Gîtes de France

Gîte la Marguerite

"Au fil du temps"
E - Le temps, un ami qui vous veut du mal (32/42)

 

Le lendemain c'est sous la pluie que nous montons à Ollomont, par l'ancienne piste muletière qui longe le torrent. Nous avons pris le temps de savourer le traditionnel "cappucino" avant de poursuivre vers l'alpe de Praz. Déception, on n'entrevoit que de façon trés fugitive la face sud du Grand Combin. La pluie redouble dans la descente en direction de Saint-Oyen. Au cours de cette étape originale, on a longé trois "ru", ou canaux d'irrigation. L'un d'eux nous a obligé à emprunter un long tunnel de 800 m, avec frontale obligatoire.


La dernière étape nous portera jusqu'au point culminant. Après la neige de la nuit, qui a poudré les sommets au-dessus de 2800m, le soleil a fait un retour inespéré et apprécié. De Saint-Rhémy, une bonne piste nous a permis d'atteindre l'alpage de Tsa de Merdeux. Puis il a fallu porter jusqu'au col de Malatra 2920m. La montée enneigée, se termine par un raide couloir d'éboulis assez éprouvant. Le col est une étroite entaille d'où l'on découvre un paysage fastueux de sommets et de glaciers, rien de moins que le Mont Blanc, les Jorasses, le Triolet... Il est difficile de rêver d'un final plus grandiose. Il ne nous reste plus qu'à descendre sur le val Ferret. Nous retrouvons le goudron, un peu au-dessus de Lavachey.


C'est fini. Nous nous regardons d'un air complice, sans avoir besoin de grands discours : nous l'avons fait, au total , 242 km avec 8890 m de dénivelée. Nous éprouvons tous à ce moment un petit pincement de coeur, que connaissent bien tous ceux qui ont le bonheur de pouvoir concrétiser un vieux rêve et qui se disent que c'est déjà fini. Nous sommes heureux simplement.

Après ce raid en VTT, j'étais rassuré sur mon état de forme. Mais, je n'avais toujours pas pu reprendre la course à pied. L'aventure est multiple, elle comporte de l'imprévu et parfois des risques. On peut la vivre en sortant de chez soi, ou à l'autre bout de la Terre. Elle peut-être intérieure ou vécue en groupe. Elle sera cette fois, une aventure humaine très forte. Un moment d'éternité, vécue au Pérou avec un groupe de jeunes partis à la découverte de leur moi ! C'est eux qui avaient fixé les règles. Seulement la Cordillère des Andes avait des exigences, qu'ils mirent longtemps à comprendre. Loin des poncifs utilisés pour parler de notre société, la montagne les a brutalement mené à l'essentiel. Il a fallu manger, boire, et dormir, dans un milieu où il faut se battre pour avoir droit aux choses les plus simples.


Existe-t-il un meilleur moyen pour canaliser l'énergie des élèves, que de les investir dans un projet où l'aventure est omniprésente ? La vie pour certain est difficile. Pourtant, il suffit de définir un objectif, pour qu'elle prenne du relief. Un mot, qui dans les jours qui vont suivre, va prendre tout son sens. Tout d'abord, il faut fixer son esprit sur un point. Puis, lui donner forme couleur et mouvement. De préférence cette tâche doit être menée en équipe. Nous voilà face à un groupe qui vient de rompre la spirale de l'échec !


Le Lycée Thomas Edison d'Echirolles a ainsi su inverser une tendance qui n'a rien d'une fatalité. Chacun va pouvoir exister, par l'intermédiaire d'une équipe. L'objectif est de gravir le Nevado de Copa au Pérou, en plein coeur de la Cordillère Blanche. Une expérience qui ne manque pas d'audace. La réussite dépendra de l'investissement de chacun. Solidarité, abnégation, coopération seront les maîtres mots d'une poignée de scolaires enfin décidés à construire leur futur. Le travail de quelques enseignants, n'est pas étranger à ce changement de comportement. La curiosité, cela s'apprend. L'enthousiasme va se développer au fil des jours. Le voyage fera naître en chacun d'eux, l'envie d'aller plus loin.


L'action isole l'essentiel, afin qu'il reste seul présent à l'esprit au moment opportun. Le Pérou sera une excellente école de l'apprentissage de la relativité. Pour réussir il convient de respecter un ordre de priorités. Le futile possède une valeur marchande, qui n'aura aucune raison d'être au moment d'agir.


Nous sommes partis le 21 avril, un lundi. La première source de surprise fut, pour la plupart l'avion. La première fois çà impressionne. Après deux jours passés à Lima, Pascal Dherbey, l'homme qui a donné vie à ce projet, décide de monter à Huaraz. La première phase d'acclimatation a commencé. Située à 3100m, cette ville possède le charme incomparable des villes de montagne. L'altitude y est encore modeste, mais déjà, il convient de mieux gérer son effort. En plus, la route qui permet d'atteindre Huaraz, passe à 4080m. C'est une première pour beaucoup. Le lendemain, le car grimpera avec ses passagers à 4550m. Il nous permettra de visiter Chavin. L'occupation humaine y a été constante de 800 à 300 avant Jésus-Christ.


Le 26 avril, débutent les choses sérieuses. Nous sommes sur le territoire de la "pente". Les jeunes sont-ils prêts ? Le groupe a appris la montagne sous la responsabilité de Bertrand Deligez, du bureau des guides des Contamines. Rien n'a été laissé au hasard. Trois ans de préparation programmée, en priorité le mercredi. Au fur et à mesure, l'entraînement a mené ces lycéens du Mont-Blanc à l'Oisans. Ils ont appris à souffrir en groupe et ont décidé pour solidifier leur union de s'appeler le TOPP groupe. Tenter, Organiser, Partager, Participer, en définitif tout un programme. Caché derrière cette appellation, l'effort devient moins difficile à supporter. Ils sont devenus sociologues, géographes, linguistiques, montagnards. Enfin quoi, ils existent ! Ils sont la fierté du lycée.




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