Aujourd'hui à Visos, au milieu de cette forêt d'eucalyptus
qui n'en finit plus, ils ont le sentiment d'avoir réussi.
A voir les neiges si hautes, au-dessus des nuages, on pourrait
penser que le chemin à parcourir est encore long. Pas du
tout. Les lycéens savent à cet instant, que leur
projet ne prête plus à la dérision. Malgré
l'altitude, la température est élevée, l'air
lourd, autant que les sacs. Pourtant, la charge a été
réparti équitablement ou presque. Les mules portent
80% du chargement. Depuis que les véhicules ont laissé
le groupe en fond de vallée la température est étouffante.
On sent que l'orage peut se déclencher à tous moments.
Tous sont vêtus d'un T.shirt qui colle à la peau.
Dans le silence de l'effort, ils marchent.
Le camp de base annoncé à 4100m, sera finalement
installé à 4800m. 1800m de dénivelée
positifs, pour la première journée d'efforts, ça
marque! On ne peut nier l'efficacité d'une telle mise en
train. Ce parcours je le répéterai souvent. Il me
permettra de retravailler l'effort spécifique de la course
en montagne.
Menaçant depuis midi, l'orage arrose l'arrivée des
premiers. D'abord sous forme de pluie, les précipitations
se transforment en neige. L'arrivée des derniers, trempés,
en t.shirt, le regard hagard, restera comme un des grands moments
de cette expédition. Surtout que la foudre s'abat avec
une régularité de métronome sur les cimes
alentours. Les tentes bleues mises en place par des locaux, ont
pris des teintes pastels. Il fait nuit, tout est glauque. La fatigue
a fait prisonnier l'ensemble du camp. Le froid humide anesthésie
les dernières volontés. Plus personne ne veut manger.
Les yeux se ferment sur une première nuit, au pied de ce
qui va devenir pour un certain temps, notre terrain de jeu.
Le dimanche 27 avril, nous partons à trois aménager
le couloir d'accès au camp 1. Les autres auront pour tâche
de délivrer la plupart des jeunes bloqués dans leur
tente. En effet les fermetures éclairs, ont gelé
durant la nuit. Au petit matin la température est largement
descendue en dessous de moins dix. L'un des encadrants Péruvien
qui nous accompagne, âgé de treize ans, chantera
tous les matins à partir de 5h00, pour éviter de
geler. Chaussé de petites sandales, et vêtu de haillons,
il aura le mérite de toujours sourire. Tous resteront marqués
par ce petit personnage, joyeux et disponible. Quant à
Gaël Bouquet des Chaux, futur grand guide, il préfère
se reposer au camp de base. La pose des cordes fixes nous a pris
toute la journée. Le couloir est incliné en moyenne
à 45° et long de 400 mètres. Il n'offre aucune
difficulté sérieuse. Seul le pont de certaines crevasses,
trop fragile, nous oblige à slalomer. Enfin nous atteignons
le col situé à 5250 m.
A notre grande surprise, nous retrouvons Gaël qui vient d'ouvrir
la voie "Coulloumme-Labarthe" classée D+, difficulté
max 6a. Parti à la base des rochers, au nord de notre trajectoire,
il a parcouru 400 mètres en solo. Il signe ainsi sa première
réalisation. Le lendemain, nous repartons aménager
le camp 1 à 5350 m. C'est à partir d'un long glacier
tout plat que nous pouvons atteindre l'emplacement. Les derniers
mètres sont tellement crevassés, que nous sommes
obligés de jalonner. Hauts de 1 mètre, à
l'extrémité rouge, les piquets ont quelque chose
d'incongrus dans ce décor blanc.
Le TOPP Groupe attend son heure. Pour l'instant, il continue sa
phase d'acclimatation en effectuant des marches autour du camp
de base. Au camp 1, trois belles tentes jaunes colorent le glacier,
au pied de la face nord du Nevado de Copa. Le 29 avril, nous ouvrons,
deux couloirs de neige pour atteindre la cime du Nevado Yahuina
à 5610m. "Fil d'Ariane" 55° et "Florencinette"
60°, sont nées. Le 1er juin, nous nous retrouvons tous
au camp de base. Plusieurs professeurs y assurent des cours. C'est
ce que nous pouvons appeler de la déformation professionnelle.
Lors de la journée qui nous a permis d'accéder au
camp de base, nous avons traversé plusieurs salles de classe.
Les élèves, des femmes adultes, habillées
de vêtements très colorés, en cercle dans
les champs, écoutaient religieusement une personne leur
enseigner l'Espagnol. Le Quetchua, la langue de leurs ancêtres
et des peuples d'altitude est interdite. Pour les Français,
les matières prioritaires, sont le français et les
mathématiques. C'est Alain qui gère le téléphone
de type Magellan, qui pourrait être utile en cas d'incident.
Il permet surtout aux jeunes de prendre contact avec leurs proches.
Marc Buscail, le photographe, demeure le plus actif. Il capte
la lumière et emprisonne le temps. Aucun événement
ne lui échappe. Il joue avec l'instant et l'offre à
l'éternité.
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