Le soir, je repars courir en direction du Prehodavici. C'est
une reconnaissance en direction des montagnes, pour les jours
suivants. Car les sommets qui bordent la vallée sont nombreux.
Nous avons déjà sacrifié le B. Grintovec
2347 m et le Javolec 2645 m. Même avec beaucoup d'envie,
nous ne pouvons tout faire. Le chemin que je suis, est balisé
en rouge et blanc, comme l'ensemble du massif. J'arrive à
Pietepoca 1090m, un point panoramique qui donne vue sur le Spice
2312m, qui sera peut-être le prochain objectif ?
Il n'en sera rien. Il a plu abondement toute la nuit. Au matin
le ciel est noir. Nous partons pour Kranjska Gora, la célèbre
station de ski. La route passe par le col de Vrsic à 1611m.
La pente moyenne est de 14%. Les 50 virages sont numérotés
et l'altitude est mentionnée, comme à l'Alpe d'Huez.
C'est un trajet de toute beauté, que les cyclistes empruntent
par milliers, quelque soit le temps. Ont-ils le choix ? La pluie
redouble. Nous nous en retournons à Trenta. Nous finissons
la journée à grimper au Pavrjev et au Strukljev,
à proximité de la maison du Parc, que nous visiterons
en soirée. Nous y découvrirons la vie des gens d'ici,
l'agriculture, l'habitat, l'artisanat et le folklore. La géologie,
le tourisme et les lacs sont traités à l'étage
supérieur. Quant à l'eau elle a envahi tous les
étages du bâtiment. Elle est reine et le fait savoir.
De nombreux écrans nous immergent dans le monde aquatique.
Sur les écrans des téléviseurs, mariée
à un fond sonore très réaliste, l'eau fait
la folle. En quittant la dernière salle, on reste dans
l'ambiance, dehors il pleut.
A 21h00, recroquevillés dans nos sacs de couchage, la nature
s'est déchaînée. Une démonstration
de puissance rare. Durant plusieurs heures l'orage a frappé.
Tous les campeurs ont dû se réfugier dans la salle
des douches. Trente centimètres recouvrent le sol. Les
éclairs illuminent l'espace en permanence. La lumière
semble figée. Parfois on aperçoit une silhouette
qui traverse notre champ de vision à la recherche d'on
ne sait quoi. Les parois, sont sillonnées par d'immenses
cascades. Avec le temps, elles sont de plus en plus nombreuses,
de plus en plus imposantes, de plus en plus bruyantes. Le minéral
disparaît, laissant la place à un univers liquide.
Tout devient eau. C'est un son et lumière spécial
grandes eaux.
Au matin la Soca a quitté son lit et a pris quelques libertés.
A notre grande surprise, le camping a disparu. Nous décidons
de rejoindre le Vrsic, afin de poursuivre notre périple
de l'endroit où nous nous étions arrêté.
Dès les premiers virages, le véhicule vient s'embourber
dans une des nombreuses coulées de boue, nées cette
nuit. Quand finalement nous arrivons au col,, il est noyé
dans le brouillard. Pourtant nous décidons de gravir le
Mojstrovka à 2332m. Nous allons choisir une voie d'ascension
qui permettra d'atteindre le sommet en suivant une longue ligne
de crète. Il n'y a ainsi aucun risque d'erreur. La dernière
partie est aérienne. Elle est constituée d'un superbe
calcaire sur 200 mètres. La descente, raide, est très
délicate. L'érosion, la pluie, l'absence de sentier,
la rende dangereuse. Elle se déroule sur de longues plaques
de calcaire incliné, biens lisses, recouvertes de gravillons.
Finalement, en milieu d'après midi, le ciel se dégage
un instant, alors nous décidons de grimper sur le site
du Vrsic. Un magnifique sommet nous domine, c'est le Prisank.
Cette accalmie météorologique, nous permet de découvrir
un nouveau paysage. Nous nous engageons dans une voie de plusieurs
longueurs. Mais nous sommes bloqués, alors que tout a rapidement
séché, par une cascade. Heureusement sur la droite
deux longueurs nous permettront de finir l'après midi en
beauté. Tout à rapidement une fin, il pleut.
Je descends en courrant jusqu'au camping installé à
Gozd-Martuljek. Nous y resterons plusieurs jours. Il a plu toute
la nuit, et au matin il pleut. Heureusement, face à ces
conditions défavorables, nous avons trouvé de quoi
nous divertir. Il y a un mur d'escalade, certes artificiel, au
camping de Gozd. Celà nous permettra d'alterner, course
à pied et escalade. Surtout qu'au sud, une immense chaîne
de montagne, aux sommets acérés, se devine. Dans
l'après midi, je pars en courrant en direction du Bivouak
Spik. Le camping est à 750 mètres d'altitude, alors
que les points hauts, qui ferment l'horizon, sont à 2500m.
La forêt, dont on ne peut pas dire qu'elle souffre de sécheresse,
est magnifique. Une partie des chemins ont disparu à cause
des précipitations. Le torrent que je suis, le Martuljec,
permet d'atteindre le refuge Pri Ingotu. Dans la clairière
où il est installé, le paysage est extraordinaire.
Il est situé en fond de vallon, dominé par d'innombrables
pics, enveloppé d'odeurs les plus diverses, le lieu est
enchanteur. Le vert des arbres, dessine une traîne de velours
aux grandes lances de calcaire blanc qui jaillissent au-dessus.
Elles sont au nombre de dix. De forme absolument parfaite, l'un
d'eux, le Spick sert de symbole à l'école militaire
de haute montagne Slovène. La nuit tombe et il me faut
rentrer au camping.
Cette nuit, faut-il encore le dire, il a plu. Pourtant nous repartons
dans la même direction qu'hier, pour mieux apprécier
la face nord de cette partie du massif. La rivière aujourd'hui
a perdu de sa superbe. Elle a réintégré son
lit et a laissé aux marcheurs la sente, qui nous permet
d'atteindre les Slap, ou cascades. Nous atteindrons à 1424m,
le Bivak Pod Spikom. C'est un minuscule chalet, écrasé
par la face immense et blanche des dix pics, qui déchirent
le ciel comme le soc d'une charrue. Ce bivouac est une touche
humaine au milieu de ce paysage minéral. Le ciel est dégagé
est permet d'apprécier à sa juste valeur ce décor.
Au retour, le ciel clément, nous permetra de pratiquer
plusieurs heures d'escalade, face à cet immense cirque
rocheux !
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