L'été 1999, nous l'avons passé en Slovénie,
dans le parc du Triglav. Le point particulier de ce séjour,
fut le fait que de nouveau, je pouvais courir en montagne. Terrain
de jeu idéal, le Triglaski Narodni Park, nous permis de
grimper de superbes voies, de parcourir des "vie ferrate"
extraordinaires et de courir pour joindre l'ensemble, souvent
sous une pluie dense et continue. La Slovénie est un pays
magnifique, qui a su échapper aux affres de la guerre.
Sa richesse et son ouverture économique en direction du
centre Europe, lui ont permis de ne pas trop souffrir de l'explosion
de la Yougoslavie.
La route en direction de la Slovénie est toute droite.
Depuis Grenoble, 12h00 d'autoroute nous ont suffit pour commencer
à grimper dans le courant de l'après-midi. Le poste
frontière franchi fut celui de Nova Gorica. Nous avons
longé la Soca en prenant plein nord. Nous avons grimpé
à Tolmin. Le site, Pri ciginju, est constitué de
deux parois, pas très hautes, se devinant difficilement
de la route. Le champ qui précède, est envahi, et
le mot n'est pas trop fort, par des millions de sauterelles. Elles
ont semblé heureuses de nous voir. Elles ont exprimé
leur joie, en sautant de toute part. Les parois sont verticales,
avec de petits appuis pieds et des petites réglettes usées.
Rapidement nous prenons conscience de ce que seront les jours
à venir en matière d'escalade. Les protections sont
hétéroclites, les sangles et les pitons très
anciens et les spits de 8 tournent quand on s'en sert. Le premier
point est très haut placé, quant au dernier, il
n'est pas toujours là ! La pluie nous obligea à
nous arrêter souvent. Pourtant l'eau de la Soca est toujours
restée limpide. Les truites que l'on peut observer semblent
suspendues en l'air, tant l'eau est claire. En direction des montagnes,
le ciel est toujours aussi sombre. Le vent vient d'Est, alors
qu'hier il était orienté au sud. L'un prévient
de la pluie, l'autre des orages. Comme il est encore tôt,
je commence mon tour du Parc en courant. Je prends la direction
de Lig. Un point haut qui confirmera que les nuages sont partout.
Les indications kilométriques sont placées tous
les 500mètres, alors que je suis sur une route secondaire.
Quant aux clochers des églises ils sonnent tous les quarts
d'heure. Une façon de faire, afin de rappeler que le temps
ne s'arête jamais, et que pour progresser il faut avancer
?
Le soir, nous arrivons à Bovec. Les sommets, qui nous entourent,
sont de plus en plus hauts. Dans la rivière Soca, que nous
suivons depuis le départ, on peut pratiquer du raft, du
canyoning, de l'hydro-speed, du kayak. Tous les délices
aquatiques sont présents. L'eau est translucide, et les
embarcations multicolores sautillent de vague en vague.
Au matin, le soleil nous accueille. Le Rombon 2208 m, qui nous
domine, ressemble à un volcan. Ce sera notre premier sommet.
Le départ est à Zavrezelno situé à
665m. Une ascension tout en douceur, la course ce sera pour après.
Le chemin est tracé face à la pente. Aucun refuge
pour faciliter l'accès au sommet qui représente
tout de même 1600m de dénivelée. Heureusement
la première partie est en sous-bois. Il n'y a pas un bruit.
Il n'y a pas un animal. Il n'y a pas de fleurs. Quand nous quittons
la forêt, c'est pour pénétrer dans un univers
minéral. Comme dans le Vercors, le sol est clair. Le phénomène
karstique a profondément marqué le relief. Le Cukla,
1767m, est surmonté d'un monument récemment érigé,
pour rendre hommage aux combattants de la 2ème guerre mondiale.
Les nuages se font menaçants. Un long couloir instable
fait suite aux restes d'un hôpital militaire. De partout
des galeries que des mineurs ont creusé et que des soldats
ont aménagé. Le sol est jalonné de déchets
métalliques.
3h30 après notre départ nous atteignons le sommet.
C'est un belvédère impressionnant, car légèrement
décentré à l'ouest. Il permet de se faire
une idée précise de la configuration géographique
du massif. Les nuages caressent le soleil, s'y brûlent et
disparaissent. Mais d'autres, plus nombreux, plus épais,
nous enveloppent. On aperçoit les vallées profondes
et encaissées. Les lignes de crêtes sont hautes et
effilées. Leurs blancheurs rappellent des glaciers. Ils
reposent sur un océan de verdure sombre. Le relief est
un champ de neige qui émerge d'un tapis de velours vert,
puis noir dans la profondeur des entrailles de la Terre.
La descente permet de réaliser un joli circuit. Nous rejoignons
Zasiln Bivak, puis le chemin du Rupa. Finalement de retour à
Bovec en milieu d'après-midi, nous participons aux fêtes
du 15 août. Nous quittons cette ville le lendemain pour
Trenta. Je cours en remontant l'une des plus belles vallées
Slovène. Le créateur n'a pas fait dans le romantisme.
Il a donné un coup de hache vigoureux, très légèrement
incliné d'un côté, puis un autre à
faible distance, de l'autre. Sur les flancs, les arbres s'accrochent
au prix de mille acrobaties. Parfois des traces jaunes, révèlent
des éboulements arrachant tout sur leur passage. Seul un
trait lumineux, rectiligne, colore le fond de cette échancrure.
La Soca, légèrement fluorescente, s'amuse de se
voir aussi belle en ses terres.
A deux kilomètres de notre futur lieu de résidence,
nous apercevons deux énormes rochers qui ont été
aménagé par des grimpeurs Slovènes. Rapidement
sur les lieux, nous sommes de nouveau confrontés à
la spécificité des écoles locales. Il convient
de faire tourner les points de protection, afin d'enlever l'oxydation.
Je les soupçonne d'éxister simplement pour donner
la direction à suivre. Heureusement les voies légèrement
surplombantes, nous protègent de la pluie.
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