Toutes ces années d’activité physique, si
elles avaient un effet très positif sur mon psychique,
avaient usé prématurément mon organisme.
Cette année 1999, me le faisait cruellement sentir. Un
rappel à l’ordre du à une chute en escalade
durant l’été 1998 à Sygotier. En effet,
un rappel trop court m’avait obligé à effectuer
une manœuvre sur une petite vire. La chaleur insupportable
qui sévissait se jour là, en m’affaiblissant,
avait déclenché une bascule dans le vide de 15 mètres,
qui s’était terminée par une fracture du crâne
et de la cheville droite. L’hôpital de Gap qui m’avait
pris en charge, ayant commis un certains nombres d’erreurs
de diagnostiques, il avait donc fallu reprendre tous les soins
par la suite à Grenoble. La guérison fut longue
et les séquelles irréversibles. Le fait de boiter,
a fragilisé mon genou gauche, qui par sympathie s’est
donc ré enflammé. Ce dernier, en 1995 avait été
opéré d’une condropatie rotulienne. Le chirurgien
dans un geste d’apaisement avait alors décrété
que je ne pourrai plus marcher. Ce qui fut malheureusement vrai,
durant une trop longue période ! Sans doute la résultante
d’excès qui n’ont rien de bien glorieux. En
1989, dans la dernière partie de la Canaletta à
l’Aconcagua, j’avais senti mon esprit se retiré
de mon corps, et j’avais eu le sentiment d’être
en tain de m’observer. Sans doute que réaliser un
7000 en courant, sans une phase d’acclimatation suffisante
en était la principale raison ! Mais le corps fixe des
frontières à ne pas dépasser. Il signale
par des signaux plutôt voyants, douleurs, maladies, blessures,
auxquelles je n’ai jamais porté suffisamment d’attention.
Pourtant l’année précédente, j’avais
participé à différents protocoles avec le
docteur Richallet à Paris et avec le docteur Bittel au
CRESSA de Grenoble.
Le travail consistait avec le docteur Richallet à faire
un test à l’effort et d’observer les différentes
réactions de mon organisme. Des tests mille fois répétés
tout au long de ma carrière, sans que l’on sache
vraiment à quoi ils servent ? Ce jour là, j’ai
vu à quel point, face à un corps adapté à
l’effort, le monde médical se sentait désemparé.
Une trentaine de médecin en formation, me suivait dans
ma batterie de tests, quand l’un d’entre eux a constaté
que j’avais un cœur beaucoup trop lent, 30 pulsassions
minute, et anormalement volumineux. Il a donc fallu arrêter
le travail engagé et j’ai du me justifier pour ne
pas être hospitalisé. Je suis parti sans savoir si
j’étais apte à la pratique de l’alpinisme
à haute altitude. Au CRESSA, un protocole très précis,
avait été élaboré pour évaluer
la résistance au froid des apprentis montagnards. C’est
dans un caisson hypo barre, par une température de 0°c,
accompagné d’un petit vent frisquet, allongé
sur un lit de camp pendant 2 heures que je passais mon après
midi. Je suis sortis les lèvres bleues. Dans les rues de
Grenoble habillé d’une fourrure polaire, par une
chaude journée d’été, je ne suis pas
passé inaperçu. Par contre je n’ai jamais
su si les effets pervers du froid pouvaient m’atteindre
? Le CRESSA, quelques années plus tard, lors de mon périple
sur les 7 sommets du Dauphiné avait détaché
le Docteur Blanchard, afin de surveiller mon évolution
physiologique. Lors du 4ème jour, le docteur a décidé
brutalement d’arrêter son travail, prétextant
qu’à mon âge les probabilités de mort
subite sont réelles. Je finirai donc seul mon aventure,
avec dans un coin de mon cerveau, pourtant tout acquis à
la cause de la course à pied, une certaine inquiétude.
Toujours en 1993, lors d’une ascension au Mont Blanc avec
un groupe d’une cinquantaine d’hommes, je me suis
trouvé confronté à la foudre. Plus tard cette
dernière est venue nous rendre une petite visite de courtoisie,
sur les nouvelles voies de la dent de Crolles. Mais pour l’heure,
arrivés à 12h00 au refuge du Goûter, j’ai
alors préféré, pendant que tout ce petit
monde s’installait pour réaliser le sommet le lendemain,
poursuivre jusqu’au refuge Vallot. Arrivé à
cet endroit, un énorme cumulus s’est incliné
et a déclenché un véritable feu d’artifice.
A chacune de mes foulées, la neige partait en émettant
un petit chuintement. Des milliers d’abeilles me suivaient,
sans doute pour assister au spectacle d’un homme les poiles
et les cheveux dressés, seul à 4000 mètres,
ne sachant quelle attitude adoptée. Pendant une heure et
demie je fus la honte des montagnes. Arrivé au refuge,
le silence et la peur régnaient. Il parait que mes tachycardies
seraient dues à ce douloureux épisode ?
En 1994, à Canmore lors des masters de ski de fond, après
le 30 kilomètres, je suis tombé dans un coma léger.
Une situation qui me permettait d’entendre, mais qui m’empêchait
d’effectuer le moindre mouvement. Pendant une semaine, sans
que l’on comprenne pourquoi je suis resté immobile.
Croyant à une méningite le monde médical
a effectué des ponctions lombaires. Pourtant et sans explications,
j’ai retrouvé tous mes moyens du jour au lendemain.
J’en ai profité pour effectuer une sortie de 100
kilomètres en ski de fond. Tout me laisse à penser
que j’avais inoculé un virus dans l’avion par
l’intermédiaire du système de ventilation
ou de climatisation ? Le 5 mai 1995, la mort n’a pas voulu
de nous ! Alors que je finissais la saison de ski/alpinisme, nous
avions décidé Jean François Griot et moi-même
de gravir le Rissiou 2622 mètres, par une trop chaude journée
de printemps. L’arrivée de cette course s’effectue
par un couloir à 40°. Une fois sur la ligne de crête,
il ne reste que quelques mètres pour atteindre le sommet
tout de suite à gauche. Alors que j’effectuais les
premiers pas, la corniche a cédé. J’allais
poser mon pied droit dans un vide extraordinaire. Sous ma semelle
je pouvais voir le Rivier d’Allemont. Un réflexe
incroyable me permis de plonger à ma gauche. Au même
instant, une voix faible me fit tourner la tête pour voir
Jean François en train de partir dans le vide. Je réussis
à lui attraper le poigné et à le ramener
sur le versant sud. Nous sommes resté de longues minutes
immobiles. Il fallait reprendre ses esprits avant d’entamer
la descente. Mais la température de plus en plus élevée,
nous faisait courir d’autres dangers. A peine avais-je entamé
mon premier virage, que toute la pente partie dans une avalanche
de neige lourde. Je ne pouvais bouger mes deux pieds pris comme
dans un étau. Cela dura le temps d’une longue et
lente descente. Finalement je me suis retrouvé prisonnier,
de la neige jusqu’au ventre, toujours debout mais incapable
d’effectuer le moindre mouvement. C’est donc Jean
François qui dû pelleter un grand moment, pour me
redonner ma liberté de mouvements.
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