Le 2 mai, nous gravissons le Nevado Viscos à 5325m. Le
groupe s'est adapté à ses nouvelles règles
de vie, et adopte un rythme de croisière. La nuit les chiens
aboient pour faire fuir les prédateurs. Une attitude qui
a le don d'exciter les mules, les vaches et les chevaux qui partagent
notre étroite aire de vie. Des viscaches, petits animaux
à la tête de lapin, la queue d'écureuil et
le corps d'une marmotte, font les fous autour de nous. Jouets
mécaniques en permanence remontés, ils sont heureux
d'avoir un public. Alentour, des lupins géants, aux formes
les plus diverses, colorent les surfaces herbeuses. Malgré
l'altitude, la moraine sur laquelle nous nous sommes installés,
est couverte de végétation. Le lac vert prénithe,
prisonnier des pierres, nous sert de réserve d'eau propre.
Il n'y a finalement que la météo qui ne se montre
guère enthousiasmante. Le soir il neige. La nuit il gèle.
Et le matin les fermetures éclairs des tentes sont toujours
aussi récalcitrantes. Une épaisse boue noire commence
à pénétrer nos habitations. Marguerite, une
nuit où je serai absent, aura la désagréable
surprise de dormir avec une terre froide et visqueuse dans le
sac de couchage.
Le 3 mai, Gaël et Stéphane, partent à 4 heures
pour ouvrir la voie la plus dure du séjour. Ainsi va naître
"La Marguerite de l'adjudant-chef", en hommage à
qui vous savez. Elle se déroule uniquement sur la face
sud du Nevado de Copa. Ils mettront onze heures pour atteindre
la ligne de crête et quatorze pour rejoindre leur tente.
De difficultés surtout neigeuse, l'inclinaison atteint
80 à 90° en sortie, la ligne est superbe. Seule la
partie centrale, constituée de dalles rocheuses lisses
et inclinées, permet une rupture de style. On peut la classer
E.D.. Sa longueur technique étant de 1300m et son engagement
maximal, en font une classique du secteur.
Les jours suivants, les jeunes partent déposer leur matériel,
surfs et skis, au lieu-dit la "grotte", à la
base du couloir.
L'heure est venue de tenter le sommet. Pascal partage le groupe
en trois. Dès le 5, avec Bertrand et Franck, ils montent
à neuf en deux temps. Un jour à 5300 m et le lendemain
tentative pour le sommet. Le premier groupe échoue, la
météo est toujours aussi défavorable. Le
même jour, Gaël part à 7h45 du camp de base
pour ouvrir sa deuxième voie solo. Un peu plus d'une heure
plus tard, il parvient au pied de l'arête, située
au sud du couloir, à 4900m. Il parcourt son itinéraire
en 1h45', pour sortir sous les séracs à 10h45' à
5300m. Ainsi est né, par amour, "Aux pays des Twins",
un beau parcours en D+, avec un passage en 6a/b et d'une longueur
de 300m. Atteignant la neige, Gaël n'en reste pas là.
Il me fixe un rendez-vous par radio, au pied du bastion rocheux
à gauche de la voie normale. A midi, nous voilà
repartis pour l'ouverture de "TOPP 93", une voie classée
T.D., en rocher. Ce sera du granit pur et dur. Nous atteignons
le premier pic à 17h00, quatre figures au programme, après
pas mal de galères. Certains passages sont en 6c. L'altitude
et l'absence de matériel technique, ne facilitent pas notre
progression ! Nous entamons un premier des quatre rappels, qui
nous permettra d'enchaîner l'ensemble des pointes. Pour
fixer la corde, Gaël enfonce une pierre dans une fissure.
Tiendra, tiendra pas ? L'escalade se déroule ensuite sur
le fil de l'arête et mesure 600m avec du max. 6c. Nous sommes
à 5300m, la nuit tombe. La suite du parcours se déroulera
dans le noir absolu. A 21h00 nous atteindrons le camp de base.
Ouf !
Le deuxième groupe a engagé une nouvelle tentative.
Malgré une météo toujours aussi capricieuse,
il atteindra 6000m d'altitude.
Le mardi 6 mai, nous partons à notre tour pour le sommet.
Nous sommes le groupe 2 bis. Nous avons composé deux cordées.
Sur ma corde deux élèves, Stéphane et Khaled,
plus Marguerite. L'autre se compose de Gaël, Stéphane
et Alain. Le départ a lieu à 1h00. Trois heures
plus tard, le jour se lève, colorant timidement la Cordillère
Blanche. Il fait très froid. Les couleurs s'intensifient,
les parois neigeuses deviennent rouges. A 6000 m c'est l'émerveillement.
Que la montagne est belle !. Tout le monde atteint le sommet à
8h00. Le Nevado de Copa, nous dévoile enfin, les mystères
réstés trop longtemps cachés du massif. La
descente se fera pour l'histoire. Surfeurs et skieurs rivalisent
de dextérité pour gagner le camp 1.
En bas, le troisième groupe vient de partir. Outre la tentative,
il leur faudra démonter et ranger tout le matériel
du camp d'altitude. De ce groupe, seuls Bertrand le guide et Linda,
la prof de maths, parviendront à fouler la cime.
Il faut redescendre. On ressent toujours cette impression de tristesse
au moment de quitter un lieu où l'on s'est investi. On
a maintenant cette sensation d'être un peu chez soi. En
parcourant le chemin du retour, on ne peut s'empêcher de
se retourner souvent. Le regard se pose où traînaient,
il y a peu, nos pas et nos piolets. Un itinéraire de plus
en plus petit, qui fini par se dissoudre dans l'immensité
de la Cordillère Blanche.
A Huaraz, la chaleur est toujours aussi intense. Avant d'atteindre
Lima, les dunes de sable, situées à l'entrée
de la ville, donnent des idées aux surfeurs. Ils plongent
en de grandes courbes, jusqu'au Pacifique. Une signature bien
éphémère, qui voulait dire que le TOPP Groupe
avait réussi.
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