Le lendemain c'est sous la pluie que nous montons à Ollomont,
par l'ancienne piste muletière qui longe le torrent. Nous
avons pris le temps de savourer le traditionnel "cappucino"
avant de poursuivre vers l'alpe de Praz. Déception, on
n'entrevoit que de façon trés fugitive la face sud
du Grand Combin. La pluie redouble dans la descente en direction
de Saint-Oyen. Au cours de cette étape originale, on a
longé trois "ru", ou canaux d'irrigation. L'un
d'eux nous a obligé à emprunter un long tunnel de
800 m, avec frontale obligatoire.
La dernière étape nous portera jusqu'au point culminant.
Après la neige de la nuit, qui a poudré les sommets
au-dessus de 2800m, le soleil a fait un retour inespéré
et apprécié. De Saint-Rhémy, une bonne piste
nous a permis d'atteindre l'alpage de Tsa de Merdeux. Puis il
a fallu porter jusqu'au col de Malatra 2920m. La montée
enneigée, se termine par un raide couloir d'éboulis
assez éprouvant. Le col est une étroite entaille
d'où l'on découvre un paysage fastueux de sommets
et de glaciers, rien de moins que le Mont Blanc, les Jorasses,
le Triolet... Il est difficile de rêver d'un final plus
grandiose. Il ne nous reste plus qu'à descendre sur le
val Ferret. Nous retrouvons le goudron, un peu au-dessus de Lavachey.
C'est fini. Nous nous regardons d'un air complice, sans avoir
besoin de grands discours : nous l'avons fait, au total , 242
km avec 8890 m de dénivelée. Nous éprouvons
tous à ce moment un petit pincement de coeur, que connaissent
bien tous ceux qui ont le bonheur de pouvoir concrétiser
un vieux rêve et qui se disent que c'est déjà
fini. Nous sommes heureux simplement.
Après ce raid en VTT, j'étais rassuré sur
mon état de forme. Mais, je n'avais toujours pas pu reprendre
la course à pied. L'aventure est multiple, elle comporte
de l'imprévu et parfois des risques. On peut la vivre en
sortant de chez soi, ou à l'autre bout de la Terre. Elle
peut-être intérieure ou vécue en groupe. Elle
sera cette fois, une aventure humaine très forte. Un moment
d'éternité, vécue au Pérou avec un
groupe de jeunes partis à la découverte de leur
moi ! C'est eux qui avaient fixé les règles. Seulement
la Cordillère des Andes avait des exigences, qu'ils mirent
longtemps à comprendre. Loin des poncifs utilisés
pour parler de notre société, la montagne les a
brutalement mené à l'essentiel. Il a fallu manger,
boire, et dormir, dans un milieu où il faut se battre pour
avoir droit aux choses les plus simples.
Existe-t-il un meilleur moyen pour canaliser l'énergie
des élèves, que de les investir dans un projet où
l'aventure est omniprésente ? La vie pour certain est difficile.
Pourtant, il suffit de définir un objectif, pour qu'elle
prenne du relief. Un mot, qui dans les jours qui vont suivre,
va prendre tout son sens. Tout d'abord, il faut fixer son esprit
sur un point. Puis, lui donner forme couleur et mouvement. De
préférence cette tâche doit être menée
en équipe. Nous voilà face à un groupe qui
vient de rompre la spirale de l'échec !
Le Lycée Thomas Edison d'Echirolles a ainsi su inverser
une tendance qui n'a rien d'une fatalité. Chacun va pouvoir
exister, par l'intermédiaire d'une équipe. L'objectif
est de gravir le Nevado de Copa au Pérou, en plein coeur
de la Cordillère Blanche. Une expérience qui ne
manque pas d'audace. La réussite dépendra de l'investissement
de chacun. Solidarité, abnégation, coopération
seront les maîtres mots d'une poignée de scolaires
enfin décidés à construire leur futur. Le
travail de quelques enseignants, n'est pas étranger à
ce changement de comportement. La curiosité, cela s'apprend.
L'enthousiasme va se développer au fil des jours. Le voyage
fera naître en chacun d'eux, l'envie d'aller plus loin.
L'action isole l'essentiel, afin qu'il reste seul présent
à l'esprit au moment opportun. Le Pérou sera une
excellente école de l'apprentissage de la relativité.
Pour réussir il convient de respecter un ordre de priorités.
Le futile possède une valeur marchande, qui n'aura aucune
raison d'être au moment d'agir.
Nous sommes partis le 21 avril, un lundi. La première source
de surprise fut, pour la plupart l'avion. La première fois
çà impressionne. Après deux jours passés
à Lima, Pascal Dherbey, l'homme qui a donné vie
à ce projet, décide de monter à Huaraz. La
première phase d'acclimatation a commencé. Située
à 3100m, cette ville possède le charme incomparable
des villes de montagne. L'altitude y est encore modeste, mais
déjà, il convient de mieux gérer son effort.
En plus, la route qui permet d'atteindre Huaraz, passe à
4080m. C'est une première pour beaucoup. Le lendemain,
le car grimpera avec ses passagers à 4550m. Il nous permettra
de visiter Chavin. L'occupation humaine y a été
constante de 800 à 300 avant Jésus-Christ.
Le 26 avril, débutent les choses sérieuses. Nous
sommes sur le territoire de la "pente". Les jeunes sont-ils
prêts ? Le groupe a appris la montagne sous la responsabilité
de Bertrand Deligez, du bureau des guides des Contamines. Rien
n'a été laissé au hasard. Trois ans de préparation
programmée, en priorité le mercredi. Au fur et à
mesure, l'entraînement a mené ces lycéens
du Mont-Blanc à l'Oisans. Ils ont appris à souffrir
en groupe et ont décidé pour solidifier leur union
de s'appeler le TOPP groupe. Tenter, Organiser, Partager, Participer,
en définitif tout un programme. Caché derrière
cette appellation, l'effort devient moins difficile à supporter.
Ils sont devenus sociologues, géographes, linguistiques,
montagnards. Enfin quoi, ils existent ! Ils sont la fierté
du lycée.
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