Gîtes de France

Gîte la Marguerite

"Au fil du temps"
E - Le temps, un ami qui vous veut du mal (39/42)

 

Voilà neuf jours que nous avons engagé le tour du Triglavski Narodni Park en courrant. Ce doit être une habitude Française que de vouloir faire le tour de quelque chose. Sans doute une réminiscence du célèbre "Tour de France" ? Surtout que notre trajectoire n'a de tour que le nom. D'autant plus qu'a sonné l'heure des sommets. Ce qui implique bien sûr, de pénétrer le cercle. C'est décidé, nous allons commencer par le Spik. En ce vendredi matin 20 août, pas un nuage.


Le temps d'arriver à Krajska Gora, le ciel est déjà couvert. Le départ du sentier est à 956m. D’altitude. Tout d'abord, nous suivons ce qui a été une route forestière, et qui est devenue après les orages de ces derniers jours, le lit d'un torrent. Après 30' de marche à plat, nous nous engageons dans le Kacji Graben. C'est une sente à la mode Slovène. Pas un virage pour soulager les mollets, et faciliter notre progression. Nous serons face à la pente de 950 m à 2500m. Jusqu'à 1800m, se sera sous les arbres. Ensuite nous pénétrerons le monde minéral, rendu sombre par l'absence coutumière de soleil. Par endroit, l'inclinaison du parcours, a nécessité la pose d'objets métalliques afin de sécuriser l'avancée des randonneurs. L'avantage de ce parcours c'est qu'il ne faudrait guère que deux ou trois panneaux pour numéroter les virages. On est loin du Vrsic ou de l'Alpe d'Huez. D'immenses parois de calcaire nous dominent. Au sol, les seules touches de couleurs, sont de magnifiques gentianes asclépiades. La dernière partie est constituée d'un pierrier incliné, qui sert à la montée comme à la descente. La progression se fait par une alternance de glissades et d'efforts violents pour rester debout. Les nuages s'épaississent. Le ciel est noir. L'arête qui mène au sommet est agréable. Le vent se lève avec rage. Heureusement la plafond est encore haut. Tous les sommets alentours sont encore visibles. Devant le Strlatica, qui cache le Triglav, le Stenar et le Razor.


Le calcaire est blanc. Le ciel est d'ébène. Le roulement du tonnerre se fait régulier. L'orage approche poussé par la tempête. A l'instant ou nous faisons demi-tour, un déluge s'abat sur nous. Je comprends instantanément la raison d'être des chemins. Ils ne sont que la résultante des pluies incessantes, qui nettoient, érodent et tracent dans l'axe de la pente. C'est un procédé efficace, surtout en ces jours d'abondance. Le parcours de canyoning que nous réalisons maintenant finira par nous ramener au point de départ.


C'est à cet instant que je m'aperçois que j'ai perdu mes lunettes. C'est en enfilant mon vêtement de pluie, tout là-haut, qu'elles ont dû tomber. Je les ai acheté le jour du départ. Elles sont neuves et progressives, donc très chères.


Le lendemain je décide de remonter en courant. C'est avec une certaine émotion que je prends cette décision. Il y a maintenant 5 ans que j'ai été opéré du genou droit. Depuis cette date je n'ai jamais réessayé d'établir un temps sur un sommet. Cette épreuve nécessite de partir du point le plus bas possible, par un itinéraire le plus logique qui soit, afin de rallier le sommet en un minimum de temps. La cime est d'une altitude modeste, mais le chemin est difficile. 1600 mètres de dénivelée à gravir, sans aucun virage et en devant escalader de nombreux passages rocheux.


Au départ, le ciel est terne. L'atmosphère est lourde et humide. On entend couler violemment la rivière Pisnica. Le plafond est bas, mais il fait doux. Le pont Zaga, sur lequel je me trouve est à 956m. Il me vient en mémoire, ces instants qui précèdent un départ. Ces secondes magiques où l'on est face à un adversaire de taille démesurée. Le sommet est si loin ! Je suis si petit. On s'interroge sur ses capacités. Puis, dès les premières foulées, les doutes s'effacent. Les deux premiers kilomètres sont plats. C'est en tournant à gauche, et en empruntant le Kacji Garden, que les choses sérieuses commencent. Le parcours de canyoning est toujours là. Le rocher est glissant. Il me faut être très attentif. Rapidement je suis trempé. L'air, la transpiration et la végétation m'ont transformé en éponge. Je suis bien, dans le silence des sous-bois. Je retrouve mes sensations qui dormaient depuis pas mal de temps. J'ai l'impression d'être chez moi. A ce rythme, je ne ressens aucune fatigue. Je reconnais tous les passages. Me voilà après 51' d'effort, à l'endroit où nous avons mangé hier. Brutalement les arbres disparaissent. Ils laissent place aux minéraux. Le couloir d'arrivée est dans le brouillard. Mais miracle, le sommet émerge des nuages. C'est un spectacle saisissant que de ne voir à l'horizon, que les cimes de plus de 2500 mètres, flotter sur une mer de nuages. Bénéficiant d'un éclairage violent, les pics de calcaire blanc, se découpent sur un ciel bleu azur. Il est encore tôt et les contrastes sont très marqués. Les couleurs semblent vouloir profiter de ce cours répit de beau temps, pour s'épanouir.


J'ai mis 1h50' depuis le pont et 1h36'28" en ce qui concerne la montée. Mais, je n'ai pas retrouvé mes lunettes!!.





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