La descente demande beaucoup d'attention et de dextérité.
La foule se presse. Il y en a de tous les âges. A 16h00
nous passons devant le refuge qui continu à avaler et rejeter
des randonneurs surexcités. Le parcours de descente utilise
la voie ferrée nommée "Prag". Notre itinéraire
nous permet de voir en permanence des familles qui s'élèvent
lentement en direction du sommet. Il est certain, que ceux que
nous voyons maintenant arriveront tard dans la nuit. En ce qui
concerne les derniers vus ce soir là, ils ne leur restaient
plus que 1500m de dénivelée à parcourir sous
la pluie et à la frontale ! Quant à nous à
20h00, nous étions au sec, devant une bonne bière
au refuge Aljazey. Il nous a fallu 13h30 pour accomplir ce périple.
Le lendemain ne sera consacré qu'à la course à
pied. Un exercice de détente, après l'effort violent
de la montée et de la descente avec sac. Courir le long
de la Vrata est un plaisir. Le parcours me permet de m'arrêter
au pied de la cascade Pripericniku. Non loin, un immense tableau
a été peint pour matérialiser et visualiser
l'ensemble des voies d'escalade du massif du Triglav. On peut
ainsi découvrir l'origine des ouvertures, le tracé
actuel et les variantes.
Aussi le lendemain, malgré la pluie de la nuit, nous repartons
à Aljazev Dom parce qu'il est toujours difficile de s'éloigner
de ce que l'on aime. La roche est noire. Le ciel est gris. La
forêt est sombre, mais nos âmes sont joyeuses. Cette
fois nous allons gravir le Stenar situé juste en face du
Triglav. Il nous permettra d'avoir une idée précise
de ce que représente cette immense face nord. Nous prenons
la direction du Bivak Pod Luknijo par la Bukovije. A l'altitude
1400, nous nous engageons sur la Sovatna. La montée est
rapide et agréable. Dans notre dos des brumes blanches
s'élèvent lentement, caressant le calcaire sombre
du Triglav. Trois bouquetins nous accompagnent un temps. Nous
arrivons à un carrefour stratégique. A 2180m, le
Vrata est situé à la croisée de nombreux
itinéraires. Nous apercevons à nos pieds le refuge
Pogcnillon auquel nous aurions du rendre visite il y a déjà
quelques jours. Mais les violents orages de la vallée de
Trenta nous avaient obligé à modifier notre emploi
du temps. Nous franchissons le Bovski Gam Sovec 2392m. Le brouillard
épais est de retour. Le sol et le plafond ne font plus
qu'un. Finalement nous mettons les pieds sur le Kriz 2410m et
le Sténar 2501m sans savoir où nous sommes. Seule
la petite boite métallique, nous indique que nous avons
atteint le sommet.
Ces 1600m de dénivelée nous aurons mis en appétit.
Assis sur le cairn sommital, dans le silence des montagnes Slovènes,
nous nous sustentons.
La descente est sans problème et nous ramène au
point de départ où se déroulent de grandes
fêtes Un théâtre en plein air, raconte la vie
des gens d'ici, autrefois. Les Slovènes ont l'exubérance
du latin, la force du Slave et une sensibilité qui leur
est propre. Ils sont durs. Leur façon d'aborder la montagne
laisse peu de place à la contemplation. La cigarette leur
sert de repas chaud, comme dit Jure. Il semble qu'ils auraient
tendance à abuser de "repas chaud". Après
l'effort, ils aiment la fête, la bière, et le chant.
Durant ce séjour en Slovénie, on a vu beaucoup de
ciel gris et des parois sombres. On a vu des chemins accrochés
au vide, qui avaient pour seul couleur les vestes multicolores
des randonneurs. On aurait dit de vieilles branches, sur lesquelles
auraient été accroché des friandises. Un
contraste saisissant entre vie et minéral. Une activité
bruyante qui donne la parole aux montagnes. Elles ont un rythme.
On chante, on cri, on s'engage dans la démesure. On est
Slovène ou on ne l'est pas. Ils ont un amour particulier
pour les faces nord. Une météo qui se dégrade,
c'est rajouter des herbes de Provence sur un plat déjà
bien épicé. Ils aiment leur montagne et la montagne
passionnément. Ils y ont fixé des règles
et les respectent. C'est une victoire sans artifice, sur une montagne
fragile. Elle n'est pas immense et la protègent. Elle est
large, solide d'apparence. Elle n'est pas haute. Elle est sombre
et profonde, pleine de mystère.
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