Gîtes de France

Gîte la Marguerite

"Au fil du temps"
E - Le temps, un ami qui vous veut du mal (36/42)

 

Toutes ces années d’activité physique, si elles avaient un effet très positif sur mon psychique, avaient usé prématurément mon organisme. Cette année 1999, me le faisait cruellement sentir. Un rappel à l’ordre du à une chute en escalade durant l’été 1998 à Sygotier. En effet, un rappel trop court m’avait obligé à effectuer une manœuvre sur une petite vire. La chaleur insupportable qui sévissait se jour là, en m’affaiblissant, avait déclenché une bascule dans le vide de 15 mètres, qui s’était terminée par une fracture du crâne et de la cheville droite. L’hôpital de Gap qui m’avait pris en charge, ayant commis un certains nombres d’erreurs de diagnostiques, il avait donc fallu reprendre tous les soins par la suite à Grenoble. La guérison fut longue et les séquelles irréversibles. Le fait de boiter, a fragilisé mon genou gauche, qui par sympathie s’est donc ré enflammé. Ce dernier, en 1995 avait été opéré d’une condropatie rotulienne. Le chirurgien dans un geste d’apaisement avait alors décrété que je ne pourrai plus marcher. Ce qui fut malheureusement vrai, durant une trop longue période ! Sans doute la résultante d’excès qui n’ont rien de bien glorieux. En 1989, dans la dernière partie de la Canaletta à l’Aconcagua, j’avais senti mon esprit se retiré de mon corps, et j’avais eu le sentiment d’être en tain de m’observer. Sans doute que réaliser un 7000 en courant, sans une phase d’acclimatation suffisante en était la principale raison ! Mais le corps fixe des frontières à ne pas dépasser. Il signale par des signaux plutôt voyants, douleurs, maladies, blessures, auxquelles je n’ai jamais porté suffisamment d’attention. Pourtant l’année précédente, j’avais participé à différents protocoles avec le docteur Richallet à Paris et avec le docteur Bittel au CRESSA de Grenoble.

Le travail consistait avec le docteur Richallet à faire un test à l’effort et d’observer les différentes réactions de mon organisme. Des tests mille fois répétés tout au long de ma carrière, sans que l’on sache vraiment à quoi ils servent ? Ce jour là, j’ai vu à quel point, face à un corps adapté à l’effort, le monde médical se sentait désemparé. Une trentaine de médecin en formation, me suivait dans ma batterie de tests, quand l’un d’entre eux a constaté que j’avais un cœur beaucoup trop lent, 30 pulsassions minute, et anormalement volumineux. Il a donc fallu arrêter le travail engagé et j’ai du me justifier pour ne pas être hospitalisé. Je suis parti sans savoir si j’étais apte à la pratique de l’alpinisme à haute altitude. Au CRESSA, un protocole très précis, avait été élaboré pour évaluer la résistance au froid des apprentis montagnards. C’est dans un caisson hypo barre, par une température de 0°c, accompagné d’un petit vent frisquet, allongé sur un lit de camp pendant 2 heures que je passais mon après midi. Je suis sortis les lèvres bleues. Dans les rues de Grenoble habillé d’une fourrure polaire, par une chaude journée d’été, je ne suis pas passé inaperçu. Par contre je n’ai jamais su si les effets pervers du froid pouvaient m’atteindre ? Le CRESSA, quelques années plus tard, lors de mon périple sur les 7 sommets du Dauphiné avait détaché le Docteur Blanchard, afin de surveiller mon évolution physiologique. Lors du 4ème jour, le docteur a décidé brutalement d’arrêter son travail, prétextant qu’à mon âge les probabilités de mort subite sont réelles. Je finirai donc seul mon aventure, avec dans un coin de mon cerveau, pourtant tout acquis à la cause de la course à pied, une certaine inquiétude.

Toujours en 1993, lors d’une ascension au Mont Blanc avec un groupe d’une cinquantaine d’hommes, je me suis trouvé confronté à la foudre. Plus tard cette dernière est venue nous rendre une petite visite de courtoisie, sur les nouvelles voies de la dent de Crolles. Mais pour l’heure, arrivés à 12h00 au refuge du Goûter, j’ai alors préféré, pendant que tout ce petit monde s’installait pour réaliser le sommet le lendemain, poursuivre jusqu’au refuge Vallot. Arrivé à cet endroit, un énorme cumulus s’est incliné et a déclenché un véritable feu d’artifice. A chacune de mes foulées, la neige partait en émettant un petit chuintement. Des milliers d’abeilles me suivaient, sans doute pour assister au spectacle d’un homme les poiles et les cheveux dressés, seul à 4000 mètres, ne sachant quelle attitude adoptée. Pendant une heure et demie je fus la honte des montagnes. Arrivé au refuge, le silence et la peur régnaient. Il parait que mes tachycardies seraient dues à ce douloureux épisode ?

En 1994, à Canmore lors des masters de ski de fond, après le 30 kilomètres, je suis tombé dans un coma léger. Une situation qui me permettait d’entendre, mais qui m’empêchait d’effectuer le moindre mouvement. Pendant une semaine, sans que l’on comprenne pourquoi je suis resté immobile. Croyant à une méningite le monde médical a effectué des ponctions lombaires. Pourtant et sans explications, j’ai retrouvé tous mes moyens du jour au lendemain. J’en ai profité pour effectuer une sortie de 100 kilomètres en ski de fond. Tout me laisse à penser que j’avais inoculé un virus dans l’avion par l’intermédiaire du système de ventilation ou de climatisation ? Le 5 mai 1995, la mort n’a pas voulu de nous ! Alors que je finissais la saison de ski/alpinisme, nous avions décidé Jean François Griot et moi-même de gravir le Rissiou 2622 mètres, par une trop chaude journée de printemps. L’arrivée de cette course s’effectue par un couloir à 40°. Une fois sur la ligne de crête, il ne reste que quelques mètres pour atteindre le sommet tout de suite à gauche. Alors que j’effectuais les premiers pas, la corniche a cédé. J’allais poser mon pied droit dans un vide extraordinaire. Sous ma semelle je pouvais voir le Rivier d’Allemont. Un réflexe incroyable me permis de plonger à ma gauche. Au même instant, une voix faible me fit tourner la tête pour voir Jean François en train de partir dans le vide. Je réussis à lui attraper le poigné et à le ramener sur le versant sud. Nous sommes resté de longues minutes immobiles. Il fallait reprendre ses esprits avant d’entamer la descente. Mais la température de plus en plus élevée, nous faisait courir d’autres dangers. A peine avais-je entamé mon premier virage, que toute la pente partie dans une avalanche de neige lourde. Je ne pouvais bouger mes deux pieds pris comme dans un étau. Cela dura le temps d’une longue et lente descente. Finalement je me suis retrouvé prisonnier, de la neige jusqu’au ventre, toujours debout mais incapable d’effectuer le moindre mouvement. C’est donc Jean François qui dû pelleter un grand moment, pour me redonner ma liberté de mouvements.





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