La course se poursuit en direction de l'Est. Nous rejoignons
Bled et Jure Fenz. Nous changeons de décors. Le grand lac,
le Blessko Jezero, d'un vert magique, nous offre une ambiance
de bord de mer. Au milieu trône la seule île du pays.
Une fierté nationale qui nous laisse indifférent.
Trop de plages, de baigneurs et de bruit, pour nous qui recherchons
la tranquilité. Nous partons grimper à Bodesce accompagné
par nos amis Slovènes. L'école aménagée
le long de la rivière Sava Bohinjka, est très belle.
Elle attire beaucoup de monde. Son équipement bien qu'aéré,
est adapté au niveau local.
Nous poursuivons en direction de Dovje. En d'autres termes, nous
faisons demi-tour pour aller grimper à Bohinjska Bela.
Notre trajet nous permet de pénétrer un territoire
sauvage. Le soir au camping de Dovje, bucolique et situé
loin du stress urbain, on aurait pu rêver. Mais ce soir
là, Lyon rencontrait Maribor, en foot. J'ai donc dû
participer aux paris. Une obligation pour éviter toute
tensions d'ordre diplomatique. J'ai désigné Lyon
vainqueur par 2-0. Une erreur fatale, qui me coûtera 1000
Tollars et plusieurs bières. Nous avons perdu, vive la
Slovénie. Une supportrice, ronde sous tous les aspects,
m'a surnommé" Beaujolais".
Le lendemain, le ciel est très nuageux, au propre comme
au figuré. Comme nous avons programmé le Triglav,
par la face nord, pour la journée d'après, nous
décidons d'aller voir sur place. Nous remontons une verte
vallée la Vrata, qui suit la rivière Bistrica. Nous
arrivons au refuge Aljazec Dom à 1015m. qui est le point
de départ de tous les conquérants du point culminant
Slovène. C'est depuis cet endroit que nous partirons à
6h00 en compagnie d'un groupe de secours en montagne Slovène.
La face nord du Triglav ne laisse pas indifférent. Ce sera
sans nul doute une belle aventure.
Pour l'heure, nous prenons la direction de Radvona histoire de
poursuivre notre entraînement d'escalade. C'est une vallée
merveilleuse. Nous pouvons courir sur une route forestière
sans bitume. La nature règne en maître. Elle nous
offre silence, forêt et un relief qui s'élève
en douceur en direction du parc. La rivière du même
nom, coule paisiblement. Les eaux translucides ont une teinte
Vénéon. Tout aspire au calme dans ce paysage bucolique
et romantique. Enfin presque, car le chemin qui mène aux
voies d'escalade, est loin d'être facile. On arrive finalement
à une arête rocheuse, sortie du sol à flanc
de colline. Difficile d'assurer le grimpeur. Le sol est humide
et glissant. Les voies sont surplombantes et le rocher visqueux.
Des voies à bras qui nous épuisent rapidement.
Le site d'escalade est précédé par une immense
main en béton. Ce mémorial marque les atrocités
commises par des groupes de SS.
Nuit pluvieuse, nuit heureuse. A 6h00 nous sommes à Aljazev
Dom. Le groupe est là. Les Slovènes ne se soucient
guère du temps. Il faut dire que dans le cas contraire,
ils n'auraient que rarement la possibilité de sortir. Nous
faisons connaissance. Jure nous présente ses collègues
de travail. Nous formerons trois cordées de deux. Le jour
se lève sur un ciel bas et gris. Mais on ne s'arrête
pas pour si peu. D'un pas très soutenu, nous partons en
direction de la face nord qui me parait de plus en plus énorme.
En 1 heure nous sommes au pied de la voie Slovenska Grada, dont-on
dit que Tomo Cesen est resté 2 jours pour retrouver son
itinéraire. Nous avons tout d'abord pris la voie Prag,
puis à la courbe de niveau 1400, ce fut tout droit jusqu'au
point 1600. Inutile de préciser qu'aucun piton, ni autre
ustensile de protection ne sera mise en place. Nous progressons
toujours aussi rapidement. La pluie, cette vieille compagne, est
revenue nous rendre visite. La difficulté, autre que celle
qui consiste à suivre la voie, est une cotation 2/3 et
parfois 4. Le calcaire est horriblement glissant. Les faces nord
sont par nature austères. Le brouillard, la pluie et l'altitude
font en sorte d'accentuer ce phénomène. Etre dans
la face nord du Triglav a quelque chose de fascinant. La plupart
des grands alpinistes Slovènes, les meilleurs du monde,
se sont préparés là. Nous finissons par une
succession de cheminées, qui nous permettent de prendre
pied sur un immense plateau karstique. Ca fait du bien de poser
un instant le sac, rendu très lourd par l'eau qui ne cesse
de tomber. Nous avons mis 5h00 pour atteindre 2267m. Dans le brouillard
et sous la pluie, nous franchissons la porte, 1h00 plus tard,
du refuge du Triglavski à 2541m. C'est complet. Comment
imaginer qu'avec un temps pareil il y ait autant de monde ? Pourtant
c'est une immense bâtisse, chaleureuse, comme le sont ses
homologues de l'Europe Centrale. Son décor est à
l'image des pays qui vénèrent l'histoire. Il rend
hommage aux anciens et à l'histoire de l'alpinisme en général.
Le repas est arrosé par de nombreux verres de bière
Union. La discussion se focalise sur les refuges. Deux Slovènes
racontent qu'il y a deux ans, au Goûter, à la suite
de la perte de leur portefeuille et malgré la tempête
qui sévissait, ils avaient été obligés
de dormir à l'extérieur. Le refuge n'avait pas joué
son rôle protecteur, et ils en étaient forts affectés.
Ils ont tenu à préciser que cette situation n'aurait
pu se produire en Slovénie.
La situation météorologique ne s'arrange pas et
pourtant le refuge continue à se remplir. Il est l'heure
de poursuivre notre ascension. Le parcours est maintenant jalonné
de pointes de fer. Elles sont inesthétiques, mais permettent
de gravir en sécurité le point culminant de la Slovénie.
La roche est polie, patinée par une sur fréquentation
quotidienne. Le sommet est un lieu mythique. Tous Slovène
doit l'avoir gravi au moins une fois dans sa vie. Certain ont
du le faire très souvent, pour qu'il y ai encore tant de
monde sur ses flancs. La pluie rend encore plus aléatoire
les appuis.
Au sommet 2841m, un étudiant vend des souvenirs, afin de
se faire un peu d'argent. Stoïque, il affronte les éléments
avec calme. Derrière son stand, un cylindre en fer au toit
pointu, a été placé là en 1895. Sur
l'arrête, de nombreuses plaques commémoratives jalonnent
le parcours. Il parait que c'est l'oeuvre de la foudre !
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