Gîtes de France

Gîte la Marguerite

"Au fil du temps"
E - Le temps, un ami qui vous veut du mal (33/42)

 

Aujourd'hui à Visos, au milieu de cette forêt d'eucalyptus qui n'en finit plus, ils ont le sentiment d'avoir réussi. A voir les neiges si hautes, au-dessus des nuages, on pourrait penser que le chemin à parcourir est encore long. Pas du tout. Les lycéens savent à cet instant, que leur projet ne prête plus à la dérision. Malgré l'altitude, la température est élevée, l'air lourd, autant que les sacs. Pourtant, la charge a été réparti équitablement ou presque. Les mules portent 80% du chargement. Depuis que les véhicules ont laissé le groupe en fond de vallée la température est étouffante. On sent que l'orage peut se déclencher à tous moments. Tous sont vêtus d'un T.shirt qui colle à la peau. Dans le silence de l'effort, ils marchent.


Le camp de base annoncé à 4100m, sera finalement installé à 4800m. 1800m de dénivelée positifs, pour la première journée d'efforts, ça marque! On ne peut nier l'efficacité d'une telle mise en train. Ce parcours je le répéterai souvent. Il me permettra de retravailler l'effort spécifique de la course en montagne.


Menaçant depuis midi, l'orage arrose l'arrivée des premiers. D'abord sous forme de pluie, les précipitations se transforment en neige. L'arrivée des derniers, trempés, en t.shirt, le regard hagard, restera comme un des grands moments de cette expédition. Surtout que la foudre s'abat avec une régularité de métronome sur les cimes alentours. Les tentes bleues mises en place par des locaux, ont pris des teintes pastels. Il fait nuit, tout est glauque. La fatigue a fait prisonnier l'ensemble du camp. Le froid humide anesthésie les dernières volontés. Plus personne ne veut manger. Les yeux se ferment sur une première nuit, au pied de ce qui va devenir pour un certain temps, notre terrain de jeu.


Le dimanche 27 avril, nous partons à trois aménager le couloir d'accès au camp 1. Les autres auront pour tâche de délivrer la plupart des jeunes bloqués dans leur tente. En effet les fermetures éclairs, ont gelé durant la nuit. Au petit matin la température est largement descendue en dessous de moins dix. L'un des encadrants Péruvien qui nous accompagne, âgé de treize ans, chantera tous les matins à partir de 5h00, pour éviter de geler. Chaussé de petites sandales, et vêtu de haillons, il aura le mérite de toujours sourire. Tous resteront marqués par ce petit personnage, joyeux et disponible. Quant à Gaël Bouquet des Chaux, futur grand guide, il préfère se reposer au camp de base. La pose des cordes fixes nous a pris toute la journée. Le couloir est incliné en moyenne à 45° et long de 400 mètres. Il n'offre aucune difficulté sérieuse. Seul le pont de certaines crevasses, trop fragile, nous oblige à slalomer. Enfin nous atteignons le col situé à 5250 m.


A notre grande surprise, nous retrouvons Gaël qui vient d'ouvrir la voie "Coulloumme-Labarthe" classée D+, difficulté max 6a. Parti à la base des rochers, au nord de notre trajectoire, il a parcouru 400 mètres en solo. Il signe ainsi sa première réalisation. Le lendemain, nous repartons aménager le camp 1 à 5350 m. C'est à partir d'un long glacier tout plat que nous pouvons atteindre l'emplacement. Les derniers mètres sont tellement crevassés, que nous sommes obligés de jalonner. Hauts de 1 mètre, à l'extrémité rouge, les piquets ont quelque chose d'incongrus dans ce décor blanc.


Le TOPP Groupe attend son heure. Pour l'instant, il continue sa phase d'acclimatation en effectuant des marches autour du camp de base. Au camp 1, trois belles tentes jaunes colorent le glacier, au pied de la face nord du Nevado de Copa. Le 29 avril, nous ouvrons, deux couloirs de neige pour atteindre la cime du Nevado Yahuina à 5610m. "Fil d'Ariane" 55° et "Florencinette" 60°, sont nées. Le 1er juin, nous nous retrouvons tous au camp de base. Plusieurs professeurs y assurent des cours. C'est ce que nous pouvons appeler de la déformation professionnelle. Lors de la journée qui nous a permis d'accéder au camp de base, nous avons traversé plusieurs salles de classe. Les élèves, des femmes adultes, habillées de vêtements très colorés, en cercle dans les champs, écoutaient religieusement une personne leur enseigner l'Espagnol. Le Quetchua, la langue de leurs ancêtres et des peuples d'altitude est interdite. Pour les Français, les matières prioritaires, sont le français et les mathématiques. C'est Alain qui gère le téléphone de type Magellan, qui pourrait être utile en cas d'incident. Il permet surtout aux jeunes de prendre contact avec leurs proches. Marc Buscail, le photographe, demeure le plus actif. Il capte la lumière et emprisonne le temps. Aucun événement ne lui échappe. Il joue avec l'instant et l'offre à l'éternité.




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