A Kranska Gora, je passe à l'Office du Tourisme pour signaler
la perte de mes lunettes, qui fera l'objet d'une information radio.
C'est en sortant que je rencontre Jure, qui dans les jours qui
vont suivre va nous permettre de réaliser beaucoup de choses.
Une nuit sans pluie c'est suffisamment rare pour être signalée.
Aussi nous décidons de gravir le Prisank 2547m. par sa
face nord. Le départ se situe à Koca Na Gozou 1226m.
En franchissant le torrent Pisnica, on se trouve au pied d'une
immense face nord, avec tout ce que cela implique d'ombre et de
lumière. Nous commençons par franchir une cascade.
La fraîcheur de la nuit nous met tout de suite dans l'ambiance.
Le parcours est une demi-via ferrata, comme celle de la Civeta
dans les Dolomites, où les passages les plus exposés
sont protégés, et les secteurs de transition font
appel au savoir faire. Une plaque, dès le départ,
recommande aux ascensionnistes d'être de bons montagnards
sans crainte du vide. Finalement ce parcours aménagé,
sera un moyen agréable et original de rejoindre le sommet.
Un procédé intermédiaire entre randonnée
et escalade, qui ne pourrait être mis en service en France.
Les nombreux accidents qui y seraient dénombrés,
entraîneraient des procédures juridiques sans fin,
qui finiraient par en interdire la pratique.
La cascade peu après le départ, déverse son
trop plein d'eau sur nos casques. Finalement elle participe au
réveil. Après une longue traversée sur la
droite, nous atteignons un gros névé suspendu. Il
ne faut pas être gros pour passer entre la glace et la roche.
A 1800m, nous rejoignons un autre itinéraire de randonnée
alpine. Ce dernier part du col de Vrsic. Le vide commence à
être impressionnant. Par une nouvelle traversée,
mais à gauche cette fois nous atteignons un sommet individualisé
le Hudicev Stebler à 2237m. Puis nous reprenons une trajectoire
verticale. Une nouvelle traversée à droite nous
mène à 150m d'escalade en 2/3. Pour finir, nous
nous déplaçons sur la ligne de crête, pour
ne pas oublier que le vide est partout et nul part. Le Prisank
2547m, a été gravi en 3h30.
Pour descendre nous suivons l'itinéraire Okno. C'est une
ligne de crête extraordinaire qui nous mène au Prednje
Prisankevo. Nous sommes au-dessus d'un énorme trou, qui
matérialise la sortie d'un énième itinéraire
d'ascension. On entend raisonner les cris de quelques randonneurs
apeurés. Pour nous, l'itinéraire nous oblige à
contourner le Gladki Rob à 1870m, et nous arrivons au Vrsic.
Nous sommes encore loin du point de départ. A Sovna Glava
nous poursuivons la descente. Nous découvrons l'ensemble
du parcours. Nous prenons conscience de son exposition et de sa
complexité. 1500 mètres de dénivelée,
qui évite les grandes dalles lisses, par une sente parfois
limite, mais toujours judicieuse. Au-dessus de nous, un immense
visage apparaît. Sculpté par la nature, il sert de
terrain de jeu aux plus téméraires. La via ferrata
Ajdovska Deklica, celle-là même qui sort par l'immense
trou, utilise la bouche et surtout les yeux pour impressionner
les candidats au vide.
Le beau temps nous a permis de repérer les sorties des
jours suivants. En particulier le Razor qui a vraiment fière
allure. La seule touche de couleur, sur ces immensités
rocheuses, ce sont les casques et sacs à dos qui par milliers
s'amusent à se faire peur. Les Slovènes se déplace
en montagne, cela ne fait aucun doute !
Il ne faut pas trop en demander. Le 23 août, le ciel est
couvert, mais il ne pleut pas. Pour confirmer ce que je disais
précédemment, notre tour se poursuit par de nombreux
détours. Cette fois nous redescendons sur Trenta pour atteindre
le virage 29, afin d'engager l'ascension du Razor 2601m. Il est
à noter que les altitudes sont données au mètre
prés ! Après quelques difficultés pour trouver
le départ, nous engageons notre ascension à l'altitude
1300. Nous atteignons rapidement Kranjska Planina 1650m. Nous
prenons plein Est, par un sentier qui n'en finit jamais, le Zadneje
Plate. Véritable montagne russe, il alterne montées
et descentes. Nous atteignons à 2000m, le chemin qui arrive
de la ligne de crête du Prisank et le brouillard. Nous franchissons
la barre rocheuse en suivant des vires tout à fait confortables.
Nous arrivons au col Edic Planja à 2349m. Puis au sommet
du Razor. Le soleil nous accueille faisant chauffer le thermomètre,
et transformant le calcaire en neige. Une métamorphose
qui permet des éclairages prodigieux, mais fugaces.
Le chemin du retour nous permet d'enchaîner par le Planja
2453m. Nous croisons de jeunes mouflons, emblèmes du Parc.
Finalement le ciel se déchire complètement. Il est
tard et le soleil en se couchant revêt les sommets d'une
cape rose. La nuit avance, et avale doucement la nature. Les points
les plus hauts résistent. La lumière se retire,
sans bruit, discrètement, effleurant encore les pointes
sommitales, avant de s'éteindre complètement.
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