Au retour en France, j'ai été opéré
d'une condropathie-rotulienne. La question était alors
de savoir si je pourrai remarcher un jour ? J'ai effectué
ma rééducation en pratiquant beaucoup de VTT. C'est
tout naturellement que Jean-Paul Zuanon, spécialiste de
cette activité, m'a demandé, l'été
venu, de participer avec lui et deux amis, Jean-Robert et Michel,
à une traversé Mont-Rose/Mont-Blanc en Vélo
Tout Terrain. Nous sommes partis de Gressoney au pied du Mont
Rose et nous avons atteint une semaine plus tard, et quelques
bosses en plus, le Val Ferret italien. Nous avons vécu
une grande aventure alpine, face au massif du Mont-Blanc, et en
empruntant les hauts de la vallée d'Aoste. Si cette épopée,
peut paraître anodine, pour qui se déplace à
skis ou à pied, il en va tout autrement pour les adeptes
du deux roues.
Aujourd'hui parfaitement accepté par le milieu des montagnards,
il n'en fut pas toujours ainsi. Le VTT représente un parfait
compromis pour la préparation physique estivale des skieurs
de fond, tout comme pour le contemplatif qui cherche un moyen
ludique pour se déplacer. La façon la plus gratifiante
de pratiquer le vélo de montagne, c'est de partir pour
de longues traversées. L'itinéraire que nous avons
réalisé, est parfaitement accessible à des
cyclistes/montagnards entraînés. Ce parcours est
très esthétique, et nous a procuré des sensations
aussi fortes, que tous les raids qui m'a été donné
de concrétiser jusqu'à aujourd'hui. On a passé
les 4/5ème du temps sur le vélo. Peu de portage
grâce à une politique vigoureuse de soutien à
l'économie pastorale menée par la région
autonome du Val d'Aoste, qui permet de monter facilement jusqu’à
2500m, par des sentiers biens tracés. Pourtant deux étapes
ont demandé un peu plus d'attention la 5ème et la
7ème, au cours desquelles on a franchi les deux points
hauts, le col de Vessona 2783m et le col de Malatra 2928m.
On est donc parti de la vallée de Gressoney, la plus orientale
des vallées valdôtaines. A Stafal, j'ai ressenti
une petite émotion en me remémorant mon départ
en direction du Mont Rose. C'était il y a cinq ans. Mais
cette fois nous sommes monté en direction du col de Bettaforca
2672m pour redescendre sur Saint-Jacques dans le val d'Ayas. Le
deuxième jour nous avons gravit par une journée
d'été, le col de Nana 2775m. Toute la journée
l'effort s'est déroulé face au Breithorn, Castor
et Polux. Un paysage grandiose, qui a pour vertu d'effacer la
fatigue. Surtout qu'à partir du col suivant, des Fontaines,
2697m, nous avons eu une superbe vue sur le versant sud du Cervin.
La descente sur Cheneil, par un petit sentier étroit et
souvent encaissé, et très technique. Il nous a réservé
quelques surprises. Notamment un nez à nez avec des génisses.
Cheneil est un village touristique, qui présente la particularité
de n'être desservi que par un téléphérique
de service et un sentier. Les Italiens sont très attachés
à la défense de cette originalité. En arrivant
à Valtournanche, nous avons retrouvé la foule, les
voitures, la chaleur et le bruit.
Aujourd'hui, nous montons à la fenêtre de Cignana.
Le terrain est varié. Nous avons retrouvé la fraîcheur.
Nous nous arrêtons au passage, à l'alpage Crou de
Tsa, où une italienne volubile et francophone insiste pour
nous faire goûter son thé "correto". Une
boisson qui n'a rien de correct, puisqu'elle est corrigée
à la grappa. Ainsi dopés, nous n'avons aucune peine
à franchir la fenêtre de Cigagna 2441m, d'où
nous rejoignons facilement le refuge Barmasse. Une longue piste,
ponctuée de quelques remontées inattendues nous
amène jusqu'à Buisson.
Pour la quatrième étape, courte et de liaison, nous
partons de Champtorné pour arriver à Lignan, en
franchissant le col Fenêtre. Lignan est un petit village
en balcon, face au massif du Grand-Paradis. L'étape suivante,
la plus dure sera marquée par la pluie. On est monté
tout d'abord par une longue et agréable piste pastorale
à l'alpage de Cia Fontaney. Puis nous avons franchit les
cols de Salvé et de Chaleby. Nous découvrons ainsi,
de l'autre côté de la vallée, le célèbre
oratoire de Cuney. Il est, depuis des temps immémoriaux,
un lieu de pèlerinage pour les habitants de la vallée
de Saint-Barthélémy mais aussi pour ceux de Valpelline.
Sur l'autre versant, malgré le brouillard nous pouvons
suivre le balisage surabondant de l'Alta Via n°1. Nous débouchons
sur le replat où se trouve le refuge Rosaire-Clermont.
Pause pique nique sous la pluie. Le chalet de pierre où
nous nous trouvons, appelé bivouac, est un petit bijou.
A l’intérieur, porte non fermée à clé,
nous y avons trouvé de quoi manger et boire. Au fond, un
tronc fixé dans le mur, pour permettre aux consommateurs
de régler leurs factures. Sur les lits des draps propres
et au plafond un éclairage au gaz, avec bouteilles de rechange,
le tout sans aucune dégradation ! La dernière montée
se déroule sous le grésil jusqu'au col de Vessona
à 2783m. Au sommet nous avons une fausse joie. Nous avons
cru à tort qu'arrivés à l'Alpe Vieille, nous
retrouverions une large piste qui aurait pu nous conduire jusque
dans la vallée. Il n'en fut rien. Ce n'étaient que
des travaux de rectification du lit du torrent qui, de loin, pouvaient
passer pour une route. Seul un interminable sentier, souvent raide
et caillouteux nous permis de descendre jusque dans la vallée
principale. Si nous n'avons pas mis pied à terre, ce fut
un véritable rodéo. Ensuite il a fallu remonter
jusqu'à Closé, et rejoindre Valpelline.
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