.
Couchant les herbes hautes, pour passer sous le grillage, j'ai
abouti en plein coeur d'une centrale atomique abandonnée.
Un événement qui n'a fait qu'accélérer
les préparatifs du départ. Nous avons donc rejoint
le "Kompleks de Maliovista". Il est dit que ce haut
lieu de la montagne Bulgare, ressemble à Chamonix. Autant
l'immense bâtiment est délabré, autant l'accueil
est chaleureux. Ce qui, il faut en convenir, est à l'opposé
de son homonyme français.
Après plusieurs jours de reconnaissance, je finirai par
trouver un itinéraire magnifique pour rejoindre le Moussala.
Départ de Borovets à 1350m, qui abrite une station
de ski qui a dû être somptueuse. Le chemin part en
haut de la station de ski, à Bistrica, et s'enfonce dans
une vallée sauvage qui mène au refuge Moussala,
atteint en 1h09'40". Le sentier, Markudzika, peu fréquenté,
est de type voie romaine. Au sol, disparaissant sous la végétation,
outre un jalonnement rouge très visible, d'énormes
pierres plates on dû permettre autrefois,à des charrettes
tractées d'effectuer le trajet. Puis la pente s'accentue,
le sentier slalome au milieu de merveilleux lacs de montagnes,
aux couleurs sombres. Ils ondulent, caressés par un léger
souffle d'altitude. Autour la roche est enveloppée par
un lichen jaune, faisant un étonnant contraste avec le
noir de l'eau. Le pic Moussala, est atteint en 1h46'52",
le 18/08/1995. Il abrite en son sommet un observatoire météorologique
gardé en permanence. Aujourd'hui, il y a beaucoup de monde.
Les gens me regardent curieusement. Ne suis-je pas sur le point
culminant des Balkans, en short et en tee-shirt, essoufflé
et heureux ? Je suis libre et en pleine forme.
Avant la fin du séjour, nous rejoindrons Maliovista. Nous
ferons de nombreuses voies d'escalade avec Nikola Denshev, dit
Koko. Ce jeune homme préparait son diplôme de guide.
Seul stagiaire au moment de notre passage, il s'entraînait
dans le gymnase sur un mur pitoyable. Une volonté de fer,
une motivation sans faille lui permettaient de répéter
inlassablement les mêmes parcours. Un jour de septembre
2006, Koko est arrivé au gîte de Morinaire avec son
épouse Jullia. Douze ans plus tard, il avait réussi
à trouver mon nom et mon lieu d’habitation. Il était
devenu professionnel de l’escalade et concepteur de mur.
Nous avons pu fêter nos retrouvailles sur le calcaire encore
chaud du Vercors. Quelques années auparavant, en 1995,
sous le pic Maliovista, nous avions réalisé des
longueurs, dont certaines approchaient le huit, sans qu'il ne
montre la moindre hésitation, alors que je devais être
tracté.
Les autres jours, avec Maggy, nous avons réalisé,
en randonnée pédestre, l'ensemble des pics qui s'élevaient
autour du centre. Tous les soirs nous avions droit à du
chou, servi par deux énormes matrones, qui régulièrement
passaient sur leur tourne disque du Piaf, Claude François
ou du Charles Aznavour.
Puis, nous avons repassé la frontière sud. Cette
fois il a fallu donner beaucoup de dollars. Trop pour que nous
puissions payer. Aussi j'ai été arrêté,
le fusil sur la tempe, et Marguerite est allée à
une banque, placée à peu de distance de là,
sans doute par hasard. La somme d'argent a rapidement pu être
retirée et reversée aux hommes de loi qui m'entouraient
!
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